EUGÈNE BEAUHARNOIS
» âgé de douze ans.
» IIORTENSE BEAUHARNOIS,
» âgée de onze ans. »
Pas plus que leur cousine Emilie, les enfants Beauharnais n'arrivèrent à se faire entendre de la Convention, qui demeura sourde à leurs voix.
Madame de Beauharnais, qu'une lueur d'espérance soutenait encore, fut anéantie de cet échec et ne chercha pas à dissimuler son profond abattement. Devant les souffrances de la prison et les terreurs toujours présentes de la guillotine, la pauvre femme ne se piquait nullement d'héroïsme et, malgré les stoïques exemples de madame de Custine, veuve du général, sa compagne de chambre, qui ne voulait pas céder au sommeil avant d'être sûre de ne montrer aucune marque de faiblesse, si on
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venait la réveiller au milieu de la nuit pour la conduire au supplice, elle passait son temps à tirer les cartes en cachette et à pleurer devant tout le monde, au grand scandale de ses compagnes d'infortune. Cette pusillanimité leur paraissait du plus mauvais goût à ces détenus qui se vengeaient des maux physiques par un beau mépris et qui, au seuil de l'éternité, n'admettaient guère que l'on pût se soucier d'autre chose que de préoccupations romanesques.
C'est ainsi que, pendant que M. de Croisœuil exhortait sa belle-mère à la résignation et la préparait à la mort, un jeune sous-lieutenant, Charles-Louis-Ange de Beauvoir, à la veille de monter sur Téchafaud, gravait, sur le mur de son cachot, les vers suivants qu'il avait composés pour Désirée de Croisœuil, l'amie d'enfance d'Hortense, dont les beaux yeux noirs avaient enflammé le cœur.
Amour, viens recevoir ma dernière prière ; Accorde à Désirée un avenir heureux,
l'enfance. 63
Daigne ajouter surtout à sa belle carrière Les jours que me ravit un destin rigoureux. Mon cœur brûlant adore Désirée :
Quand Atropos viendra trancher mes jours, Le dernier des soupirs sera pour les Amours, Qui lui diront combien elle fut adorée.
Joséphine, au contraire, ne pouvait se résigner à prendre son sort en patience. Sept semaines après son incarcération, elle se raccrochait à une dernière planche de salut et faisait écrire, sans plus de succès, par ses enfants, une seconde pétition à la Convention pour demander sa liberté.
a Ce 26 prairial de l'an II de la République française une et indivisible.
» Citoyens représentants, permettez que des enfants privés de leur tendre mère élèvent leur voix supliante (sic) pour vous prier de hâter le moment qui doit la rendre à la liberté. Toutes les pièces concernant la citoyenne Alexandre Beauharnois, arrêtée le 2 floréal par mesure de sûreté générale, sont maintenant à la commission des détenus, excepté le mandat d'arrêt.
68 IlORTEN SE DE RE ACHARNAIS.
On n'attend que cette pièce pour délibérer sur son affaire. Veuillez donc bien. Citoyens représentants, donner des ordres pour qu elle y soit promptement adressée. Quand on n'a point à redouter le jugement, on brûle qu'il soit rendu. Citoyens représentants, jugez de notre impatience.
» Les enfants de la citoyenne Alexandre Beauharnois,
« EUGÈNE et HORTENCE (sic) BEAUHARNOIS ^ »
De son côté, Alexandre de Beauharnais ne restait pas inactif; il adressait, au Comité de Sûreté générale, un tableau complet de ses opinions, destiné à sa justification et dans lequel il commençait par vanter l'éducation de ses enfants : Un fils « âgé de douze ans et demi qui apprend, à Paris, le métier de menuisier » (ce qui ferait supposer qu'Eugène, après avoir quitté Croissy, avait continué à exercer