Cf Cahier et Martin, Vitraux de Bourges, p
Cette miniature était précédée de l’extrait suivant, dont. Herrade n’indique l’auteur que d’une manière générale: «Un docteur a dit : On lit dans l’Ancien Testament que pendant que Moïse construisait le Tabernacle dans le désert, la gloire de Dieu lui apparut fréquemment. De même lorsque Salomon construisit le temple de Jérusalem, la gloire de Dieu lui apparut souvent. Mais tandis que Moïse construisait le Tabernacle dans le désert, le peuple juif fut affligé par une foule de tribulations, il eut à combattre plusieurs peuples à l’entour et à souffrir de l’invasion d’un grand nombre de serpents. Cela signifie que pendant que le Christ édifie l’Eglise en cette vie par ses Apôtres, l’Eglise elle-même est affligée de beaucoup de tribulations; et les hérétiques, de même que les païens et les faux frères chrétiens, qui sont figurés par les serpents, déploient contre elle toutes sortes de ruses. Mais l’Eglise les subjugue tous. Elle triomphe aussi de peuples nombreux, en s’efforçant de se purifier de toute espèce de corruption. Salomon au contraire, lorsqu’il construisit le temple de Jérusalem, jouissait d’une paix profonde et n’éprouva aucune adversité.
Le nom de Salomon signifie Pacifique, et ainsi Salomon représente le Christ lui-même qui est le grand et véritable Pacifique, «car c’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples n’en a fait qu’un» (Eph. Il, 14). C’est lui qui dans la Jérusalem céleste construit une Eglise où règne une paix souveraine et une concorde parfaite. Il faut encore remarquer que durant la construction du temple, on n’entendit aucun coup de marteau, parce que dans l’Eglise du ciel personne n’est plus affligé d’aucune tribulation. Mais, pour y arriver, tout chacun est d’abord dans la vie présente, martelé, taillé et poli par les tribulations, et ensuite il est placé, comme une pierre parfaitement solide, dans l’édifice céleste» *.
On voit par cet extrait que la construction du Tabernacle de Moïse dans le désert figurait celle de l’Église militante de cette vie, tandis que la construction du temple de Jérusalem par Salomon signifie celle de l’Église triomphante du ciel, où il n’y aura plus de tribulations.
Il est regrettable qu’il n’existe pas de calque connu de cette intéressante miniature; nous n’en pouvons donner qu’un détail : un écuyer qui se tenait à côté de Salomon, et que M. de Bastard a fait copier évidemment en vue du costume. C’est la troisième figure au haut de notre planche, l’écuyer à la tunique courte.
Le premier sujet de notre planche est la figure de Simon le Magicien offrant de l’argent aux Apôtres pour acheter le don des miracles. (Act. VIII, 18 — 24.) Le second c’est Saul recevant les lettres pour Damas. (Act. IX, 1 — 2.) Nous en avons parlé en expliquant la planche XL1I \ La dernière figure, l’écuyer ou homme d’armes à la tunique longue, est un détail du dessin de Salomon s’entretenant avec la reine de Saba, dont nous parlerons ci-après.
Après le tableau de la construction du Temple, le f° 209 recto présentait encore la reine de Saba, considérée comme type de l’Église, se rendant à Jérusalem pour entendre les paroles de sagesse de la bouche du véritable Salomon, Jésus-Christ. Sibilla regin a slustri, id est Ecclesia, venit audire sapientiam veri Salomonis Ihu Xpi.
Ce dessin se trouve au milieu de notre planche. On y voit la reine, couronne en tête, montant un cheval à la façon moderne, ce qui était une exception au XIIe siècle, car généralement jusque vers le XVe siècle les amazones montaient à cheval comme les hommes3. Le cheval porte une longue housse tailladée dans le bas. La reine est escortée de trois serviteurs également à cheval et suivie d’un chameau chargé de bagages, ce sont sans doute les présents destinés à Salomon. Le coffret est de jolie forme : le couvercle est incliné comme une toiture et fermé par une serrure à moraillon, les divers côtés sont réunis au moyen de pentures de métal en forme de fleurs de lys. Le conducteur du chameau est armé d’un fouet semblable à celui du conducteur du char de Pharaon (pl. Viu), c’est-à-dire une espèce de martinet à trois lanières assez courtes et terminées par des boules. Le cortège sort d’une porte ornée et flanquée de deux tours, figurant sans doute la porte du palais de la reine ou celle de sa capitale.
Sur le verso du même f° 20g une seconde miniature montrait Salomon s’entretenant avec la reine de Saba, c’est-à-dire, dans la pensée de la pieuse abbesse, le Christ inspirant l’Eglise, «car la reine du Midi signifie l'Eglise des Gentils, qui ayant entendu prononcer le nom du Fils de Dieu, vient à lui, suivie de la multitude des croyants; cette multitude, rassemblée de toutes les nations, a abandonné ses idoles et reste dorénavant attachée au Christ par les liens d’une foi perpétuelle» 4.
La reine, portant une couronne d’or, est assise à la gauche du roi sur le même siège ou forme, elle est comme enveloppée d’un ample manteau qui ne laisse paraître que la main gauche posée sur la poitrine et le bas d’une robe longue et traînante; le roi est également couronné, il tient le sceptre de la main gauche, de la droite il fait le geste qui accompagne d’ordinaire l’exposition d’une vérité. Les pieds des deux personnages reposent sur un escabeau placé devant le siège. A droite du roi se tient l’homme d’armes ou écuyer à la tunique longue, reproduit au haut de notre planche (4e figure)3.
1. In sermone cujusdam doctoris : «Legilur in Vcteri Testament 0 quod Moysi, adificanli labernaculum in deserlo, gloria Domini fréquenter apparuit. Salomoni quoque, Templum adificanli in Jérusalem, gloria Domini mulloties apparuit. Sed cum Moyses adificaret tabernaculum in deserlo, judaicus populos multis iribulationibus afflictus est ; sepentes multos pertulit, et gentes plurimas debellavit. In hoc quoque significalur quia dum per pradicatores suos Ecclesiam in hoc vila Christus adificat, ipsa Ecclesia multis Iribulationibus affligitur; et tam harelici quam pagani et quam falsi fratres christiani, qui per serpentes signficantur, mullimodam astutiam atque calliditatem contra eam exercere conantitr. Qui tamen omnes ab Ecclesia suberanlur. Ecclesia etiam militas gentes superat, dum se ab omnimodo vitiorum corruptione mundare laboral.
Salomon autem quando adificavil templum in Jérusalem, in magna pace positus fuit, nec aliquam adversilalem pertulit. Salomon interprelatur Pacifions, et significat ibsum Christum qui vere Pacifiais est; ipse est enim bax nostra, qui fuit utraque
unum (Ephes. II, 14). Ipse enim in cœlesti Jérusalem Ecclesiam adificat in qua summa pax est atque concordia. Et notandum quod in temblo ntillns auditus est sonilus, quia in Ecclesia cœlesti nemo aliquibus affligitur Iribulationibus. Sed quicumque illtic perventurus est primo in hac vila pracenti tribulationibus tunditur, atque purgatus reciditur ; et postea in illo adificio cœlesti, ut lapis solidissimus, collocalur.