ACTE I, SCÈNE
JULIE
Oui... le capitaine lui-même.
En vérité?
M. d'Ervillé.
JULIE
hortense, à part.
Lui... enfin!... oh ! merci, mon Dieu!... c'est lui...
JULIE
Les voilà qui viennent... dans un quart d'heure ils seront ici...
Elle regarde impatiemment du haut de la terrasse. hortense, à part.
Ah! j'ai bien fait de venir... le cœur me bat... Oh! je suis heureuse aussi, et mon bonheur n'est qu'à moi... Elle reste plongée dans une profonde rêverie.
CHARLES
Je me retire, madame; n'oubliez pas ce que j'ose attendre de votre bonlé... ce qu'Amélie elle-même attend de votre amitié de sœur... ne l'oubliez pas.
noRTENSE, sortant de sa distraction, • Oublier quoi?
Charles, étonné.
Ma prière et celle de M,le Duperron..
hortense, vivement.
Oh ! non, monsieur, non, je veux qu'elle soit heureuse aussi; vous l'aimez et elle vous aime; n'est-ce pas la meilleure garantie du bonheur?Je parleraià M. Duperron... Je ne veux pas qu'une larme se mêle aujourd'hui à ma joie!
CHARLES
A votre joie!
A celle que m'inspire le bonheur de ma meilleure amie.
julie, venant en scène.
Enfin, le voilà débarque! j'ai cru qu'il n'arriverait jamais... Snis-tu que voilà deux ans que je l'attends?
J8 UÛHTENSE DE BLENG1E.
Mais c'est toi qui Pas forcé à partir et à accepter cette mission en Chine qui l'a tenu si longtemps éloigné.
JULIE
Je ne pouvais pas faire autrement; il n'y avait pas six mois que j'étais veuve, qu'il me parlait de mariage avec une impatience fort dangereuse, je te le jure... c'était tout au plus s'il acceptait le délai légal... Or, ce n'était pas assez pour les convenance... J'ai voulu mettre un abîme entre ses entreprises et ma résistance... Je l'ai condamné à l'exil... il est parti, mais des le lendemain, je commençais à l'attendre.
Et tu es bien heureuse?
JULIE
Oui... mais, pardon, monsieur... monsieur...
M. Charles de Villars, l'un des associés de M. Duperron.
JULIE
C'est vrai... tu viens de me le présenter... D'ailleur», je connais monsieur... nous avons dansé ensemble, cet hiver, chez M.Duperron. (Charles s'incline,)
En attendant l'exilé...
JULIE
L'ennui rend laide, et je voulais qu'il me trouvât jolie... mais, pardon, monsieur, je suis si contente que je n'ai pas eu le temps d'être polie; mais, vous m'excuserez, c'est si rare d'être heureuse, et vous voyez quej'y mets au moins de la franchise... M. Duperron arrive dans quelques heures; il compte vous trouver ici, je le sais, ainsi que M. d'Ervillé. Vous dînez avec nous.
CHARLES
Vous me comblez, madame; mais ce serait pousser la bonne grâce jusqu'à la plus charmante protection que de ne pas dire à M. Duperron que j'ai vu Mme de Blengie.