SCENE V
HORTENSE, AMÉLIE, et d'abord CHARLES.
Amélie entre par la porte du fond, suivie de Cbarlesà qui elle fait signe de sortir. Il résiste d'abord et finit par céder ; il entre dans l'appartement à gauche. Dans le courant de cette scène, il entr'ouvre une ou deux fois la porte.
amélie, appelant à mi-voix.
hortense, à part.
C'est elle!... voici ma dernière lutte... ce sera ma dernière victoire.
amélie, même jeu.
hortense, se retournant.
Eh bien? tu ne viens pas m'embrasser?
amélie, accourant et embrassant Hortense. Ma sœur! ma mère! mon Hortense! toi qui es si bonne, tu sais pourquoi je viens?
Oui, ma pauvre Amélie, je le sais.
AMÉLIE
Et tu as dit à mon père, n'est-ce pas, que ce mariage ne pouvait se faire?
hortense, se levant.
Non, Amélie, non... je ne lui ai pas dit cela.
AMÉLIE
Toi ?... c'est impossible... Tu sais bien, toi, que c'est impossible.
Pourquoi donc? parce que tu aimes... ou que tu crois aimer M. de Villars?
AMÉLIE
Quand ce ne serait que cela?
Es-tu sûre de l'amour de M. de Villars?
AMÉLIE
Si j'en suis sûre!... oh! oui. Pourquoi me tromperait-il ?
Qui sait?... un moment de vanité. Tu es jeune, tu es jolie... c'est un triomphe si charmant que d'égarer le cœur d'une femme!
AMÉLIE
Hortense!... M. de Villars veut être mon mari...
iiortense, après un petit temps.
C'est vrai! tu as raison. Pardonne-moi, enfant. Il t'aime, il doit t'aimer, et peut-être seriez-vous heureuse.
AMÉLIE
N'est-ce pas?
Mais... (Après un long soupir et avec vivacité.) Mais, M. d'Ervillé t'aime aussi. — C'est un homme d'honneur, bien placé dans le monde, qui t'y donnera un rang élevé, un nom que tu mérites et que tu porteras à merveille.
AMÉLIE
Crois-moi, tu seras heureuse, Amélie. L'amour est un rêve d'enfant. Tu verras l'éclat, la fortune, la renommée de M. d'Ervillé, cette estime qu'il te montre, en te confiant l'honneur de son nom, de sa vie. Tout cela, c'est quelque chose de flatteur, qui doit te toucher, te séduire.
AMÉLIE
Hortense, tu ne me parles pas selon ton cœur... Charles se montre à la porte de gauche.