Arch. nationales, série F
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son état chez un «lutre patron, peut-être faubourg Saint-Germain, comme M. de Lavalette l'écrit clans ses Mémoires) « une fille de onze ans, aussi à Paris, élevée, chez sa mère, dans des principes républicains ». Sa femme « très bonne patriote » qui est détenue comme lui « présente, de son côté, dit-il, des moyens de défense ». Suivent des professions de foi toutes brûlantes de civisme : Il a « adoré la liberté pour elle-même, pour le bonheur du peuple et non par intérêt, ni par ambition ». Enfin il termine ce beau factum, la dernière de ses élucubrations patriotiques, par un serment à la Brutus qui fait sourire, quand on songe à l'avenir de sa postérité. «Si la liberté, que j'ai constamment servie, m'est rendue, je n'en veux faire usage que pour augmenter dans le cœur de mes en fan s la haine des rois. »
Tout ce verbiage fut dépensé en pure perte et n'empêcha pas le tribunal révolutionnaire de le citer à sa barre le 5 thermidor.
Impliqué avec le prince de Salm, M. de Beauvoir, le jeune amoureux de Désirée de
fis HORTENSE DE BEAU HARNAIS.
Croisœuil, et quarante-six autres personnes, dans une de ces conspirations de prisons, qui avaient été imaginées à dessein d'alimenter la guillotine de grandes fournées, Beauharnais fut aussi accusé de trahison, et sa retraite du commandement de l'armée du Rhin, dont il était si fier, fut qualifiée de « manœuvre pour faciliter la prise de Mayence ».
La procédure, pour le général de Beauharnais et ses compagnons, est des plus sommaires ; leurs dossiers ne portent aucune trace d'interrogatoire, pas plus que le moindre essai de défense, les défenseurs officieux n'existant plus, l'on se borne, sauf pour trois d'entre eux, cà les condamner, sans phrases, à la peine de mort.
Fidèle au rôle qu'il s'était tracé, le mari de Joséphine restera prétentieux et théâtral jusque sous le couteau de la guillotine, et, dans la dernière lettre qu'il lui adressera, les déclamations politiques tiendront plus de place que les tendres effusions. Ses recommandations, à l'égard de ses enfants, seront brèves.
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« Console-les, dira-t-il, en les éclairant et surtout en leur apprenant que c'est à force de vertus et de civisme qu'ils doivent effacer le souvenir de mon supplice et rappeler mes services et mes titres à la reconnaissance nationale. »
L'exécution eut lieu à la barrière de Vincennes. Ce fut ainsi que périt, à l'âge de trente-quatre ans, le père de la reine Hortensel...
Cependant, la Providence veillait sur elle et lui conservait sa mère.
On touchait au 9 thermidor.
Robespierre renversé, les prisons ouvrirent leurs portes.
Le 19 thermidor (6 août), Joséphine obtenait sa délivrance, grâce à l'entremise de Tallien. Tous les prisonniers s'associèrent à sa joie et le lui témoignèrent par des applaudissements qui l'émurent au point de lui faire perdre connaissance. Ayant repris ses sens, elle leur
fit ses adieux et sortit accompagnée des vœux de toute la maison.
Madame de Beauharnais, une fois libre, s'employa activement à tirer ses amis de prison ; le 22 thermidor, elle parvenait à en faire sortir madame de Lamothe-Hosten, M. et madame de Croisœuil, qui furent remis entre les mains de la municipalité de Groissy accourue pouf les réclamer.
Elle fut moins heureuse, sans doute, dans ses démarches en faveur de sa belle-sœur, qui, traînée de prisons en prisons, resta sous les verrous de longs mois encore. Rendue enfin à sa fille, le 7 octobre, la marquise François de Beauharnais courut se réfugier, avec elle, à Fontainebleau, auprès de son beau-père, où se trouvaient déjà Joséphine avec Eugène et Hortense.
Les biens d'Alexandre de Beauharnais ayant été confisqués, sa veuve se trouvait dans un état de gène voisin de la misère, d'autant plus que le vieux marquis, presque ruiné à son tour, ne pouvait lui venir en aide.
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« Vous avez sans doute appris, écrivait-elle à sa mère, le i^'" janvier 1795, les malheurs qui me sont arrivés et qui ne me laissent, avec mes enfants, d'autres moyens d'existence que vos bontés. Je suis veuve et privée de la fortune de mon mari, ainsi que ses enfants. Vous voyez, ma chère maman, combien j'ai besoin d'avoir recours à vous... Je compte sur vos bontés pour ne pas me laisser plus longtemps dans le besoin et me faire, tous les trois ou quatre mois, un envoi. »
Madame Tascher de la Pagerie répondit, paraît-il, à la demande de sa fille, dans la mesure de ses moyens ; il est de fait que sans cette assistance, sans celle de quelques amis, au nombre desquels se trouvait M. de Groisœuil qu'elle voyait à Groissy où elle continuait à avoir sa maison à bail, la future impératrice eut, parfois, été bien embarrassée de pourvoir à sa subsistance et à celle de ses deux enfants. Le peu qu'elle possédait se trouvait sous scellés, rue Saint-Dominique. Heureusement Tallien,
qui déjà était venu à son secours, lui continuait ses bons offices et lui faisait restituer, le 25 février 1795, « ses linges, hardes, meubles, bijoux et effets ».
Les plus mauvais jours sont enfin passés; Joséphine, à présent, va s'occuper de pourvoir à l'éducation de ses enfants forcément interrompue pendant de longs mois. Elle les placera tous les deux en pension ; désormais, la jeunesse d'Hortense, jusque-là comprimée par le malheur, va prendre sa revanche et pourra, dans un milieu d'insouciance et de gaieté, s'épanouir librement.