SON EXCELLENCE EMILE FISCHER
quoi Son Excellence Emile Fischer a signé, l'un des premiers, — on dit même qu'il a collaboré au texte menteur — l'appel des intellectuels allemands. Derrière ce boniment, il faisait sa caisse. Tout en flanquant à la tête du monde civilisé des arguments de pacotille, il emplissait furieusement ses profondes. Ce chimiste apparaîtra dorénavant et demeurera pour la postérité environné de flammes et d'explosifs, indiquant à la racaille tudesque les patrons et contremaîtres à fusiller et les objets à emporter ou à brûler : Fischer ou le maître de carnage.
moins possible d'Allemagne pour les besoins de l'armée; tirer le plus possible du pays ennemi conquis ; et tout ce qui ne peut être utilisé au pays, le faire passer en Allemagne. »
Pendant trois mois, il a été pourvu aux besoins de l'armée dans la proportion des quatre cinquièmes par le pays occupé. Maintenant même, bien que les sources du pays occupé commencent à rendre avec moins d'abondance, notre armée de l'ouest en tire encore les trois cinquièmes du nécessaire. Par là, d'après un calcul établi sur la moyenne, il est économisé à l'Allemagne de trois millions et demi à quatre millions de mark par jour.
Ce bénéfice de la victoire s'accroît encore des profits de la guerre économique menée, conformément au droit des gens, contre le territoire conquis, c'est-à-dire par l'utilisation des ressources immenses transportées de la Belgique et du nord de la France en Allemagne, telles que prises de guerre, approvisionnements de forteresses, céréales, lainages, métaux, bois. Ce que l'Allemagne économise ou gagne par cette guerre économique dirigée avec intelligence commerciale peut s'évaluer journellement à six ou sept millions de mark, et le total des profits rassemblés par l'Allemagne derrière le front occidental des opérations depuis le commencement de la guerre peut se chiffrer à environ deux milliards.
Un officier de haut grade me disait, à Saint-Quentin, moitié plaisamment, moitié avec réflexion : « Étonnant, ce qu'un homme peut apprendre! En réalité, je suis officier de la Garde du corps de Potsdam. Maintenant, je fais le commerce du bois et de la laine. Et même avec succès. »
Je tiens les détails qui précèdent — et qui, d'ailleurs, seront bientôt aisément vérifiables — de gens bien renseignés et qui connaissent Emile Fischer. On savourera mieux maintenant la cruelle ironie de la longue et effarante hésitation de notre Académie des sciences à exclure ses correspondants allemands — dont Fischer. Il eût été assez curieux, après la guerre, de voir Son Excellence Emile Fischer venir siéger parmi ses collègues français, les pieds et les mains ruisselants de sang français, les produits de ses rapines en terre française dépassant encore ses énormes poches.