‹ Hortense Allart de Méritens dans ses rapportsChapitre 5 sur 28 · TALMA · texte numérisé non relu

TALMA

Allart avait rencontré chez TalmaM"® Desgarcins, qui s'était éprise de lui et était devenue sa maîtresse.

« Cette liaison, dit Arnault, se dénoua de la manière la plus douloureuse. Mn" Desgarcins, soupçonnant qu'elle avait une rivale (elle ne se trompait que quant au nombre), arrive un matin chez Allart

(i) Talma, qui, ea 1790, habitait rue Molièrc-Saint-Germain, actuellement rue Rotrou, demeura ensuite rue Chantereine, dans l'hôtel que Julie Careau, sa femme, lui avait apporté en dot et qu'elle vendit en 1796, après son divorce, à Joséphine de Beauharnais. C'est là que Joséphine se maria avec Bonaparte. Talma habitait alors rue de la Loi, aujourd'hui rue Richelieu.

(2) Lettre inédite.

UORTENSL; ALLART de MIiIUTENS

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pour le forcer à s'expliquer. C'était Ilermione chez Pyrrhus. N'oblenaiit pas la satisfaction qu'elle se croyait en droit d'exiger, comme la fille d'Hélène elle se frappa de plusieurs coups de poignard. Allart la soigna jusqu'à parfaite guérison; mais, plus eflrayc qu'attendri, il ne put se déterminer à repVendre des chaînes si pesantes; la fierté de sa maîtresse, d'ailleurs, l'en débarrassa. Cette aventure ne lui nuisit pas près des dames.

Qu'un amant mort pour nous nous mettrait en crédit!

Arnault ajoute :

« M'^' Desgarcins quitta le théâtre à cette occasion. Ce fut une perte pour l'art. Cette actrice n'était pas belle de figure, mais elle était faite à ravir, et elle avait une de ces voix qui attendrissent les cœurs les moins sensibles. Nescia mansiiescere corda.

« Par cette mélodie à laquelle Fontanes ne put pas résister, elle désarma des brigands qui, après l'avoir enfermée pour l'assassiner, lui permirent de ne mourir que de sa frayeur, ce qui arriva quelques mois après (i). »

Est-ce cette aventure galante qui mit Allart « en crédit )) auprès de Mary Gay? Admettons-le, pour ne pas contrarier Arnault. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'une fois marié Allart vécut d'une vie relativement

(i) Arnault. Souvenirs cran sexagénaire. — M"'« de Méritens^ qui reproduit ce passage dans ses Enchantements (p. 6), donne à son père le nom d'Herblay, qui était celui d'une petite commune de Seine-et- Oise, où elle habita longtemps.

4o HORTENSE ALLART DE MÉRITENS

sag-c et rendit sa femme très heureuse ( i ) . 11 avait alors beaucoup d'influence dans les régions du pouvoir. Cependant une traditio» demeurée dans sa famille veut qu'à un moment donné, peu de temps avant la naissance d'Hortense, il ait eu à souffrir de la disgrâce du Premier Consul. Cela résulte d'ailleurs de deux ou trois petits billets de Duroc que j'ai sous les jeux (2). Mais, grâce à l'appui de Duroc, cette défaveur ne fut que passag-ère. Nous avons vu qu'en 1801 il était à Milan membre d'une commission extraordinaire de liquidation.

(i) Voici une lettre inédite d'AlIart à ses filles qui prouve en sa faveur : « a hortense et asophie. — Je suis bien étonné, mes chères filles, que vous me négligiez ainsi. Voilà trois jours que je n'ai reçu de vos nouvelles. Votre mère, qui ordinairement m'écrit si exactement et si agréablement, m'abandonne ou plutôt elle ne veut pas m'écrire seule, de peur de me montrer qu'elle ne peut pas obtenir que vous m'écriviez. Je serais bien fâché d'arriver, pour être brouillé avec vous. Si vous le craignez, préparez-vous à me montrer beaucoup de besogne faite à mon entrée dans le château de Brécourt. — Adieu, mes enfants, je vous embrasse. Sautez toutes les deux au col de M"» Perigon. Embrassez Mn^" Dodc pour moi. — g. allaht. »

(2) Dans l'un de ses billets, Duroc disait à Allart :

»< J'ai reçu, mon cher Allart, la lettre que tu m'as écrite ; on t'a sans doute exagéré, dans les rapports que l'on t'a faits, ce que l'on appelle le mécontentement du Premier Consul.

« Dans le moment auquel je t'écris, le citoyen Dubois doit être arrivé à l'armée, il ne peut donner sur ton compte que des explications qui ne seront jamais désavantageuses. Tu as Marmont qui peut t'être d'une grande utilité. Le citoyen Bellcville passe ou passera à Milan et peut aussi t'employer agréablement et avantageusement dans le pays où il se rend. Sois sûr que si je puis entendre ou si j'entends parler de toi au Premier Consul, je le ferai bien revenir sur ton compte, ou du moins je ferai mon possible. Je n'ai pas encore vu le citoyen M [illisible], mais il ne partira pas sans que je lui parle.

«Rappelle-moi au souvenir de M°"= Allart.

« Je l'embrasse, « DUROC » (a).

(a) Lettre inédile.

SA VIE [\l

Trois ans après, sa position était si prospère que Marie-Joseph Chénier lui demandait d'appuyer son frère auprès du Premier Consul (i). Mais, ruiné, comme tant d'autres, par les événements de i8i4, il mourut, en 1817, avant d'avoir pu se relever, laissant sa femme et ses deux filles dans un état voisin de la misère (2).

M"^ Allart, qui ne manquait pas de courage et qui se souvenait de ses débuts à Paris, fit face encore une fois à la mauvaise fortune. Elle avait à peu près cessé d'écrire. Elle reprit la plume et lui demanda le

(i) «Je vous remercie inGniment, mon cher ami, de la bonne intention, lui écrivait Chénier, le 27 vendémiaire an XII, mais votre lettre ne peut être envoyée à M. Petiet(a) dans les termes où elle est conçue. Vous lui dites que le Premier Consul m'a promis de placer mon frère. Cela n'est point exact; et si j'avais cette promesse, toute démarche auprès d'un tiers serait inutile et lui déplairait. Voici le fait. Mon frère a formé une demande auprès du Premier Consul, j'ai fortement appuyé cette demande; mais, encore une fois, il n'a rien promis. Dans cet état de choses, une démarche de bienveillance de la part de M. Petiet chargé d'une vaste administration pourrait être fort utile. Mon frère lui a été recommandé déjà par mon ancien collègue, l'ex-tribun Goulard. La lettre est partie. V^euillés (sic\, je vous prie, mon ami, prendre en considération ce que je vous écris, et supprimer de la let(*re que vous avés [sic) bien voulu écrire, une phrase qui compromettrait à la fois mon frère et M. Petiet lui-même, s'il agissait ou faisait quelque démarche en s'appuyant d'un fait qui a beaucoup d'importance et qui, s'il était vrai, donnerait une certitude, tandis que nous n'avons qTie de l'espérance. Mille pardons, mon cher ami, de la peine que je vous donne, j'aurais été vous voir ce matin, sans un gros rhume qui m'a pris hier au sortir de l'Institut.

« Mille respectueux hommages à M"'« Allart.

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