PLANCHE XXII. L’ANCIENNE ALLIANCE OU LA LOI RITUELLE
Quel est l’archéologue qui, en visitant notre cathédrale, ne s’arrête devant les deux roses du transept méridional, si éclatantes de couleurs, si belles encore malgré leur état de mutilation, si riches surtout en données symboliques sur la mission de la Synagogue, qui consistait dans la préparation et dans l’attente , et sur celle de l’Église, qui est l’accomplissement et la réalisation du règne du Messie? Ces roses, exécutées peu d’années après Herrade de Landsperg, sont une imitation, presqu’une copie de deux miniatures du Hortus deliciarum, dont l’Œuvre Notre-Dame nous conserve les calques, tracés par une main très-exercée5.
1. V. Durandi Rationale divitiorum officiorum, lib. I, c. III, n° 10.
2. V. le Guide de la Peinture — Das Handbuch der Malerei vom Berge Athos, p. 154.
3. La sainte chapelle de Riom en offre un bel exemple dans ses remarquables
verrières du XVe siècle. Vers la môme époque ce parallélisme des prophètes et
des apôtres a été figuré par des statues en pierre dans la chapelle de Bourbon,
de l’abbaye de Cluny ( Annales archêol. XXVI, 3 82, etc.), et dans la clôture du chœur de la cathédrale d’Alby (ibid. XXVII, 68).
5. V. V. Guerber, Essai sur les vitraux de la cathédrale de Strasbourg, 38 et suiv. — Katholisches Kirchen- nnd Schulblatt, 1855, XVI, 332. — Ch. Cahier, Nouveaux Mélanges d‘ archéologie, d’histoire et de littérature sur le moyen âge, II, 104, etc.
La miniature que nous décrivons dans ces lignes, est consacrée aux sacrifices de l'Ancien Testament, qui étaient autant de figures du sacrifice consommé sur la croix, comme l'exprime l'inscription tracée dans le grand cercle: Ritus legalis docet et sanguts pecuahs sanguine mundandum de sanguinibus' fore mundum. Au milieu, et comme personnification de la loi rituelle, une figure assise sur un arc-en-ciel renversé pose les pieds sur le candélabre à sept branches. Les rapports intimes entre les deux Testaments sont caractérisés par deux tètes voilées, unies par une étole croisée sur la poitrine et ramenee derrière le dos. L'une est désignée par le nom de Moïse, l’autre par celui du Christ, lame des deux Testaments, car ..Jésus-Christ était hier, il est aujourd’hui, il sera encore au delà des siècles.', La suscription porte: vêtus et notion testante, itum in simul junctum *. De la main droite Moïse fait aspersion du sang de la vache rousse et de ses cendres pour purifier le peuple d'Israël — Moyses emundandum populum aspergit sanguine et cinere vitulce rufœ. Dans l’autre main le Christ tient le calice, gage de la nouvelle alliance; il sanctifie le peuple fidèle par son san» et par les humiliations de son corps livré en sacrifice: Christus sanctifient fidelem populum sanguine suo et cinere corpons sut. Moïse a donné la loi et les pratiques rituelles et figuratives du sacrifice; Jésus-Christ a inauguré le règne de la grâce et de la vente: — Lex per Moysen data est; gralia et veritas per Jesum Christum facta e'st\ Au-dessus de cette double image, le voile du Temple est ouvert. Au bas, un bouc est brûlé sur un autel, dressé à côté du candélabre qui est la figure de la plénitude des dons du Saint-Esprit, de cet Esprit septuple qui a inspiré les prophètes, les apôtres et les evangehstes, et qui s'en est servi pour établir l'une et l'autre alliance : Candelabrum signifient septifonnem Spiritum qui illuminons prophetas, apostolos et evangelistas , per illos composuit utrumque testamentum.
Sur dix phylactères rayonnant autour de la figure centrale, sont inscrites autant de prescriptions de la loi mosaïque dont plusieurs avec des sanctions appropriées à la dureté de cœur du peuple juif: Diliges arnicas - Odio liabcbis immicos - Non perjurabis - Qui occidit oceidatur - Adulter lapidelur - Oculum pro oculo - Dentem pro dente - Anima quœ peccauerit morte morialur - masculus non crescat sed oceidatur - qui in uno offendit reus est omnium.
Tout autour, et formant les lobes de cette rose, dix médaillons élégamment encadrés dans les plis d'une bandelette représentent les divers sacrifices prescrits par la loi de Moïse et répondant aux prévarications qu'ils devaient expier Les inscriptions font voir que les offrandes ont un caractère figuratif et qu'elles symbolisent la vraie victime immolée pour le salut du monde. 1 2 * 4 5 6
La personne de Jésus-Christ, chargé par son Père céleste des péchés de toute la terre, est figurée par le bouc, la chair de péché: In hyrco propter similitudinem carnis peccati\
Sa vertu expiatoire, par le veau, signe de la purification sacerdotale: In vitulo propter virtutem -,
Sa force, par le taureau: in tauro propter fortitudinem’ .
Son régné sur la terre et dans les deux, par le bélier, que les prophètes considèrent comme le symbole de la domination : in ariete pi'opter pruicipatum \
Sa candeur par deux colombes, image de la simplicité: in columbis propter simplicitatem>.
Sa chasteté, par les tourtereaux : in turture propter castitatem".
Sa chante, par l'huile versée dans un vase rempli de farine pure : in similagine oleo aspersa propter caritatem ".
Sa double natiue, par les passereaux: in passeribus corpus et animam. L'offrande des lépreux consistait en deux passereaux. Lun était immole et son sang servait à purifier le malade; l'autre était remis en liberté. L'allusion à l'humanité sainte du Christ, qui a versé son sang, et à la nature divine, qui n'a pu être soumise à la mort, est facile à saisir”.
Son zèle à faire le bien, par une gerbe offerte comme dîme: in décima propter consummationem bonorum operum Les gerbes de ble sont dans le langage mystique l’image des mérites et des bonnes œuvres.
Son innocence, par l’agneau: in agno propter innocentiam".
1. Au-dessus de ce mot une main postérieure avait écrit comme explication : de peccatis.