IIORTENSE DE BE VU FI A RN A I S
dans leur hôtel. Elle allait y courir un danger sérieux. Devant son appartement, situé au premier étage, régnait un balcon de bois donnant sur la rue et où ces dames aimaient à se réunir i»our prendre le frais. Un jour, ce balcon, vermoulu sans doute, s'écroula sous leur poids. Grâce à un véritable prodige, personne ne l'ut tué, mais madame de Gambis se brisa la cuisse et Joséphine eut le corps couvert de contusions et de meurtrissures. Pour calmer la cuisson insupportable que lui causaient ses blessures, le docteur Martinet, médecin des eaux, eut l'idée de l'envelopper dans une peau de mouton saignante.
Prévoyant que la convalescence serait lente, madame Bonaparte fit chercher Hortense, à Saint-Germain, par la mulâtresse Eup?iémie, sa vieille bonne, qui l'avait élevée \
Hortense, nous l'avons vu dans les notes de
1. 11 est déjà question <le celte Eupliéinie dans une lettre du vicomte de Beauharnais à sa femme du 20 octobre 1783. C'est elle qui, en 1815, lors du retour de Vile d'Elbe, donnera, pour quelques jours, l'hospitalité à la reine Hortense, dans son appartement, à Paris.
madame Gampan, était alors passablement gourmande. Tout le long de la route, dans toutes les villes où l'on s'arrêtait, il fallait garnir les coffres et les poches de la voiture de victuailles et de friandises. Une nuit, tandis qu'on traversait une foret, Euphémie fut réveillée en sursaut par une détonation, la pauvre mulâtresse crut à une attaque ; ce n'était heureusement que le bruit du bouchon d'une bouteille de Champagne que l'espiègle Hortense avait fait sauter.
On arriva enfin à Plombières, le jour où la ville fêtait la prise de Malte par l'escadre française. Cette heureuse nouvelle et le bonheur de revoir sa fille relevèrent l'état moral de madame Bonaparte, jusque-là plongée dans une grande tristesse, et hâtèrent son retour à la santé.
Cependant madame Campan, tout affligée du départ de cette élève préférée, s'inquiète de son silence.
« Pas un mot de mon Hortense, lui écritelle, le 7 juillet, point de nouvelles de sa chère maman, ni de détails sur son voyage I
C'est un chagrin général dans la pension ; c'en est un bien vif pour moi qui ne cesse de m'occuper d'elle... »
Hortense se hâte de la remercier de son afîectueuse sollicitude.
« J'ai reçu votre lettre, mon aimable Hortense, elle était bien écrite et bien obligeante pour moi... Je pense bien qu'il vous sera impossible de venir pour l'exercice; on y pensera à vous, on en parlera même publiquement... La tente est préparée à cet effet; elle est cent fois plus jolie que l'année dernière ; la chapelle est tendue de damas vert et ressemble, par le nombre de dessins accrochés, à un petit muséum... »
Le 24 juillet, madame Campan rend compte, à Hortense, de l'examen et de la distribution des prix : les deux grands événements de l'année scolaire.
« L'exercice, ma bonne Hortense, a été le plus brillant de ma maison, depuis qu'elle existe. Combien vous y avez été regrettée ! Au moment où Isabey vous a donné publiquement
le premier prix de dessin, les applaudissements ont éclaté !.. . L'assemblée a été une des plus nombreuses que Ton puisse voir à Saint- Germain. Ma cour illuminée, la tente, tout cela ressemblait à Tivoli.
» Les belles, qui y figurent ordinairement, avaient eu la bonté d'y transporter leurs charmes : on voyait se promener, sur le gazon de la cour, la superbe madame Récamier, madame Pauligni, madame Lavalette, qui était charmante et mise comme un ange ; enfin, on a compté jusqu'à trente voitures dans ma rue, mais ce qui vaut encore mieux que tout cela, c'est la satisfaction générale sur l'éducation de mes jeunes personnes. Enfin, ma chère amie, j'ai joui complètement du fruit de mes travaux, car tout Paris a parlé avec éloges de mon établissement. Le prix qui vous est destiné est charmant. C'est une madone de Raphaël avec l'enfant Jésus ; il a été remis à votre bonne maman *...