ACTE II, SCÈNE X
charles, même jeu.
Il y va chercher des témoins.
lucien, idem.
Pour mon mariage ?
charles, descendant la scène à gauche.
Non, pour un duel.
LUCIEN
Pour un duel ?... (Avec éclat.) Un duel ! ah ! bien ! j'avais oublié... M, de Villars... (// pose la cassette sur la table.) Pardon, j'oubliais que j'ai à vous chercher querelle.
CHARLES
A moi ?
Oui, à vous. Depuis hier, on me chasse, on me rappelle, on me sourit, on me fait la moue, on me caresse, on m'égratigne... si bien que je n'y suisplus... que j'en perds la tête... Cependant, puisque j'y pense, je veux une explication.
CHARLES
Avec moi?
LUCIEN
Avec vous... car enfin, vous n'êtes pas une femme, vous?
CHARLES
Je le suppose.
LUCIEN
C'est que les femmes, voyez-vous... c'est affreux ! Il semble que la vérité leur soit antipathique ; on les aime avec une confiance stupide; ça les ennuie, et elles vous traitent de cœur froid et d'amoureux transi; on a un soupçon jaloux. ..ça les met en fureur, et l'on vous traite comme un manant; ou bien ça les amuse et alors cela devient abominable. ..On a peur de quelqu'un,de M. de Villars par exemple ; Quoi ! vous dit-on d'un air superbe, un M. de Villars! un banquier, un homme de chiffres!... ah! ce soupçon est un outrage,..
CHARLES
Mais, monsieur...
LUCIEN
Ou bien : Mais il est fort bien, M. de Villars, il a de l'esprit, des manières ; il danse la polka à ravir... Et Ton prend son bras, et on lui fait des coquetteries; et le malheureux qui aime cherche la vérité au fond de tout cela !...
CHARLES
Pauvre d'Auterive !
LUCIEN
La vérité ? il n'y en a pas ; une coquette parle avec le plus profond dédain de l'amant qu'elle adore, ou agace avec le plus doux sourire l'homme le plus indifférent.
CHARLES
Eh bien?
LUCIEN
Eh bien! ce n'est pas encore la vérité; car il y en a qui trouvent un exécrable plaisir à tromper par l'audace même de leurs coquetteries. Le pauvre amoureux, le futur époux se dit : C'est une comédie ; s'ils s'entendaient, ils se cacheraient mieux; les coupables sont plus prudens ! Il se répète cette niaiserie, il se la persuade, il se croit très-habile ; pas du tout, on le trompe, et on a la joie de le lui montrer... et plus tard, quand il découvre le crime, on lui rit au nez, en lui disant : Monsieur, ce n'est pas ma faute si vous n'avez pas voulu y voir clair !... Oh ! les femmes !
CHARLES
Eh bien ! que concluez-vous de ceci ?
LUCIEN
J'en conclus que ce n'est qu'à vous que je puis demander si vous êtes ou non l'amant de Mmc d'Espalhon... voilà.
Mon cher M. d'Àuterive...
LUCIEN
Mon cher M. de Villars?
CHARLES
Dans quelques heures, je me bats avec M. d'Ervillé,