ACTE 111, SCÈNE V
d'ervillé.
J'ai juré.
duperron, mettant une lettre sous les yeux de d'Ervillé. En ce cas, pourquoi avez-vous écrit ceci? car c'est bien votre lettre ceci? « Oh ! ne crains rien, Hortense; ma vie est à toi, je puis te la donner; et mon nom serait à toi, si lu pouvais le prendre. » d'ervillé.
Oh! j'ai écrit cela, parce que...
Parce que voici ce que vous disait Mme de Blengie : « Edouard, vous m'avez attirée dans un piège infâme, et pouvant me tuer, vous m'avez déshonorée. » (Parlé.) C'est bien sa lettre, n'est-ce pas?
d'ervillé.
Oui.
duperron, lisant.
« Que Dieu me jugeet me pardonne, car vous, Edouard, vous me jugerez bientôt, et vous ne me pardonnerez pas votre crime. Quand vous autres hommes ne pouvez obtenir l'amour d'une femme, vous le volez, et vous la méprisez bientôt pour votre lâcheté ! C'est un crime affreux que vous avez commis, car vous avez tué dans mon cœur l'estime que j'avais pour vous, et, dans le vôtre, l'amour que vous aviez pour moi.» Elle devinait juste.
d'ervillé.
Non, Duperron, non. Mais loin d'elle, en me rappelant le serment fait à mon père, j'ai voulu étouffer sous ce souvenir, celui des sermens que je lui avais faits à elle. Pour y parvenir, je me suis déchiré le cœur; j'ai fait plus, je l'ai dégradé!... Je n'ai plus recherché que ces entreliens où la moquerie salit tout noble sentiment ; j'ai habitué mon esprit à voir tout à travers ce dédain dénigrant et ricaneur, qui doute de l'amitié, de l'amour, de Dieu. Et pourtant, Duperron, tel est le pouvoir qu'elle a gardé sur moi, que j'ai pu parvenir à être honteux de mon amour, mais non pas à l'éteindre...
11 tombe sur un siège à droite.
duperron, à part.
Hortense, tu seras heureuse!... et moi... (Haut, se tournant vers d'Ervillê.) Et cependant, tous acceptiez la main de ma fille?...
d'ervillé.
Oui, comme un obstacle infranchissable entre elle et moi ; car la plus dédaigneuse indifférence a accueilli ma résolution.
duperron, allant à oVErvillé et lui donnant un billet d'Hortense.
Eh bien ! lisez donc le dernier mot de cette correspondance...
d'ervillé, après avoir lu, se levant.
Grand Dieu!... Elle part, elle s'exile, elle veut mourir!...
duperron.
Oui, elle part... Elle part pour laisser le champ libre à votre nouvel amour... El'e s'exile pour ne pas vous gêner dans l'accomplissement d'un serment d'honneur. Elle veut mourir pour que sa richesse de femme perdue enrichisse celle que vous honorez de votre nom, M. le comte d'Ervillê.
d'ervillé.
Je suis un lâche, Duperron ; ne me le dites pas, je le suis... Mais ot-elle donc partie pour jamais, ne peut-on l'atteindre?
duperron, écoutant.
Restez...
d'ervillé.
Quoi donc?
duperron, montrant la porte adroite, au 5e plan. Elle est là.
d'ervillé.
Elle?
duperron, regardant à travers ta porte entr' ouverte.
Qui ne sait rien, et qui doit toujours ignorer que je
savais son secret. Elle entr'ouvre sa porte... elle vient...
la voici!... Adieu, d'Ervillê... (En ce moment, la porte
du fond et celle à gauche, 5e plan, s'ouvrent; on voit pa-