‹ Hortus deliciarumChapitre 123 sur 157 · Matth. XX · texte numérisé non relu

Matth. XX

ix. « Reddet Deus mercedem laborum sanctorum suorum, et deducet eos in via mirabili. (Sap. X, 17.) — Sancti et jusli gaudent quos elegit Deus in Hereditatem sibi.»

12. On peut même dire que les miniatures des planches LXV et LXVI appartiennent déjà à ce cycle, c’est la récompense finale et éternelle des Justes placés à la droite du Souverain Juge, comme aussi les miniatures des planches LXXII (le Diable enchaîné) et LXXII1 (l’Enfer) terminent ce même cycle en montrant la punition éternelle du démon et des impies placés à la gauche du Juge, de sorte que cette vaste composition s’étend en réalité sur neuf planches. Cf. Engelhardt, Herrad von Landsperg, p. 53.

divers groupes se rendent au jugement pour y être condamnés, tous ont déjà le fleuve de feu sous leurs pieds. La rangée inférieure de cette planche nous montre enfin les malheureux damnés poussés dans les flammes de l’enfer par les Anges, exécuteurs de la justice divine.

Après avoir ainsi considéré et saisi l’ordonnance ou l’ensemble de la composition, nous pouvons maintenant revenir sur les détails. Au haut de notre planche LXVH il y a une rangée de Justes qui ne craignent pas de se rendre au jugement universel : ce sont les fidèles séculiers qui suivent, comme nous l’avons dit, des groupes de Saints de l’état religieux ou ecclésiastique; en tête marchent deux rois couronnés1 2, ils sont suivis d’une foule d’hommes et de femmes de tout rang diversement vêtus, leur attitude est celle du bonheur et de l’admiration, tous ont la tête levée, ce sont les pénitents et tous les fidèles qui ont quitté ce monde dans la paix du Seigneur'.

Au-dessous de ce groupe de personnages, il y a deux dessins se rapportant à ce qui aura lieu après le jugement; d’abord la destruction du ciel et de la terre qui existent actuellement: on voit la terre figurée par une chaîne de montagnes toute enflammée, et au-dessus un segment de cercle dont la circonférence est formée par une bande enflammée intérieurement et extérieurement; cette bande porte l’inscription: «Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront pas, dit le Seigneur»3 4. Entre le ciel et la terre on ht: «Incendie du ciel et de la terre», et, un peu plus à gauche: «Cette conflagi-ation aura lieu après le jugement»'*.

Au bas de la planche sont représentés les deux nouveaux et la terre nouvelle. Les cieux nouveaux comme un soleil rayonnant au centre d’un cercle, le globe du soleil est remplacé par une tête de Christ au nimbe crucifère; entre les rayons du haut, on remarque quelques étoiles ainsi que les figures du soleil et de la lune, et, à la droite de la tête du Christ on ht entre deux rayons: «La brillante clarté du Christ surpasse tous les luminaires du ciel nouveau»5 6. La terre nouvelle est figurée comme un disque dont le centre est orné d’un amas de fleurs, pour exprimer la beauté et les agréments de la nouvelle création.

PLANCHE LXVIII. résurrection générale.

Pour expliquer les détails de cette planche, nous commencerons par les dessins de la ligne inférieure : à droite on voit un Ange roulant une large bande sur laquelle sont figurés le soleil, la lune et les étoiles : c’est le complément de la destruction du ciel et de la terre qui se trouve au tableau précédent; une légende au-dessus de l’Ange dit: «Un Ange roule le ciel comme une feuille de parchemin»'. A gauche, une scène très curieuse attire les regards: ce sont des bêtes féroces rendant à la résurrection les corps ou les parties de corps humains qu’ils avaient dévorés : ainsi deux requins rendent deux corps entiers, un autre monstre marin rejette une jambe; entre les anfi'actuosités des rochers qui bordent la mer un ours, un lion, un loup, un griffon, deux autres bêtes fantastiques et trois aigles rendent, qui un corps entier, qui un bras ou une jambe. «Les corps, dit l’inscription, et les membres des hommes dévorés autrefois par les bêtes terrestres, les oiseaux ou les poissons sont rendus sur l’ordre de Dieu7.»

Au milieu de notre planche, se trouve la scène de la résurrection comme elle est habituellement représentée dans l’iconographie chrétienne : les morts sortent des tombeaux au son de la trompette d’un Ange, dont les puissants éclats sont rendus dans cette miniature par quelques flammes à l’orifice de l’instrument. Il semble que ces ressuscités sont principalement des Justes, d’après le texte qui se trouve près de l’Ange: «Tous les ossements des humbles tressailleront d’allégresse»8; une autre inscription placée sur un tombeau dit encore: «Les ossements des morts ressusciteront de nouveau, et, revêtus de leur chair, ils verront le Seigneur»0.

A la suite de l’Ange viennent divers groupes de Saints se rendant au Jugement: ce sont d’abord des veuves couvertes de longs voiles, puis des vierges prudentes, à la chevelure longue, et des abbesses portant le costume des religieuses de Hohenburg.

En remontant à la x-angée supérieure de notre planche, nous y trouvons la suite de la procession, c’est-à-dire le groupe des ex-mites et des reclus, parmi lesquels saint Paul l’ermite avec sa tunique de feuilles de palmier; un autre, vieillard à longue barbe, n’est couvert que par une poignée de feuilles; le gi-oupe des abbés et des moines, vêtus comme dans la miniature de l’j Echelle des K er tus; le groupe du clergé où paraissent un pape avec une tiare très élevée, deux évêques, et, dans l’arrière-plan, quelques têtes tonsurées; enfin le groupe des mai-tyi-s parmi lesquels il faut relever le diacre saint Étienne, et un martyr portant une couronne royale.

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