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Voir le texte page 33, avec les notes 7 et S

3. Cf. Viollet-le-Dug Diction, du mobilier, tome III. Vêtements, p. 438.

4. Regitia Austri Ecclesiam gentium significat qua, audito nomme Filii Dei, venit ad eum cum muliitudine credenlium ex omnibus nationibus congre gala, et, reliais idolis suis, morata cum eo Jide perpétua.

5. Nous donnerons plus tard, à la fin de l’ouvrage, ce dessin complet avec d’autres calques découverts depuis peu.

Une dernière miniature se rapportant à la reine de Saba représentait cette reine offrant des présents à Salomon , c’est-à-dire l’Église offrant à Jésus-Christ les âmes quelle a cultivées et soignées pour lui. 11 n’existe malheureusement pas de calque de ce dessin.

Nous arrivons maintenant au troisième tableau de notre planche*. C’est le trône de Salomon1 2 3 elevé sur une estrade elevee de six marches et se détachant sur un fond de tapisserie avec ornements divers. La couronne du souverain est faite d’or et d’argent, «symbole de la divinité et de l’humanité du véritable Salomon», comme le disait une inscription tracée dans le grand arc qui entoure le trône4. Rien n’est oublié dans ce dessin, ni la forme arrondie du siège marquée par une courbure, ni les lionceaux qui se trouvaient sur les marches, ni les deux mains qui tenaient le siège, et dans lesquelles Herrade, d’après un docteur quelle ne nomme pas, voit l’Empire et le Sacerdoce soutenant dans l’Église le trône du véritable Salomon5. Une longue dissertation, qui accompagnait cette miniature, nous montre que le sujet en est tiré du Cantique des Cantiques6. «Salomon, dit notre pieuse abbesse, se fit un trône de bois du Liban, c’est-à-dire d’hommes saints, d’une foi incorruptible ; il en a fait les colonnes d’argent : ce sont les docteurs de l’Église qui la soutiennent par la parole et la fortifient par leurs exemples ; le siège ou reposoir est d’or : c’est le repos éternel, la récompense ineffable promise aux Saints dans l’Église. Les degrés pour y monter sont de pourpre: c’est la passion du Christ et l’assemblée des martyrs; ceux qui dans cette vie s’efforcent d’honorer et d’imiter la passion du Christ, monteront après l’épreuve de la Charité au lieu du repos. Le roi Salomon a orné le milieu de son trône, parce que le précepte de la Charité renferme l’accomplissement de la Loi et des Prophètes7; c’est bien le milieu, le principal. Et pourquoi le couvre-t-il ainsi au milieu? A cause des Filles de Jérusalem, c’est-à-dire pour les âmes simples et fidèles, qui s’efforcent d’autant plus d’aimer leur Créateur, qu’elles ont conscience de leur grande fragilité. Le dernier verset du texte sacré invite ces Filles de Jérusalem à venir auprès de Salomon: «Sortez, Filles de Sion, et venez voir le roi Salomon avec le diadème dont sa mère l’a couronné le jour de ses noces, le jour où son cœur a été comblé de joie»8, c’est-à-dire, Filles de Sion ne considérez pas seulement le Christ dans l’humble étable de Bethléhem ou dans le prétoire de Pilate; sortez, sortez de ces humiliations et rappelez-vous que vos yeux le verront avec sa dignité et sa majesté royale dans l’Église du ciel ! »

Notre miniature nous présente trois de ces Filles de Jérusalem venant chercher auprès du divin Salomon, c’est-à-dire auprès du Christ, les leçons qui doivent les élever à la vie parfaite. On voit que l’abbesse Herrade ne néglige aucune occasion d’appliquer à ses chères religieuses les passages de l’Écriture pouvant servir à développer leur instruction.

PLANCHE LV. le jeu des marionnettes. — la roue de la fortune.

Après avoir présenté dans une suite d’instructions et de miniatures le roi Salomon comme figure du Christ, Herrade ajoute deux images se rapportant au commencement du livre de l’Écclésiaste, où Salomon parle de la vanité des choses de ce monde. Ces deux miniatures qui remplissent notre planche LV sont :

i° Le Jeu des Marionnettes9 (f° ai 5 du manuscrit). Salomon assis sur un trône, sous une arcade flanquée de deux tours, considère avec un geste de mépris deux jeunes gens faisant mouvoir sur une table, au moyen de ficelles, deux figurines de chevaliers qui se combattent. L’inscription disait: « In ludo monstrorum designatur vanitas vanitatum» . Le Jeu des Marionnettes exprime la vanité des vanités10.

a0 La Roue de la Fortune11 (f° ai5 verso). Sur une colline à trois sommets est établi le siège de la Fortune, femme richement vêtue et couronnée, qui met la roue en mouvement. Au haut de la roue, un roi couronné, vêtu d’une tunique longue et d’une chlamyde, ornée comme la tunique, de riches bordures, tient dans chaque main une cassolette ronde et fermée, symbole de la richesse19, et porte en plus sur son giron un grand vase ouvert, où sont amoncelées des pièces d’or. A droite, par suite du mouvement de la roue, on voit le personnage déjà incliné, ses richesses lui ont échappé, et la couronne elle-même commence à se détacher de sa tête. Plus bas, le malheureux roi renversé perd sa couronne qui tombe, et il ne se tient plus à la roue que d’une main. A la phase suivante, il tombe lui-même la tête en bas, les pieds en l’air. Puis la cinquième et la sixième figure nous le montrent se cramponnant de nouveau à la roue, remontant avec elle et étendant les mains vers les richesses. L’inscription qui accompagnait ce dessin prouve que c’est la même personne qui tourne avec la roue. Herrade lui fait dire: « Je me glorifie étant élevé, en descendant je deviens petit, tout en bas je me sens écrasé, puis je suis de nouveau entraîné vers le haut»'3. Sur l’axe de la roue se trouvait écrit: «Comme la roue qui tourne, ainsi varie le monde dans ! instabilité de son cours!'*»

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