‹ Hors du joug allemand, mésures d'après-guerreChapitre 52 sur 69 · SON EXCELLENCE EMILE FISCHIR · texte numérisé non relu

SON EXCELLENCE EMILE FISCHIR

cette besogne forcenée, gagne tout juste de quoi ne pas mourir de faim. C'est en somme le procédé du planteur nègre dans ses plantations, avec les coups, mais aussi le grand air en moins. Les chimistes soumis à ce régime n'ont aucune possibilité de regimber, pour la bonne raison que Fischer a le bras long, d'immenses relations et que celui qui a déplu à Fischer, ou refusé de faire bouillir la marmite de Fischer sur son propre fourneau, n'a plus aucune espèce de chance de trouver ailleurs un emploi. Fructueuses pharmacopées, usines tinctoriales, fabriques, atehers où l'on réclame des techniciens se fermeront désormais devant lui. On sait que les savants allemands lancent leurs produits comme on lance chez nous les spécialités commerciales. La boutique est une annexe du laboratoire. C'est ainsi qu'encourir la disgrâce de Fischer, quand on a servi sous Fischer, équivaut à un permis de crever. L'hostilité du maître est implacable. Elle est une condition de son enrichissement.

Vous imaginez que, pour un tel gaillard, la guerre devait être une aubaine. Il se promettait mille délices de la curée qu'ouvrait à son appétit une victoire escomptée comme certaine, obtenue parla force des canons allemands. Il faisait partie des millions de corbeaux auxquels, de l'autre côté du Rhin, Guillaume II avait promis notre dépouille. Un comptoir installé sur un charnier,

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