‹ Hortense de Blengie, comédie-drame en trois actesChapitre 73 sur 76 · ACTE III, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE V

nir, ma patrie. Dites un mot, et ce que vous voudrez, je le ferai... voulez-vous que je meure, je mourrai... et pour cela, madame, vous n'aurez pas besoin de parler, votre silence sera mon arrêt. » — (Riant,) Et les femmes se laissent prendre à de pareilles folies! d'ervillé.

Des folies?... non, Duperron; ce n'étaient pas des folies, c'était la vérité. Oh ! oui, je l'ai aimée avec fureur; je l'ai poursuivie avec acharnement, je l'ai trompée par la soumission la plus basse... Je l'ai fatigué de mes obsessions.

DUPERRON

Bien plus, vous l'avez menacé d'un scandale !

d'ervillé.

C'est vrai.

DUPERRON

Oui, plus tard, quand elle vous eut permis de l'aimer... (Lisant.) « Hortense, si vous ne venez pas à ce rendez-vous, j'irai vous chercher au milieu de tous, jusque dans votre salon !... « (Parlé.) Vous l'eussiez fait.

d'ervillé. Oui, car je mourais.

DUPERRON

C'est ce que vous lui dites... (Lisant.) « Que peut-il en arriver de plus affreux que ce qui arrive !... on saura que je vous aime et que vous me dédaignez ; votre orgueil sera satisfait ; on me tuera peut-être, et moi j'aurai trouvé cette mort que votre indifférence me verse goutte à goutte. Oh ! pardon... pardon, Hortense, grâce! pitié ! ... Je pleure, je souffre. Venez, comme vous allez chez le malheureux qui pleure et souffre de misère... et comme lui, c'est avec respect, c'est à genoux que je recevrai l'ange qui aura pitié de moi î » (Parlé.) Et eile y alla ?

d'ervillé.

Oui.

DUPERRON

Cette femme ne demandait qu'à se perdre.

d'ervillé.

Ah! ne dites pas cela, Duperron... Elle vint, et il y

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avait tant de courage et de sérénité dans cette funeste démarche, elle croyait si bien au respect que je lui avais juré, qu'elle me l'inspira, et que, dans mon cœur, je restai à genoux devant sa tranquille et naïve confiance.

DUPERRON

Oui, je vois que la lutte fut longue; car voici encore beaucoup de lettres, où parle le désespoir... Voici encore des menaces...

d'ervillé.

Oh ! rendez-moi tout cela, Duperron... c'est une honte, c'est une infamie!

DUPERRON

Mais vous aviez donc à vous venger d'elle ? d'ervillé.

Me venger? oh ! non, non ! Jamais délire ne fut plus vrai que le mien. Je ne lui mentais pas... Elle était devenue ma vie, mon âme, ma pensée... Je l'aimais... comme je l'aimerais encore, si je ne doutais pas, maintenant...

duperron, l'entraînant à l'avant-scène.

Comment, vous ne lui mentiez pas?

d'ervillé. Je ne lui ai menti qu'un jour, et ce jour...

DUPERRON

Fut un triomphe!...

d'ervillé.

Un crime !...

DUPERRON

Et vous l'en punissez? c'est juste.

d'ervillé.

Duperron... Je ne veux pas que vous me méprisiez autant que vous en avez le droit. Vousavez connu mon père, et vous savez quel austère gentilhomme c'était... « Mon fils, me dit-il en mourant, jecomprends l'indulgence pour de certaines faiblesses... Maisceque je veux que tu me jures, c'est que tu n'épouseras jamais qu'une femme irréprochable, et à qui personne, pas même toi, ne pourra reprocher une faute. »

DUPERRON

Et vous avez juré?

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