‹ Hortense Allart de Méritens: dans ses rapports avec Chateaubriand, BérangerChapitre 19 sur 42 · BÉRANGER, CHATEAUBRIAND ET LAMENNAIS I7I · texte numérisé non relu

BÉRANGER, CHATEAUBRIAND ET LAMENNAIS I7I

Comme je ne suis pas ce philosophe, je n'essaierai pas de faire parler « ces trois hommes », mais je crois que Ton pourrait résumer facilement leurs conversations. Lamennais, qui était resté prêtre, se plaignait du Pape et de l'Empereur, « ces deux moitiés de Dieu ». — Béranger, à qui « le Dieu des bonnes gens » suffisait, maugréait surtout contre l'Empereur, — c'est-à-dire contre le roi Louis-Philippe, qui décidément n'était pas la meilleure République. — Quant à Chateaubriand, il s'ennuyait plus que jamais depuis qu'il ne comptait plus.

— Je me suis toujours ennuyé, — disait-il.

Béranger lui répondait :

— C'est que vous ne vous êtes pas occupé des autres !

Sur quoi. M™® de Chateaubriand, « esprit fort .singulier », s'écriait :

— Vous avez bien raison 1 vous avez bien raison(i)l

Elle morte, il s'ennuya bien plus encore. Comme il n'avait plus personne pour l'entêter et le contredire, il passait ses journées à parcourir d'une main distraite et lourde les cahiers de ses Mémoires (2). M^^ Récamier elle-même, qui le visitait tous les jours,

(1) Lettre de Béranger à M. de Valois, du 27 mai 1849. — ^Çtte anecdote me rappelle le mot de Talleyrand sur l'auteur des Mémoires (TOutre'tombe : « 11 se croit sourd depuis qu'il n'entend plus parler de lui. » (Journal du maréchal de Gastellane^ t. III, p. 66.)

(a) Il les remaniait sans cesse, en effet,et Victor Hugo raconte, dans ses Choses uatfx.qu'au lendemain de sa mort il en vit des cahiers entiers par terre dans son appartement.

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avait peine à lui arracher une parole. Cependant Hortense se vantait, au mois d'octobre 1847; de l'avoir fait rire en lui expliquant d'après Pierre Leroux a le droit à la propriété qui était sacré et la propriété qui ne l'était pas (i) »; et Béranger prétendait, à la même époque, qu'il trouvait encore moyen, quand il allait le voir, de le faire causer un quart d'heure bu vingt minutes. Mais, comme le remarquait spirituellement M. Thiers, quand Béranger avait parlé à quelqu'un, il s'imaginait volontiers que ce quelqu'un avait parlé.

Le certain, c'est qu'au mois de mai i848 Chateaubriand était comme en enfance. Il ne trouvait qu'un mot à dire à Béranger :

— Eh bien I vous l'avez, votre République 1

— Oui, — répondait le chansonnier, — mais j'aimerais mieux la rêver que l'avoir (2).

Et le fait est qu'elle n'était pas belle. A peine était-^elle proclamée, qu'elle glissait dans le sang.

Chateaubriand aurait été navré de cette chute tragique, s'il en avait eu connaissance, car, tout monarchiste qu'il était, il savait gré à la République d'avoir vengé sur le dos de Louis-Philippe l'outrage fait à la duchesse deBerry, sa noble cliente. Mais il n'entendit pas les mitraillades de Juin, et sa mort, qui en temps ordinaire eût été un événement de premier

(i) Lettre inëdite à Sainte-Beuve.

(u) Sftinte-Beaye : Chateaubriand et son groupe littéraire, t. H, p. 397.

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