‹ Hortense de Blengie, comédie-drame en trois actesChapitre 60 sur 76 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

DUPERRON, puis LUCIEN.

duperron, seul un moment y assis près delà table àgauche. Voilà donc où l'a conduite le mariage que je lui ai imposé! J'hésitais à la comprendre, lorsqu'elle médisait que c'est un crime d'enchaîner les joyeuses espé-

72 HOKTENSE DE BLENGfE.

ranccsdc la jeunesse aux froids souvenirs d'un vieillard,' et je l'ai fait ! El pourquoi l'ai-je fait? Oh! c'est un crime ! c'est moi qui suis le premier auteur de sa faute, c'est à moi delà protéger...

En ce moment Lucien entr'ouvre la porte du fond.

LUCIEN

C'est fait; j'ai retenu tous les chevaux de poste, j'ai payé les guides triple, j'ai attablé les postillons dans la grande salle, j'ai mis la clef de l'écurie dans ma poche, et maintenant qu'elle appelle, qu'elle sonne, personne ne répondra.

DUPERRON

Ainsi?...

LUCIEN

Ainsi, je défie Mme de Blengie de continuer sa route. Mais où est-elle?

duperron, remontant la scène à droite, et montrant la porte qui conduit à la chambre d'Hortense.

Elle est toujours enfermée dans la chambre qu'elle a demandée en arrivant dans cette auberge.

LUCIEN

Et vous n'avez rien apris de plus?

duperron, rêveur, les yeux fixés sur la porte à droite. Rien, sinon qu'elle a demandé de quoi écrire, et annoncé qu'elle repartait immédiatement.

LUCIEN

Savez-vous, Duperron, que c'est aifrayant!

duperron, tournant ia\tête* Quoi donc?

LUCIEN

Mon ami, j'étais un des habitués de l'hôtel de Blengie; c'est moi qui ai présenté d'Ervillé chez elle : quelques rares visites, quelques paroles polies froidement échangées avec Mme de Blengie, voilà tout ce que j'ai vu; et j'aurais mis ma main au feu, que c'est tout au plus s'ils savaient le nom l'un de l'autre, tandis que... On n'est pas plus bêle que ça!... et je n'étais pas le mari! C'est effrayant. Oh! lés femmes! quel abîme de dissimulation !

Page 1