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LE PERSONNEL DE DIELETTE

La chose est aujourd'hui très claire : si l'Angleterre n'avait pas fait la guerre à nos côtés et assuré le blocus de la flotte allemande, l'Allemagne comptait faire de Diélette la base navale de ses sous-marins dans la Manche. Elle a dû renoncer à ce beau projet. Pendent opéra interrapta. Mais voici d'intéressants détails rétrospectifs sur le personnel de Diélette avant la guerre et dans les premiers jours de la guerre.

L'espion chef de Diélette était l'Allemand Raders. Il poussait activement tous les travaux. Ceux-ci comprenaient une tour d'extraction, en ciment armé, de 45 mètres de haut, munie de moteurs électriques. Ces moteurs se trouvent à l'étage au-dessous de la plate-forme supérieure. Les bâtiments où fonctionnent les machines fournissant la force motrice avaient été commencés en avril 191 2. En septembre 191 3, les machines étaient en essai.

Raders était assisté de l'Allemand MûUer, qui de temps à autre passait des inspections. Raders quitta la mine le i" août, à six heures du soir. Il fut arrêté et, d'après les derniers renseigne-

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ments, se trouverait actuellement dans un camp de concentration. Je préviens qu'il est d'excellente prise.

Le grand wharf, construit en ces derniers temps, n'avait encore jamais été utilisé jusqu'au mois de juillet 191 4. Le 26 juillet igii arriva le premier vapeur, dont le chargement, effectué en vingt-quatre heures, donna toute satisfaction par la rapidité avec laquelle il s'accomplit. La date est significative. Huit jours avant sa déclaration de guerre à la France, l'Allemagne procédait à la répétition générale de son Gibraltar de la Manche.

Raders avait sous ses ordres les agents allemands dont les noms suivent : Otto Hefter, Gersner, Stief, Réval, Klagès, Lemmgen et Knippchield. Klagès et Knippchield sont partis le samedi i*"^ août. Gersner, Stief, Réval et Lemmgen ne sont partis que le 28 août et ont pu circuler librement jusqu'à cette date. Une pétition, demandant la cessation de cet état de choses, fut même adressée au maire, me dit-on.

Otto Hefter — espion allemand des plus habiles, dont je possède la rarissime photographie — était à Diélette depuis le 27 février igi/j. Soi-disant monteur, il ne travaillait guère. Il avait été amené de Creil — centre de l'espionnage allemand pour le nord de la France — par

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respion allemand Strobel, se donnant comme ingénieur, qui venait lui aussi, de temps à autre, à Diélette. Il y séjourna notamment du 3 au 6 juillet. Le 26 juillet, Otto Hefter partit brusquement, au reçu d'un télégramme lui annonçant, dit-il, (( que son frère avait été écrasé par un train » I En réalité, le gouvernement allemand, qui tenait à lui et à ses services, le rappelait, comme il avait rappelé Walter von Mumm et quelques autres, particulièrement précieux.

Strobel avait encore accrédité à la mine mi prétendu Suisse, employé comme monteur. Cet homme a quitté le pays un mois seulement après la mobilisation. Il y est revenu vers la fin de janvier, s'est rendu à la maison où il prenait pension et a brûlé une grande quantité de papiers contenus dans une malle qu'il avait laissée là. Il est reparti le lendemain. Ces monteurs touchaient à la caisse directement toutes les sommes qu'ils voulaient sur des ordres venus d'Allemagne. Les divers directeurs de Diélette n'eurent jamais aucune initiative, ni aucune autorité réelle.

Raders, outre son emploi de chef des espions allemands de Diélette, était encore chargé de la surveillance des explosifs que la société de Diélette, par autorisation spéciale, gardait en dépôt. La dynamitière, très vaste, creusée dans la falaise

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sur une étendue en galerie de i5o mètres de longueur, pouvait recevoir 2000 kilos de dynamite. A côté d'elle, une autre chambre souterraine renfermait de la cheddite et de la mélinite. Le 2 août 191 4, 5oo kilos de dynamite arrivaient encore à Diélette, expédiés d'une usine située près de Honfleur.

Le 9 août, l'autorité militaire se faisait remettre 658 kilos i5o de dynamite, 903 kilos 100 de cheddite, 4i kilos de mélinite, 3 221 amorces électriques, 69 amorces ordinaires, i3 kilos de cordon bickford, 18 kilos de mèche à mine et 970 litres d'essence. Le 12 août, les câbles du chemin de fer aérien furent coupés. Le i5 octobre eut lieu une inspection générale des bâtiments. C'est alors que l'on s'aperçut qu'une partie de mine avait été volontairement inondée, afin de rendre l'exploration totale impossible. Une main inconnue avait fait fermer les portes de serrement des étages 90 et i5o, laissant les eaux d'infiltration envahir les galeries. Persuadée qu'elle n'est pas au bout de ses découvertes quant aux travaux d'avant-guerre de Diélette, l'autorité compétente, d'accord avec l'administration, cherche actuellement — et non sans peine — à débrouiller l'écheveau compliqué de cette audacieuse entreprise allemande, la plus audacieuse sans doute de toutes celles qui avaient été dirigées contre la candeur et l'aveuglement de

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nos compatriotes par le gouvernement de Guillaume Boche.

Telle était, dans ses lignes principales, la formidable organisation préparée, sur nos côtes de l'Ouest, par Teffort conjoint du grand état-major allemand et du métallurgiste allemand Auguste Thyssen.

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J'ai consacré tout un chapitre de VAvani- Guerre à l'espionnage allemand à Cherbourg, à la Hamburg-Amerika, et à l'extraordinaire protection accordée aux compagnies boches de navigation. Mais je n'avais pas prévu que cette situation privilégiée de la Hamhurg-Amerika — dont le directeur général Ballin est conseiller privé et ami intime de Guillaume II — se continuerait pendant la guerre et que l'agent principal de cette compagnie allemande, KipfmûUer, continuerait à en bénéficier.

Kipfmiiller est un agent civil. Sujet allemand, installé depuis dix ans à Cherbourg, il fut dispensé, pour myopie prononcée, du service militaire en Allemagne. Vers 1910, il épousa la fille d'un conseiller municipal socialiste de Cherbourg. Ce mariage a fait de Kipfmiiller le cousin d'un aide-major de première classe de la marine, conseiller général de la Manche, jouissant d'une très grande influence dans le pays.

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Par une mesure toute bienveillante, les biens de Kipfmûller ont échappé au séquestre. Le 1 5 novembre 191 4, le Temps publiait l'entrefilet suivant : Le Tribunal de Cherbourg a mis sous séquestre les biens appartenant aux nommés..., etc. Pareille mesure na pu être prise en ce qui concerne Kipfmûller, directeur de la Hamburg- Amerika, sujet allemand, ce dernier habitant en commun avec son beau-père, sujet français. Or, à la fin du premier trimestre 191 4, Kipfmûller avait quitté la maison qu'il occupait, 13, rue Saint-Clément, averti de l'imminence d'un conflit armé par les renseignements que son chef direct, herr Ballin, conseiller privé de Guillaume II, lui adressait de Berlin.

Jusqu'au 5 août, cet agent de Ballin put circuler librement à Cherbourg. A cette date, il fut autorisé à résider dans la propriété de son beaupère, à douze kilomètres de notre port de guerre, auquel elle est reliée par un tramway. Il était confié à la garde débonnaire d'un douanier. Il est à supposer que cette garde fut peu vigilante, car, en septembre 191 4, Kipfmûller fut, à plusieurs reprises, aperçu circulant librement, lui Allemand, directeur d'une compagnie allemande, dans Cherboui'g, place de guerre en état de siège. Il continuait à gérer son agence, à laquelle un commissaire spécial faisait, de temps en temps, une visite anodine; Les employés de cette

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agence surent mettre à profit cette indulgence insolite. Ce ne fut que le 6 août qu'un poste secret de télégraphie sans fil fut découvert sur le Bon-Voyage.

D'autre part, KipfmûUer, préférant sans doute le panorama de la rade, s'installa à l'hôtel Millet, à Landemer, d'où il pouvait surveiller, à la lorgnette, tous les mouvements du port, quand, à la mi-août, l'ordre vint soudain de Bordeaux de l'interner à Tatihou. Aussitôt, sa famille fit de pressantes démarches pour obtenir à KipfmûUer l'autorisation de s'engager dans la légion étrangère. L'agent eût trouvé à cet arrangement le double avantage d'échapper à l'internement et d'acquérir la nationalité française. Cette nationalité, il l'avait, bien entendu, demandée à cor et à cris, le lendemain de la déclaration de guerre. Après dix ans de séjour, ses sentiments francophiles se révélaient tout à coup. Plus tard, il n'eût pas manqué d'invoquer sa myopie prononcée pour obtenir sa réforme. Mais la farce eût été jouée.

Cette autorisation, le ministre la refusa à KiptmûUer. Informé de cette décision vers la fin de janvier, l'agent directeur de la Hamburg-Amerika ne se tint pas pour battu. Grâce à des manœuvres qu'il serait intéressant de connaître par le détail, il obtenait, au début de février, l'autorisation de se rendre seul à Cherbourg, pour y contracter un

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engagement dans la légion étrangère. Par un heureux hasard, l'interdiction ministérielle précéda de quelques heures l'autorisation préfectorale.

Ajoutons ce détail qu'au cours des années igiS-igii, Kipfmûller avait été pris d'un goût très vif et soudain pour l'automobilisme. Il fit l'acquisition d'une voiture, et rayonna continuellement dans les environs de Cherbourg, la plupart du temps sans compagnon. Le directeur de la Hambarg-Amerika, dont tous les bateaux devaient être, en cas de guerre, transformés en croiseurs auxiliaires, avait besoin de connaître parfaitement la côte du Cotentin, en vue des opérations maritimes que Guillaume II et von Tirpitz considéraient comme imminentes.

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