‹ Hortense de Blengie, comédie-drame en trois actesChapitre 39 sur 76 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

DUPERRON

Vous avez vu Amélie? elle vous a parlé?

Non, mon ami, non... Mais je crois savoir que le choix que vous avez fait pour elle n'est pas le choix de son cœur.

DUPERRON

Amélie est un enfant.

Duperron, croyez-moi : ne jouez pas le bonheur et l'avenir de votre fille pour des motifs de convenance. Elle est noble et honnête; elle respectera ses devoirs. Mais ne les lui faites pas trop pénibles ; Pâme la plus forte peut succomber: et la jeunesse qu'on lie aux dernières amours d'un vieillard se révolte et s'égare quelquefois.

DUPERRON

Hortense, avez-vous donc souffert si cruellement du mariage que je vous ai imposé?

Je ne parle pas de moi ; je ne me plains pas, je n'en ai pas le droit : mais je parle de votre fille.

Qui vous a dit ou qui vous a fait dire par quelqu'un que je voulais la marier au vieux comte de Tovolia... vous voyez que j'ai tout deviné.

N'est-ce point la vérité?

DUPERRON

Non, ma chère enfant; le mari que j'ai choisi pour ma fille est jeune.

Celui qu'elle aime l'est aussi.

DUPERRON

Riche.

Il le deviendra.

DUPERRON

Brave.

Ce doit être la qualité de tous les hommes.

DUPERRON

Il suit une carrière qui peut le mener partout où son ambition peut prétendre; il a un magnifique avenir.

L'ambition d'une femme n'est que d'être aimée... son avenir, c'est son amour.

Enfin, croyez-moi, Hortense, Amélie oubliera les enfantillages d'un amour irréfléchi, quand vous, en qui elle a une confiance sans bornes, vous lui aurez fait comprendre que toute femme doit être heureuse et fière d'accepter le nom de M. d'Ervillé. hortense, avec effroi.

M. d'Ervillé?

DUPERRON

Oui, M. d'Ervillé.

Lui, lui?

DUPERRON

Sans doute... Mais d'où vient ce trouble?

hortense, cherchant à se remettre.

Du trouble? non, non, de Pétonnement, voilà tout.

duperron, l'observant.

Mais pourquoi cet étonnemènt ?

Je ne puis vous dire... mais vous savez... on se fait quelquefois des idées sans raison... Pourquoi?... pour rien... et il me semblait... je croyais... on m'avait dit... Enfin, je ne pensais pas que ce fût M. d'Ervillé que vous aviez choisi.

duperron, à part.

Qu'a-t-eile donc ?

hortense, à part.

Oh ! de la force, mon Dieu... de la force !...

duperron, lfobservant.

Vous le connaissez cependant assez pour savoir que c'est un homme loyal.

Page 1