‹ Hortense Allart de Méritens: dans ses rapports avec Chateaubriand, BérangerChapitre 5 sur 42 · PRÉFACE I · texte numérisé non relu

PRÉFACE I

-française ayant toujours mis son amour-propre à marcher sur les traces du roi vert-galant. Et d'ailleurs, s'il fut inconstant en matière d'amour, on peut d^autant mieux l'excuser, de ce chef, qu'il poussa la fidélité jusqu'à Théroïsme en matière d'honneur. I Le roman de René avec Hortense AUart ne le 'diminue donc pas à mes yeux. Et pourquoi le dimiminuerait-il plus que ses romans avec Pauline de Beaumont, la marquise de Custine ou la duchesse de . Mouchy? Est-ce parce qu'il avait alors soixante ans et qu'Hortense n'était qu'une roturière ? Mais l'amour ^ n'a pas besoin de quartiers de noblesse ; de beaux yeux valent bien un blason, surtout si l'esprit les anime, comme c'était le cas de ceux d'Hortense. Et quant à l'âge avancé de Chateaubriand, je ne vois pas pourquoi on le lui imputerait à crime. J'aurais [ plutôt envie de lui reprocher, comme Sainte-Beuve, : d'avoir rougi de cet amour d'automne, en le passant .sous silence dans ses Mémoires (TOutre^tombe. Car les roses de l'arrière-saison ont plus de charme que celles de Tété, et je ne sais rien de plus glorieux pour ^ un sexagénaire que d'inspirer encore de l'amour à ; une femme de vingt-cinq ans. On m'objectera peut- I être que c'était son illustration plus que son beau physique qui avait séduit Hortense. Je le veux bien; ' cependant elle avoue dans ses Enchantements qu'il

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était encore fort désirable à cet âge, et nous savons par ailleurs qu'à la même époque il prit plus d'un jeune cœur dans ses filets toujours tendus.

Il n'est pas le seul, du reste, à qui Tamour ait souri jusqu'au sein delà vieillesse. Goethe et Bernardin de Saint-Pierre inspirèrent des passions semblables, quand ils avaient des cheveux blancs. Qu'en conclure ? qu'il y a des grâces d'état pour certains hommes et que l'amour, quoi qu'on en dise, ne dédaigne pas tout à fait la gloire.

Voilà ce que ne comprirent ni Armand de Pontmartin ni Barbey d'Aurevilly. Vous connaissez les articles qu'ils firent sur Chateaubriand à l'apparition des Enchantements de Prudence^ N'êtes-vous pas d'avis qu'ils auraient mieux fait de se taire ou de prendre texte de ce livre pour soutenir, comme le fit, il y a quelques années, l'abbé Bertrin,que la sincérité religieuse de Chateaubriand n'avait reçu aucune atteinte de ses aventures galantes ?

L'auleur dn Génie daChristianisme éimi^ en effet, un être éminemment complexe. L'homme en lui n'était pas seulement double, il était triple et quadruple ; mais, dans tous ses états et dans tous ses actes, il était mené et mal mené par son imagination qui n'était pas très saine. Delà certaines contradictions violentes entre son langage ordinaire et sa conduite

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