‹ Hortus deliciarumChapitre 50 sur 157 · HORTUS DI, MCI MU NI · texte numérisé non relu

HORTUS DI, MCI MU NI

-PeU de manuscrits anciens ont acquis une célébrité mieux méritée que le Iîortus deliciarum, dans lequel une abbesse alsacienne, Herrade de Landsperg, déposa la somme des connaissances de son temps, et qu’elle dédia aux religieuses de Hohenburg comme un témoignage de maternelle sollicitude. Vaste compilation, dont le fond était le récit biblique depuis la création du monde jusqu’au règne final du Christ, ce livre n’était pas seulement une mosaïque admirablement composée de citations tirées des saintes Écritures, des pères de l’Église, des historiens sacrés et profanes, des écrivains polygraphes, des théologiens mystiques, mais encore une des conceptions les plus élevées du symbolisme chrétien, arrivé vers cette époque à sa plus belle floraison, et traduit dans le «jardin des délices» par une nombreuse série de miniatures, qui en faisaient une véritable galerie de tableaux du douzième siècle.

Les travaux de nos devanciers nous permettent d’être bref à l’endroit du texte. Il y a plus de soixante ans, M. Maurice Engelhardt a publié sur l’œuvre de Ilerradc de Landsperg un ouvrage estimé, auquel nous aurons à faire plus d’un renvoi, et qui dans l’état actuel des choses est devenu notre principal guide, pour le classement des dessins1. On y trouve imprimé in extenso le recueil des poésies latines, qui étaient éparses entre les récits et qui assurent à Herrade un rang honorable parmi les poètes du temps. Les « Lettres sur les archives départementales du Bas-Rhin» renferment sur la même matière deux chapitres, dus à la plume élégante de M. L. Spach, notre président honoraire*. Nous y renvoyons le lecteur. Après l' analyse si complète du Hortus cleliciarum, tracée par ces deux savants, nous risquerions trop de tomber dans les redites. A l’histoiré du manuscrit, qu’ils esquissent, nous n’avons qu’à ajouter un chapitre, lamentable sous tous les rapports, celui de sa perte. Le legs de la docte abbesse, qui a échappé à tous les désastres de l’abbaye de Hohenburg, que les évêques de Strasbourg ont recueilli comme un joyau du plus grand prix, et qu’ils ont fait conserver avec mystère pendant plus d’un siècle dans la chartreuse de Molsheim, qui de la bibliothèque du district républicain, où il entra en 1791, passa entre les mains du chanoine L. Rumpler pour être déposé presqu’ aussitôt dans la bibliothèque publique de notre ville, eut le sort de toutes nos richesses littéraires accumulées sous les voûtes de l’ancien chœur des dominicains. Au milieu de l’incendie, allumé par le bombardement, il devint la proie des flammes dans la désastreuse nuit du 24 au 25 août 1870.

La destruction du manuscrit a été déplorée comme une perte irréparable. Avec l’original périt la seule copie qu’on avait prise du texte, en 1695. Quant aux miniatures, il en reste, outre ce qui a paru dans l’ouvrage d’Engelhardt, un nombre heureusement considérable de calques, mais exécutés la plupart pour un but spécial, sans enluminure et faits pour augmenter les regrets de ceux auxquels il a été donné de feuilleter ce livre admirable. Que sont en effet des reproductions pâles, en traits plus ou moins assurés, en comparaison de miniatures brillant de l’éclat des couleurs, rehaussées d'or et dessinées d’une main dont la fermeté nous a toujours remplis d’étonnement? Ces calques toutefois donnent une idée de l’œuvre, et sont d’autant plus précieux que le choix des dessinateurs a porté sur les miniatures les plus importantes, restées inédites. Aussi la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace en a-t-elle décidé la publication, dans l’assemblée générale du (i mars 18733. L’appel : colligite fragmenta quœ supersunt! n’a pas été entendu partout, et cependant nous n’avons pas réuni moins de cent trente miniatures ou fragments de miniatures, presque tous inédits, qui sont reproduits dans ce volume, grandeur d’exécution, d’après les procédés héliographiques de M. Kræmer. Le comité de la Société archéologique d’Alsace a admis en principe que les miniatures déjà éditées par M. Engelhardt ne figureront pas dans cette publication. Cependant le texte en fera mention dans l’exposé des sujets, pour en donner la suite aussi complète que possible; il indiquera également les couleurs pour quelques rares dessins, d’après les notes que nous avons jadis écrites à la bibliothèque, après l’exécution des calques.

Le plus grand nombre de ces derniers appartiennent à l’Œuvre Notre-Dame; ils sont dessinés à la plume. Une collection importante d’esquisses inachevées se trouve déposée à la bibliothèque publique de la ville ; elle est due au crayon de M. Engelhardt. Vingt-trois calques, exécutés en r 858 et 18 5q, nous appartiennent et nous rappellent les années

x. Hcr r ad von Landsperg, Aebtissin çu Hohenburg, oder Si. Odilien, im Elsass, im ■gwBlften JahrhundeH; und ihr Weth: Hortus deliciarum. Ein Beitrag yir Gesçhichte der Wissenscha flen, Literatur , Knnst, Kleidung, Wajjcn tmd Sitten des Mitlelalters. In-8°. Mit 12 Kupfertafeln in-folio. Stuttgart und Tübingen 1818.

2. Lettres sur les archives départementales du Bas-Rhin, p. 165 et suivi Édition in-8°. Strasbourg 1862.

Parmi les auteurs qui se sont occupés de ce sujet, nous devons citer encore :

Le Noble. Notice sur le Hortus deliciarum, in-S°. Paris s. d.

Waagen. Kunstwerke und Künstler in Deutschland, II.

Ch. Gérard. Les Artistes de l'Alsace, 1. 1, p. 42 et suiv., in-8°. Colmar 1872. Bartholdi. Curiosités d’Alsace, I, p. 3 1 1.

Aug. de Bastard. Peintures et ornements des manuscrits, classés dans un ordre chronologique, pour servir à l’histoire des arts du dessin depuis le quatrième siècle de l’ére chrétienne jusqu’à la fin du seizième. Paris 1835 et années suiv., in-fol. max. fig. col.

F. Piper. Dos Matiyrologiim und der computus der Herrad von Landsperg, in-S°. Berlin 1862.

3. V. Bulletin, T. IX, Pr.-V., p. 19. L’entreprise n’était pas facile et a dû éprouver des retards dont nous nous consolons volontiers aujourd’hui. Voir pour les divers incidents et questions relatives au Hortus deliciarum: T. IX, Pr.-V., p. 26, 31, 62,86, 97; T. X, Pr.-V., p. 9, 54, 126, 129, 132, 136, 139. Pr.-V. de janvier et février

heureuses, où nous passions prescpie tous les jeudis de l’année scolaire quelques heures à la bibliothèque publique, stimulé par les encouragements que M. le professeur Jung, de regrettée mémoire, savait si bien donner à tous les jeunes travailleurs. Les calques des deux dernières collections ont été exécutés à la mine de plomb. Les personnes qui savent combien on risque de dénaturer un dessin de cette espèce, en se permettant ce qu’on serait tenté de considérer comme une correction, nous pardonneront volontiers de les avoir laissés tels quels, sans même chercher à renforcer les traits, quand le calque les donnait très-faibles. Quelques sujets, comme le péché de Cham de la planche X, seront rendus d’une manière moins satisfaisante pour l’œil, ils n’en ont pas moins de valeur pour l’étude. Nous en dirons autant des inscriptions qui accompagnent nos dessins, dont le crayon rend mal les caractères, et auxquelles le paléographe pourrait trouver à redire. Dans l’exposé iconographique que nous avions en vue de publier un jour, ces légendes devaient être supprimées; elles ne furent marquées que pour notre usage personnel.

En ajoutant la somme de ces calques aux reproductions données dans l’ouvrage de M. Engelhardt, nous arrivons au chiffre d’environ 160; c’est celui des deux tiers de tout l’ouvrage, qui doit en avoir renfermé de 24° à 25o. Il faut espérer que leur nombre augmentera encore. Chaque communication, faite dans l’intérêt de cette œuvre patriotique, sera accueillie avec reconnaissance. Le manuscrit comptait 324 feuillets en parchemin, dont 255 hautes d’environ 5o centimètres, sur une largeur de 36 à 37 centimètres, les autres de format moindre. Primitivement sans reliure et couvert seulement d’un feuillet en parchemin, qui ne porte d’écriture que sur le verso, il fut relié et rogné au seizième siècle, comme l’indique la couverture en peau de truie gaufrée, qui fut plus tard garnie d’une housse en velours cramoisie. Les fermoirs avaient disparu depuis longtemps.

L’ouvrage, qui était le fruit de plusieurs années de travail, appartenait à la seconde moitié du douzième siècle. On présume qu’il a été commencé vers 1175. Le texte en deux colonnes était en écriture minuscule très-lisible. Aucune des grandes lettres commençant les chapitres et tracées en encre rouge, n’était historiée, ni seulement dessinée en rinceaux de feuillages comme on peut le voir fréquemment dans les manuscrits de cette époque. L’ornementation en était rare et sans prétention. Le titre, inscrit sur le folio Ib et reproduit par Engelhardt (PI. X), peut en donner une idée.

Dans le cours des explications qui vont suivre, du moins pour les planches qui en réclament, nous communiquerons quelques extraits ou citations inédites du Hortus deliciarum ; autant que cela est possible, il sera également fait mention des miniatures qui nous manquent et dont nous ne connaissons plus que le sujet.

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