RAPPORT CONFIDENTIEL
En VOUS référant aux communications qui vous ont été faites dans nos derniers rapports, nous vous faisons encore savoir que, par suite de l'entente établie entre nous et la firme Decauville, celle-ci s'engage à restreindre son champ d'action à la France et aux colonies françaises.
Decauville reprend toutes nos succursales françaises, ainsi que notre usine française de Fives et elle s'engage à commander chez nous toutes les locomotives, excavateurs, pelles mécaniques, auto-déchargeurs et, en un mot, tout le matériel qu'il ne fabrique pas lui-même dans ses propres usines. 11 est clair que cet état de choses nous réservera des commandes très importantes, car dans les derniers dix-huit mois, Decaufi/Ze a commandé environ 176 locomotives chez Borsig et pour un million d'excavateurs à Luebeck.
Toute la partie des affaires d'exportations nous sera entièrement réservée: nous reprenons toutes les succursales et les agences de Decauville à l'étranger et nous avons le droit de les dissoudre ou bien de les laisser subsister.
Nous avons également le droit d'établir, en tout temps, de nouvelles succursales sous le nom de la maison Decauville, si nous le désirons.
0REN8TEIN ET KOPPEL. 3o^
L'accord intervenu sur la collaboration entre les deux firmes prévoit également une participation de chacune d'elles dans l'autre; ainsi, M. Boyer, administrateur-délégué de Decauville, entrera dans notre conseil d'administration, tandis qu'un de nos messieurs appartiendra au conseil d'administration de Decauville.
L'usine belge de Decauville établie pour l'exportation à Yal-Saint-Lambert, sera reprise par nous. Cette usine est surtout très bien installée pour la fabrication de la voie rivée, dans quel genre de fabrication la maison Decauville est très capable et peut facilement lutter contre le matériel allemand. La maison Decauville nous est tout à fait supérieure dans cette branche, nous avons pu le constater souvent.
Notre direction générale compte continuer à Val-Saint- Lambert, la fabrication de la voie rivée et elle compte, en même temps, transformer cette usine pour la construction des wagonnets par grande quantité, car dans cette spécialité la Belgique est très capable, surtout en raison des prix avantageux des tôles et de la main-d'œuvre très réduite. Dans cette usine seront donc spécialement construits : des wagonnets de construction ordinaire, berlines de mine, etc.
L'usine de Val-Saint-Lambert se trouve à proximité des usines d'Ougrée, entre le chemin de fer et le fleuve la Meuse. Cette situation avantageuse permet de recevoir les rails directement par voie d'eau, du bassin de Ruhr.
Dans ses usines de Fives, Decauville compte principalement construire les wagons à marchandises, ainsi que, peutêtre, les wagons auto-déchargeurs de notre construction, car, pour la fabrication des autres genres de matériel, Decauville possède déjà des usines bien installées; l'usine principale de Decauville se trouve à Corbeil.
Dans cette usine, que notre sieur Alfred Orenstein a visitée dernièrement, on construit également des voitures
3o8 HORS DU JOUG ALLEMAND.
à voyageurs et, cela, d'une façon très perfectionnée.
Pour la Société du Nord-Sud, c'est encore Decauville qui a fourni presque la totalité des voitures et il a encore un grand nombre en fabrication.
Étant donné que Decaaville sait lutter très avantageusement contre la concurrence dans la branche des voitures à voyageurs, nous comptons de notre côté également poursuivre avec intérêt, à l'avenir, ce genre d'affaires et nous pouvons alors compter sur l'appui de l'usine de Corbeil. Nous attendons donc déjà, à l'heure actuelle, des demandes de ce genre.
Avant de terminer, nous voulons encore attirer votre attention sur les résultats financiers considérables qu'entretient Decauville avec les banques françaises et d'autres entreprises, et cela, aussi bien en France qu'à l'étranger; à l'avenir, il nous serait possible de profiter pleinement de cette situation privilégiée. Il sera donc possible, pour nous, de donner le mot d'ordre dans tous les établissements industriels établis avec les capitaux français et nous comptons profiter pleinement de la situation qui nous est offerte.
Nous prions donc nos représentants de donner un rapport sur tous les genres de projets ci-dessus, pour que nous puissions faire les démarches nécessaires, appuyés par Decauville.
Principalement, pour ce qui concerne le côté financier de la construction des chemins de fer à l'étranger, nous nous promettons des résultats splendides, par suite de ces nouvelles relations avec les banques françaises, car les projets que nous avons à l'étude actuellement n'intéressent en général pas les marchés financiers allemands, mais il est fort probable que ces affaires peuvent être reprises en France et que les banques françaises voudraient s'occuper du côté financier.
La décision définitive sur l'accord intervenu entre
LA QUESTION DU NICKEL. Sog
Orenstein et Koppel et DecauviUe, sera prise dans une assemblée générale, laquelle aura lieu au plus tard fin juin 191 1.
Quelques mots seulement au sujet de la question du nickel, qui a en temps de guerre une grosse importance :
D'après des renseignements absolument sérieux, il n'y avait, au mois d'octobre 191 4, en Allemagne, que 35 000 tonnes de minerai de nickel, soit, à 5 p. 100, i 750 tonnes de nickel pur. Ce qui explique les hauts cours actuels qui sont de plus de 6 000 francs la tonne. Tout le monde sait que le nickel est aussi indispensable à la fabrication dés canons qu'à celle des cuirasses de navires, des pare-balles et des balles allemandes. Or, il n'y a de nickel connu et exploité, ou exploitable, qu'au Canada ou en Nouvelle-Calédonie .
Au Canada, la compagnie étant américaine, des mesures ont été prises par le gouvernement du Canada, ainsi qu'en fait foi une note du Times du 38 décembre. En Nouvelle-Calédonie, à côté des mines très importantes, les plus considérables du monde, exploitées par la Compagnie française du Nickel, nous savons qu'il y a une autre concession qui s'appelle la Société des Mines Nickelifères et du Mont-Do réunies.
âtO HORS DU JOUG ALLEMAND.
Cette Société des Mines Nickelifères, au capital d'un million de francs, est établie à Paris, rue d'Aumale. Elle a été créée, suivant annonces légales du 'i4 octobre 191 2, par la Compagnie Silésienne des Mines, dont le siège est de nom à Bruxelles, 69, rue de Namur, mais qui — son titre même l'indique — est entièrement allemande et appartient à la maison Krupp. La Compagnie Silésienne des Mines possède, sous une forme française, la concession que nous citons plus haut, et, d'autre part, la Gesellschajt Schlesische Nickelwerke , dont les mines sont à Proukenstein (possession de la maison Krupp). Voir la Revue financière de M. F. Laur, du 23 décembre 1910.
Le directeur apparent, suivant la coutume allemande, de cette exploitation en Nouvelle- Calédonie, est un Français. Tous les actionnaires de la Société Silésienne des Mines sont allemands. Or, nous savons qu'à fin novembre aucune mesure n'avait été prise pour mettre sous séquestre cette propriété allemande, très mal déguisée d'ailleurs, mais très protégée par des influences locales. Du reste, il n'est pas besoin d'une longue enquête pour savoir qu'il y a, en Nouvelle-Calédonie, beaucoup de résidents allemands, établis depuis une quarantaine d'années, et dont l'ancienneté de séjour a empêché l'expulsion.
Du moment que l'Allemagne conservait l'exploitation de ces mines, rien ne lui était plus
LE PERSONNEL DE DIELETTE. în
aisé que d'exporter du nickel dans une fausse direction, pour le faire ensuite parvenir en Allemagne. Chacun comprendra que c'est l'enfance de l'art.