Fertur Avaritia, gremio præcincta capaci
Quidquid Luxus edax pretiosum liquerat, unca
Corripuisse manu .
. Nec sufficit amplos
Implevisse sinus: juvat infarcire crumenis Turpe lucrum, et gravidos furtis distendere fiscos.
Psycbomachia, v. 454 et suiv.
6. Pedissequa Avaritia sunl: Philargiria, Perjurium, Violentia, Usura, Fraus, Rapina, Fallacia, Ambitio, Cura, Famés, Melus, Anxielas, Simulatio, Tenacitas, Sordiditas.
PLANCHE L. LA RAPINE S’EXERCE A SON MÉTIER. — LA LARGESSE TRIOMPHE DE L’AVARICE. — LA LARGESSE DISTRIBUE LE BUTIN AUX PAUVRES.
Avant de nous faire assister au châtiment de l’Avarice, Herrade nous montre dans trois scènes jusqu’où mène cette
odieuse passion, en nous la présentant comme mère du vol ouvert.
La Rapine (rangée I), née de l’Avarice, Rapina ex Avaricia nata, est figurée d’abord sous les traits d’un guerrier armé de toutes pièces, aux prises avec un autre soldat auquel il arrache le casque, puis par deux voleurs de grand chemin qui dévalisent les passants.
A la deuxième ligne nous voyons reparaître l’Avarice dans le même costume qu’au bas de la planche précédente. Largitas dit'ipit ab avaricia aururn et argentum et marsupia et omnia quce in campo colligit. Premier châtiment infligé
à l’Avarice, qui est obligée de se dessaisir des objets qu’elle a soigneusement cachés sous les amples plis de sa robe et des
bourses gonflées d’or que la Largesse arrache de sa ceinture. Plus loin elle souffre le dernier supplice. La Largesse a jeté le Vice par terre, et, le tenant d’une main par les cheveux, le perce de son épée. Largitas transjigit avariciam cuspide'.
Enfin, la troisième ligne nous montre le bon usage que fait la Largesse des biens enlevés à l’Avarice. Largitas distribuit pro Dei amore egenis pecuniam avariciæ ablatam : Elle distribue pour l’amour de Dieu les sommes d’argent amassées par l’Avarice à six pauvres, parmi lesquels nous remarquons un perclus, un boiteux et un aveugle.
PLANCHES LI ET LU. CHARS DE L’AVARICE ET DE LA MISÉRICORDE. — FIN DE LA PST CHOM ACHIE .
Ces deux planches renferment les derniers dessins de ce drame émouvant de la Psychomachie, et présentent dans leur partie supérieure le char de l’Avarice et celui de la Charité ou de la Miséricorde, et dans le bas la lutte du Blasphème contre le Courage.
La pieuse Abbesse revient ici sur la lutte de l’Avarice contre la Charité, et, pour éviter la monotonie dans le placement des figures, elle a recours à une disposition en forme de cercle ou de rosace, dont le précieux manuscrit présentait plusieurs exemples1 2.
L’Avarice, c’est-à-dire le démon, Avaricia, id est diabolus, émerge d’un char grossier placé au milieu du cercle, sous les traits d’une femme, la tête enveloppée d’un voile : une de ses mains est remplie de pièces de monnaie, de l’autre elle . tient un crochet à trois dents, une inscription du cercle extérieur explique cet attribut: l’Avarice passe mal sa vie dans un vêtement sordide, et tient dans sa main un croc à trois dents, à cause de sa rapacité. — Male vivit sordido cultu avaricia, et tenet in manu tridentem propter rapacitatem.
Le char de l’Avarice est traîné par un renard et par un lion. — «Je lèche, dit l’Avarice, par fraude et par ruse, comme le renard, ou bien, poursuivant les richesses par la force, je mords comme le cruel lion.»
Outre ces deux animaux dont l’un symbolise la ruse, l’autre l’ambition, ambitio est leo, il y a trois figures ou bustes
à têtes d’animaux dans l’hémicycle supérieur, et autant dans la partie inférieure. Les phylactères et inscriptions qui les accompagnent expriment les divers caractères de l’Avarice. Le Vautour symbolise l’Amour de l’argent, c’est-à-dire le désir insatiable d’acquérir; le Porc, la Malpropreté; le Chien aboyant, la Ténacité; l’Ours, la Violence; le Loup, la Rapacité; enfin le Bœuf, l’Avidité d’acquérir3.
Quelques autres inscriptions qui remplissent les intervalles nous disent : l’Avarice se réjouit de la mort du prochain.
L’Avarice conserve avec une perfide ténacité les biens mal acquis. — Elle terrifie par ses cris et ses menaces. Elle
enlève toute chose et n’est jamais satisfaite. — Elle dévore avidement, comme le bœuf, le foin c’est-à-dire les richesses
du monde.
Quel contraste entre cette représentation du vice le plus méprisable et celle de la Vertu opposée que nous trouvons à la page suivante (pl. 62). L’arrangement du dessin est semblable; au milieu du cercle, un char orné dans lequel se trouve la Miséricorde, sous les traits d’une femme couverte d’un voile bordé d’une frange. Tandis que l’Avarice est une incarnation du démon, la Miséricorde représente Jésus-Christ, Misericordia, id est Christus. Dans chaque main elle tient un petit disque: l’un porte le mot facultas, l’autre celui de voluntas. Elle a la volonté et la faculté de faire le bien. A son char sont attachés, non pas des animaux sauvages qui symbolisent la ruse et la violence, mais un agneau et une colombe. L’Agneau donne sa chair, sa laine, et procure la fortune; la Colombe nous invite à imiter son gémissement à la vue des misères du prochain, condoleat gemitu mens. A la place des tètes d’anhnaux qui entourent l’Avarice pour exprimer les caractères de ce vice, nous avons ici des figures humaines en buste, qui représentent les diverses œuvres de miséricorde.