SOCIÉTÉ LILLOISE DE MATÉRIEL DE CHEMINS DE FER « LA LILLOISE
Cette résolution est adoptée à l'unanimité.
Tout semble donc bien qui finit bien.
et Koppel obtenaient encore l'engagement que Decauville se bornerait à fournir la France et ses colonies, l'Allemagne gardant le monopole sur le reste de l'univers, Decauville reprenait sous son nom toutes les succursales établies en France par la firme allemande soit sous son nom, soit sous des masques français. Et enfin Decauville s'engageait à commander en Allemagne toutes les locomotives, excavateurs, pelles mécaniques, auto-déchargeurs, etc., qui pourraient lui être demandés par sa clientèle de France et des colonies. Ainsi, la « fusion d'intérêts » de Decauville avec Orenstein aboutissait pratiquement à établir en France, sous le masque d'une raison sociale bien française, le monopole industriel d'une maison allemande qui raflait nos commandes et notre argent en surprenant notre confiance. De plus, la firme Orenstein bénéficiait de toutes les relations bancaires, politiques et industrielles que possédait Decauville, en son pays natal et, ainsi qu'elle le disait dans une circulaire confidentielle à ses succursales en France, la maison prussienne « comptait profiter pleinement de cette situation privilégiée. »
2° Le président du Tribunal civil de Lyon, M. Pélagaud, par jugement en date du 5 décembre 191 4, a ordonné la mainlevée de séquestre pour la succursale à Lyon de la maison Orenstein et Koppel et Arthur Koppel.
3** Quelques semaines auparavant, Willy Gohn, le directeur de cette même succursale à Lyon de la maison Orenstein et Koppel et Arthur Koppel était condamné par défaut a trois ans de prison pour espionnage par le conseil de guerre de Lyon.
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La maison Orenstein et Koppel de Paris avait pour directeur le juif allemand Wohlgemuth. Formé par la maison de Berlin, celui-ci, au moment de la fusion, à peine âgé de vingt-huit ans, avait été mis à la tête de la maison de Paris. Il a un frère, propriétaire d'une papeterie allemande séquestrée.
Le directeur de la vente pour la région de Paris, au moment de la mobilisation, était un nommé Gerechter, officier de réserve dans l'armée allemande. Le voyageur de ce service était un nommé Lippmann, lequel connaissait sur le bout du doigt tous les casernements de la région de Nancy. Car on sait, comme je l'ai établi dans V Avant-Guerre j qn Orenstein et Koppel était particulièrement chargé de l'espionnage des forts de l'Est. Ce Lippmann avait remplacé le nommé Jacob, qui avait quitté la boîte pour accompHr un stage d'un an dans l'armée allemande. Le nommé Franck était à Paris directeur du a matériel occasion », service des plus importants, avant de se rendre à Bordeaux. Schwartzhild, espion notoire, était son directeur.
La succursale de la maison Orenstein et Koppel à Fives-Lille était destinée à jouer un rôle important dans l'occupation de cette malheureuse région, si j'en crois la liste, datant de deux ans environ, des employés, qui me fut transmise par un bon Français, naguère égaré dans cette four-
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milière boche. La voici, sauf erreur dans l'orthographe de certains noms :
Directeur de l'usine : Max Heller ; directeur de la vente : Rimmelée ; voyageur : Gasparius ; chef de bureau pour le dessin : Timler; ingénieur, marié dans le pays : Liihde; dessinateurs : Mânke, Hartmann, Jacohson; ingénieur-délégué : Mail ; employé : Hille ; sténo-dactylo : M'^ Gehhardt.
C'est assez coquet, comme l'on voit, et on aurait peine à soutenir que de pareils personnages étaient (( bien français ». Quant à la maison de Paris, on me signale, pour la même époque 191 2, la composition suivante : Neisser, directeur de la branche dite « Decauville » ; Prausnitz, directeur de la branche Koppel; ces deux branches étant tenues, en fait, par une même main, notoirement allemande. Venaient ensuite l'agent Schwartzhildy déjà nommé, l'agent Lévy, — lequel avait des cartes de visite au nom de Lyon, — le voyageur Jacob, déjà nommé, — le comptable Richter — qui quitta Paris pour Bruxelles, où il prit le nom de Massey — l'agent Seelmann. Ce Seelmann quitta Koppel en 191 2 pour Bruxelles, où il prit le nom de Hesse. Ensuite il partit pour l'Argentine. Enfin, je citerai l'agent JarecA:i, Jansens, qui a depuis quitté Decauville pour entrer chez Borsig, à Berlin, les voyageurs Cari Bendix et Stalag hen. Ces deux derniers avaient quitté Koppel pour s'installer
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ensemble rue Lafayette et s'occuper de la représentation de diverses firmes allemandes.
A Nancy, vers 19 12, on citait l'Allemand Schônnseld, mis de côté depuis, le voyageur Daunenhaum. A Marseille, le voyageur Lippmann, à Toulouse, le directeur Ernestiy lequel avait été antérieurement à Lille. A Bordeaux, Franck, déjà nommé, était devenu directeur de la succursale. Cette liste est loin d'être complète, elle est néanmoins fort caractéristique. J'insiste sur les changements de nom des agents d'Orenstein et Koppel, changements de nom destinés à donner le change sur leur nationalité véritable et à facihter la besogne d'avant-guerre. Ce procédé a été fréquemment employé par les plus dangereuses des boîtes allemandes établies en France, et il semble leur avoir été d'une grande utilité.
Par ailleurs, une de nos compatriotes, professeur de français à Berlin, surprise par la guerre, internée pendant trois mois et finalement rapatriée par l'ambassade d'Espagne, m'a adressé ces lignes intéressantes :
Oui, monsieur, l'établissement a Orenstein et Koppel » est bien allemand. La maison mère est à Berlin, Schonebergerufer, près de Tempelofer-Uter. J'en connais le directeur et les principaux chefs. Leurs filles étaient mes élèves. La maison de Paris a comme directeur et sousdirecteur des Allemands. L'un d'eux, nommé Schonlicht, a francisé son nom en Chénély et est très répandu dans
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la société parisienne. Mes jeunes élèves, m'ayant rencontrée à Berlin pendant les hostilités, m'ont désignée à la foule comme Française. J'ai été l'objet d'un rassemblement hostile. Tout ce monde criait : « A bas la France, à bas les Français ! »
Voici, pour terminer, le rapport confidentiel de la boîte allemande Orenstein et Koppel à ses actionnaires au moment de la fusion avec la maison, jusqu'alors française, Decauville :