C A. THIERS
(Lettres inédites.)
74 HORTENSB ALLART DE MERITENS
et rhistoire. Du haut de ses créneaux, elle revoyait, dans une immense et ravissante étendue circulaire, des châteaux et des domaines familiers aux jours de sa jeunesse. Dans la belle saison, elle s'installait pour de longues heures à l'ombre du petit bois de pins qui lui rappelait l'Italie, au-dessous de la tour, sur la colline en pente rapide dont le sable tiède et fin a séché l'encre de ses nombreuses lettres.
ce Elle avait remplacé l'habillement élégant mais simple dont elle se parait d'habitude, par un costume J^ seyant à son âge, mais fait avec les étoffes de cotonnade employées par les paysans. Une longue capote de percale finement froncée défendait son visage conître le vent et le soleil; le large parapluie de coton bleu ' des paysans, en harmonie si gaie avec la campagne, l'abritait dans les longues promenades qu'elle faisait de préférence sous la pluie. Elle se drapait, sans jamais y penser, comme une Polymnie, dans im châle léger et chaud; une robe unie s'arrêtait au ras de ses chevilles pour le jeu alerte de ses petits sabots. Des manches larges et de très longs gants qu'elle faisait et même brodait adroitement elle-même complétaient ce costume si commode pour son genre de vie. Un sac, où elle emportait toujours de quoi lire et écrire lorsqu'elle partait en promenade, pendait à son fin poignet dont la délicatesse cachait une force d'acier... Quand je cherche à me la rappeler, je la retrouve tout entière dans le tableau où elle fut peinte par Duois» frère du poète, vers l'âge de quatorze ans. M"* Hortense Allart de Méritens a ^t\
SA VIE . c . ^5
Crît que c^ était Minerve qu^oft retrouve aux deux ^extrémités de la vie. C^est vraiment la jeune fille Pau regard ingénument réfléchi et profond du por- Itraît de Ducîs qu'on retrouvait dans le visage jamais fembi^umé de cette grand'mère si étiricelante de vie, yd'intérêt et de gaieté^ dont le rire olympien sonne [encore aux oreilles de ceux qui Tout entendu. Elle [pleurait cependant presque aussi facilement, mais, ipar un don singulier, les larmes l'avaient toujours
^embellîe et rajeunie...
<c.|U^ soir de février, à Tentrée de la saison qu'elle Savait toujours redoutée, elle convint avec une voisine de quelque détail pour le lendemain. Rien d'anorimal Xke paraissait en elle, on Tavait vue tout le jour ^vaqucir à ses occupatiojis habituelles. Cependant elle ^'ou]i^rit pas, le lendemain. On avertit son fils, qui la prouva sur son lit entièrement vêtue et ne donnant blus Aligne de vie . Elle était morte de la rupture d'un anévrisme. Ainsi était morte sa mère, jeune encore, pendant qu'occupée à sa toilette elle relevait ses lourcli^. cheveux. »
î On 'm'avait raconté qu'après sa mort son fils Martous avait brûlé toute sa correspondance. D'après les arensèîgnements que m'a donnés sa famille, c'est elle- ^ênië qui, dans son irritation contre Barbey d'An-
ïevîl^ et consorts, accomplit cet autodafé (i).
(i)'Êxi adressant à Marcus la lettre de George Sand que nou«t publias «Q débat de cet article, ellearak écHt en Qiarge : « A jeter wa feu ! »
Heureusement, une partie de ses ^piers étaie alors en la possession de Marcus.
Toutes les lettres que je viens de citer, à l'exc« ion des siennes, proviennent de sa succession . Mi es plus importantes, parmi celles qui me servîroni a montrer dans ses rapports avec Bérang«r, Gii eaubriand, Sainte-Beuve, Lamennais et les autn lont incontestablement celles qu'elle écrivît au cri ]ue des Z,an<i/s, de i84i à i848. Lorsqu'on les au ues, — et les fragments que j'en ai déjà publ donnent un avant-goût, — on saura un gré infini 5ainte-Beuve de les avoir conservées. Quant à m* e ne saurais trop remercier ici ^L Jules Troubat ne les avoir communiquée»
Un mot maintenant sur la tombe de M""' de Méi ens. C'est grâce à C Intermédiaire des chercheurs les carieax que je l'ai trouvée. Je la croyais à Uoi héry; elle est dans le petit cimetière de Bourg- Fleîne, à deux pas de celle d'André Theurîet, c irécisément était maire de cette commune quand ;orps de Marcus y fut rapporté. Car, de même q VI°i» de Méritens avait voulu reposer auprès de s( ils Henri, Marcus, qui mourut à Lunéville, le 1 2 jai àer 1901, voulut reposer auprès de sa mère
Ils sont là tous les trois, qui dorment côte à côt :omme la poule et les poussins dont parle l'Écritur lous une pierre basse, fleurie de lichen, et que rii le désigne au regard du passant
Voici leur épitaphe :
SA VIB