‹ Hortense de Cerny comédie en deux actes, mêlée de chant par mm. Bayard et Arthur de BeauplanChapitre 26 sur 43 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

HO: IF.SNSK, AMÉLIE. (Elles entrent par la porte du fond à gauche. Elles se donnent le bras.)

AMÉLIE, tout en descendant m scène. *

Que c'est bien, nia chère Hortense, d’étre venue ainsi me surprendre h Montdidier, dans ce château que je t’offrais depuis si longtemps pour asile.

hortense, elle a quelques fleitrs à la main.

Merci, ma bonne Amélie!... je n'osais l'apporter avec moi mes inquiétudes, mes chagrins... et j’aurais dû retarder encore mon voyage, puisque j’arrive un jour do fêle... au milieu de» apprêts d’une noce.

Amélie, faisant asseoir Hortense sur la causeuse à droite.

Tant mieux I Je suis heureuse do l’avoir prés de moi, de lo présenter monsieur de Varennes, mon futur. Je to l’ai dit, il a été forcé de s'absenter... mais jo l'attendais hier au soir... liens, li l'heure où tu es arrivée loi-méme... et pas du tout, il m'a envoyé un exprès celte nuit pour m’annoncer qu’il ne reviendrait que ce malin.

HORTP.NSE.

Et cela t’a empêchée de dormir?

AMELIE.

C’est vrai! tout m'inquiète J. . dès qu’il n’eat plus IV.. je tremblo!... mille idées folles...

Est-ce quu tu cs encore jalouse?

AMELIE.

J’en ai peur... Mais non... il est si doux de pouvoir s'abandonner sans crainte b des espérances de bonheur... Ah! Vutlfc que tu détournés les yeux, quo tu essuyes des latines... je l'ai rappelé tes chagrins...

Que veux-tu? il n’y a pas ici-bas du bonheur pour tout io monde !

AMÉLIE

Oh! si tu consentais... ce jeune homme dont tu mo parlais...

H0RTBNS8.

Il l’aime tant!

AMÉLIE

Et faut-il pour prix do son amour, l’enchatner h ma honte !

AMÉLIE

Ah I tu exagères !

Non... tu no sauras jamais tout ce que j’ai souffert dans celle nuit fatale dont le souvenir me fait encore trembler !... Séparée de ma vieille Gervaise, oui dormait éloignée de moi, dans celle auberge où j’élais forcée de m'arrêter, je suis tout h -coup réveillée par le bruit de ma fenêtre qui t’ouvre violemment... je veux fuir en appelant au secours... un misérable met la raniu sur nia bouche pour étouffer mes cris... Le désespoir avait double mes forces, je le repousse, je lui échappe, et pendant qu’il me cherche dans l'obscurité, je me jette vivement dans un cabinet du toilette. dont je ferme le verrou... Mais, épuisée par celte tuile, par L.i terreur, jo tombe évanouie... Lorsque je revins i moi, ranimée par le froid du matiu qui m'avait glacée... il faisait jour... f entendait un grand bruit dans l'Iiôtef, mais dans ma chambre plus non... j'y ren'rai... et je vis ma fouéire encore enlr ouverte... Gervaisc arriva tout éplorée... elle me coata ce qu on lui avait dit... qu’on avait vu au jour un homme, uu officier descendre do chez moi... par la f**n*lre, après avoir passé

ÎIOIVTENSB DK CEHWi.

la noit dans ma chambr?... c’était la nouvelle, le bruit de l'hôi*îl et du voisinage... Déjà tous les fainéants d'une petito ville, tous ces bavard*, que le scandale amuse, avaient colporté, en l’envonûnaut encore, une calomnie qui devait me perdre, et coutre laquelle j'allais mo débattre on vain. La foulo s'amassait sous ma fenêtre... aux portes do l’hôtel, pour mo chercher d'un regard cttrieui... pour uio poursuivre do ses sarcasmes.. < Quand jo parus, mon nom ôtait dans toutes les bouches... jo voulus me plaindre, me justifier, un rire moqueur accueillait mes protestations... Que dire? nue faire?... je ne connaissais personne dgçs cette ville impitoyable... l*armi tous Crs officie rs do garnit, dont lo salut ressemblait b une insulte, jo ne pouvais trouver des trait» quo jo n'avais pas vus, un nom qua j’ignorais!. . et personne pour mo proléger 1 GorvaUe avait joie, à la hôte, dans mes malles tous les objets épars dan* ma chambre... et celte foule* insolente ino suivit jusqu'à la voiture publique que j’atten tais et qui devait emporter la calomnie avec moi... Cachant sous mon voile mes larmes et la rougeur de mon front, jo voyais le scuriro

dès voyageurs , j'entendais leurs rlmchottementi Voyage

affreux !... (Elle te lève ainsi qu" Amélie, put « elles descendent au «tliflt.'j Tu sais le reste... Monsieur de Juviguy, ton parent, qui devait mo suivre à Paris pour m’épouser, apprit en route que je n'étais plus digne do lui, et, par une lettre poliment insultante, il me rendit ma promesse et refusa celle main... que tu veux que je d une à un a'itro !

AHil.II.

Monsieur do Juvigny a été cruel... Je ne sois si celle qu*il l’a préféré le rend heureux!... mais il ne l'a pas mérité!

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