Iste gladio occidilur
9. «Hic ungulis carpilur. — Iste virgis ceditur. — Hic contsmditur.it
10. « Iste excecalur. — Iste lapidalur. — Hune dévorât draco. — Iste per serpentent perit.it
11. «Antichristus ascendel in manient Oliveti, fingens se ascendere in celum in eodem loco in qtto Dominus ascendil. El in eadam hora veniet Scs. Michaël jussii Domini et interficiet eum.tt
L’archange sort d’un nuage, son nimbe portait le nom de Michaël; près du glaive, dont il frappe la tête de l’Antéchrist, on lisait : le glaive est la parole de Dieu. L’Antéchrist semble assis sur le sommet de la montagne, la couronne royale tombe de sa tête, ses bras sont croisés, il est anéanti. A gauche, un personnage, important sans doute, car il porte une chlamyde doublée de vair, fait un geste exprimant la plus grande surprise; à droite, un groupe de personnes, parmi lesquelles deux Juifs, sont également dans la stupéfaction1.
Dans ces trois tableaux où figure l’Antéchrist, il porte toujours la couronne royale, signe de sa puissance; il est aussi couvert de la chlamyde rouge doublée de vair, excepté dans la première représentation, lorsqu’il tient le glaive pour faire périr les prophètes Enoch et Ëlie.
A la deuxième ligne de notre planche figurent d’abord deux personnages dont l’attitude exprime la surprise et une profonde douleur, puis viennent deux Juifs qui, l'evenus de leur erreur, s’adressent à un prêtre clu’étien pour se convertir. — La troisième rangée nous montre l’accomplissement de la conversion par le baptême. Le baptisé est placé dans une cuve de bois; le prêtre qui administre le sacrement porte une aube et une longue étole retenue par un cingulum, de la main gauche il tient le rituel, derrière lui un clerc porte un cierge allumé, et de l’autre côté de la cuve deux hommes et une femme tiennent un linge étendu2 3.
PLANCHE LXV. la coor céleste.
La miniature que reproduit cette planche, d’après un calque très imparfait, ne nous donne que la moitié du tableau primitif*. Mais tout incomplète et imparfaite quelle soit, elle px-ésente un grand intérêt par l’ordre et la distribution des diverses catégories de Saints. On lisait au-dessus de la bande horizontale supérieure: «Dans la cour céleste les Saints seront égaux aux Anges, et joyeux à jamais; chacun recevra sa couronne et sa récompense dans la demeure appropriée à ses mérites»4 *. Cette note est très importante parce quelle explique la présence des figures d’ Anges entre celles des Bienheureux6.
Notre tableau est fermé par un cercle de couleur rouge, et divisé, au-dessous du trône du Christ qui domine toute la composition, par neuf bandes horizontales d’or, à égale distance l’une de l’autre. Dans la rangée supérieure, la plus rapprochée du trône, on voit des figures imberbes à longs cheveux, couronnées et portant, les unes des sceptres à fleurs de lis, les autres des palmes. Ces figui'es en buste ont des nimbes d’or, elles sont séparées les unes des autres par autant d’Anges également nimbés d’or, mais sans sceptre. Une remarque générale qui s’applique à toutes les rangées suivantes, c’est que les figures des Saints sont toujours imberbes, peut-être pour marquer leiu' jeunesse perpétuelle? elles sont toujours séparées par des figimes d’Anges, qui ne laissent paraître qu’une de leurs mains, laquelle fait le geste de la conversation ; et enfin les nimbes des Anges sont toujours de la couleur ou de la qualité des nimbes qui entourent les têtes des Saints de leur rangée respective. Cette première rangée est désignée par le mot Virgines, vierges, écrit en majuscules".
Dans la seconde ligne, les figures portent également des nimbes et des couronnes d’or, mais elles n’ont pas les cheveux aussi longs que les Vierges, et ne portent rien dans leurs mains, que d’ailleurs on ne voit point. C’est la rangée des Apôtres, Apostoli.
A la troisième ligne toutes les figures portent des palmes dans la main gauche. Les couronnes et les nimbes sont d’or : ce sont les Martyrs, Martyres.
Quatrième rangée. Les figures ne tiennent rien, les nimbes ainsi que les coui’onnes sont encore d’or; l’inscription porte: Conf essor es, Confesseurs.
Cinquième rangée. Les figures ne portent aucun attribut, les couronnes et les nimbes sont d’argent. C’est l’ordre des Prophètes, Prophète.
Sixième rangée. Nimbes d’argent, deux coui’onnes d’argent, une de couleur, cheveux courts; au-dessus on lit: Patriarche, Patriarches.
Septième rangée. Nimbes rouges, couronnes jaunes, cheveux longs; au-dessus de ces figures est écrit: Continentes, Continents.
Huitième rangée. Nimbes verts, couronnes jaunes, cheveux alternativement longs et courts ; on lit au-dessus : Conjugati, Mariés.
Neuvième i'angéc. Nimbes jaunes, couronnes jaunes, cheveux longs; au-dessus on lit: Penitentes, Pénitents7.
1. «Isle sial obstupefaclus. — Isli admiranlur eventum rei, id est, mortem Anlichristi.st Les deux Juifs de ce groupe ont été publiés par Engelhardt. Tab. Il, %• 9-
2. « Judei quoque ht errore Antichristi permanentes, posl mortem ejtts bapligabunlur, predicationi Helie et Enoch intendentes.»
Cf. Engelhardt. Herrad von Landsperg, p. 48 et 49. — Ch. Gérard. Les Artistes de l’Alsace pendant le Moyen-Age, p. 78.
3. Dans sa description du manuscrit, M. de Bastard dit expressément qu’entre
le f“ 243 et le f° 244 on a coupé autrefois un feuillet. Ce feuillet coupé portait
sans doute la première moitié du cercle dont notre planche présente la seconde.
Le trône de Notre-Seigneur n’est pas entier à gauche, il devait continuer sur le
feuillet coupé, et portait peut-être la figure de la Vierge? Près de la figure du Christ on lisait: « Rex Regttm. — Ecce nova facio 0mnia.1t
4. «In celesti curia, sancti equales angelis erunt, et unusquisque in mansione propria coronam et mercedem pro meritis perpetualiter gaudens accipiet.it
5. La même idée est exprimée dans les extraits du Spéculum ecclesie et quelques autres, qui couvraient quelques feuillets à la suite de cette miniature.
6. Les Vierges sont placées en première ligne près du Trône, sans doute à cause de ce passage de l’Écriture où il est dit que les Vierges suivront l’Agneau partout où il ira. (Apoc. XTV, 4.)
7. Notre planche porte le mot gentes, c’est une erreur; nous avons déjà dit que le calque est malheureusement bien imparfait.
D’après la légende que nous avons cilée plus haut, ces neuf catégories de Saints entremêlés d’ Anges correspondent, dans la pensée de l’artiste, aux neuf chœurs des Anges1 2, et ces neuf rangées sont renfermées dans un cercle pour exprimer l’éternité de la Cour céleste, conséquence de l’éternité du règne du Christ8.
PLANCHE LXVI. les justes dans le ciel.
Le verso de la miniature de la «Cour Céleste» était occupé par celle des «Justes dans le ciel», que nous reproduisons
sur cette planche. Notre pieuse Abbesse a représenté dans ce tableau trois rangées de Saints, dont la première est
particulièrement remarquable. Nous y voyons Jésus-Christ essuyant avec un linge les larmes d’un Juste, et accomplissant ainsi de la manière la plus touchante cette parole de l’Apocalypse : « Et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux, et la
mort ne sera plus: il n’y aura plus aussi là ni pleurs, ni cris, ni affliction, parce que le premier état sera passé»3. Ce
texte de la Sainte Écriture se trouvait à gauche de la figure du Christ, avec cette addition : « Parce qu’il n’y a plus de place pour ces choses, comme il n’y a plus de péché, qui en est la cause»4. A côté du Juste se trouvaient ces mots: «Cette personne représente tous les Saints et tous les Élus»5. Vient ensuite un groupe de trois Élus qui s’embrassent et qui sont placés entre deux palmiers, symbole de la victoire6. Des couronnes d’or sont suspendues au-dessus de leurs têtes : elles sont la récompense des Justes7; et du pied des palmiers s’écoulent des sources marquées: «Sources de la Vie»8. Ce sont les sources de la vie éternelle, le torrent des délices où le Seigneur fera boire ses Elus9.
Au-dessous de cette première rangée de Justes, que nous donnerons encore une fois plus tard en supplément, d’après un calque plus parfait avec toutes les inscriptions originales, Herrade a dessiné deux autres rangées de Saints vêtus de longues tuniques, la plupart sans ceinture, mais toutes très ornées de larges bordures jaunes à dessins variés. Les couronnes sont suspendues entre les têtes des personnages ; trois de ces Élus tiennent une pièce de monnaie : c est le denier promis par le Père de famille aux ouvriers qui auront travaillé à sa vigne10; il en est quatre qui portent des sceptres. Les figures de la deuxième rangée se donnent la main pour symboliser la charité qui unira éternellement les Justes dans le ciel. L’inscription au-dessus de la deuxième ligne portait: «Dieu rendra aux Justes la i-écompense de leurs travaux, et les conduira par une voie admirable»; — celle de la troisième ligne: «Les Saints et les Justes se réjouissent dans le Seigneur qui les a choisis pour son héritage»11.
PLANCHE LXVII. commencement des miniatures ayant rapport au jugement dernier.
Avec cette planche nous abordons la série des tableaux qui repi'ésentent la fin du monde, la résurrection générale et le jugement dernier. Si l’on veut avoir une vue d’ensemble de cette scène émouvante, il faut étaler cette planche et les quatre suivantes, l’une à côté de l’autre18: les planches LXIX et LXX forment le centre de la composition, le Souverain Juge est assis sur un arc-en-ciel, à ses pieds paraissent des Séraphins, à côté de lui, la Vierge et saint Jean-Baptiste, puis les douze Apôtres. Plus bas se voit la croix près de laquelle sont agenouillés Adam et Êve. En portant nos regards à la droite du Juge (à la gauche du spectateui’), nous trouvons à la suite d’Adam (planche LXIX) un groupe de Patriarches, puis des Prophètes et enfin des Disciples du Seignexxr. Continuant notre examen du même côté, nous trouvons à la planche LXVUI la scène de la résurrection et plusieurs groupes de Justes se rendant au jugement avec joie pour y êti'e récompensés. Ce sont des vierges sages, des saintes femmes, des ermites et des reclus, des abbés et des moines, un pape, des évêques, des clercs et des mai'tyrs. Enfin, la planche extérieure (LXVII) nous donne dans la zone d’en haut la suite et la fin de cette
procession des bons fidèles ; au-dessous, la conflagration générale du monde actuel, et finalement le soleil, la lune et les
étoiles reconstitués, et la terre nouvelle.
Si maintenant nous portons nos regards à la gauche du Souverain Juge (planche LXX), nous voyons un fleuve de feu s’élancer de dessous ses pieds et couler jusqu’au bas du tableau pour tourmenter les maudits : ce sont d’abord les faux prophètes, puis suivent (planche LXX1) les faux apôti’es, les mauvais évêques et clercs, les mauvais abbés et moines, les
faux ermites et l’eclus, les vierges folles, les juges iniques, les laïques infidèles et en dernier lieu les juifs et les païens ; ces
1. Les Saints Pénitents seraient ainsi assimilés aux Anges; ceux qui se seront sanctifiés dans l’état de mariage, aux Archanges; les Continents, aux Principautés; les Patriarches, aux Puissances; les Prophètes, aux Dominations; les Confesseurs, aux Vertus; les Martyrs, aux Trônes; les Apôtres, aux Chérubins; enfin les Vierges, aux Séraphins.
2. « Celestis curia fmem non babel, quia Cbrisli regni non erit finis, quod désignât circulas iste ... Beati qui ad cenam nupliarum agni vocali sont. »