‹ Hortense Allart de Méritens: dans ses rapports avec Chateaubriand, BérangerChapitre 4 sur 42 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

bénis : je lui dois, en effet, d^avoir écrit mes ouvrages sur Sainte-Beuve et Alfred de Musset, et c'est grâce encore au cinquantenaire de Déranger, comme je le disais tout à Theure^ que je me suis occupé des relations de Chateaubriand avec Hortense AUart de Méritens.

Certes, ce livre contristera plus d'une âme. J'en pourrais nommer quelques-unes de grande distinction qui auraient voulu me voir jeter au feu les lettres d'Hortense à Sainte-Beuve ayant trait à ce pauvre René. Comme si j'avais eu le droit et le pouvoir de mettre ainsi la lumière sous le boisseau !... Chateaubriand a encore des dévots fanatiques — Edmond Biré était du nombre — qui ne peuvent pas croire que chez lui l'épicurien balançait le chrétien ! Assurément, l'un jure à côté de l'autre. Quand on a eu l'honneur incomparable de relever les autels, on ne devrait avoir d'amour que pour Dieu. Mais quoi 1 n'est-ce pas aux pieds d'une jeune païenne que fut écrit le Génie du Christianisme^ et n'est-ce pas aussi par la vertu de ce livre que cette jeune femme mourut chrétienne ? — N'en voulons donc pas à Chateaubriand d'avoir si bien amalgamé l'amour et la religion qu'on ne saurait pas plus les séparer dans sa vie que dans son œuvre. Il était voué au premier avant d'embrasser la seconde, ou plutôt il avait sucé

la HORTBNSE ALLART DE MÉRITENS

Tun et Tautre avec le lait maternel, et la morale relâchée de ceux qui ont fait le catholicisme à leur image était incapable de lui imposer, à trente-deux ans, le sacrifice nécessaire...

Oui, mon cher Fournel,en Bretagne tous les cœurs biens nés sont amoureux dès l'enfance. L'amour, au pays de Marie et de Pêcheur d'Islande^ est aussi indispensable à la vie de Fâme que le pain à la vie du corps. Tout petits, on nous berce avec des chansons dont Tamour est le thème unique ; c'est sur les bancs du catéchisme que s'ébauchent les premières idylles, et, la mer et le ciel aidant, — la mer grise sous le ciel brumeux, — vers la seizième année les passions naissantes nous plongent dans des rêveries sans fin. De là notre fonds de mélancolie naturelle, car il n'y a pas d'amour sans trouble et sans chagrin. Et voilà pourquoi aussi, dans l'espèce de prison où son père l'avait pour ainsi dire emmuré à Combourg, Chateaubriand s'éprit d'abord de sa sœur Lucile. Il n'y a qu'une chose qu'il n'ait pas connue en amour, c'est la fidélité — vertu si bretonne pourtant, que sa ville natale s'en est fait une devise : Semper fidelis^ lit-on sur l'écusson de Saint-Malo. Mais de cela encore il ne faut pas lui faire un grief trop sévère: il tenait de sa caste sa belle inconstance. C'était un vieux reste de chevalerie, la noblesse

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