‹ Hortus deliciarumChapitre 71 sur 157 · LES PROPHÈTES · texte numérisé non relu

LES PROPHÈTES

Les calques négligemment exécutés ne peuvent donner qu’une idée faible de l’effet que produisait dans l’original cette suite de figures majestueuses, si variées malgré l’identité de costume, si expressives comme caractères et physionomies. Chaque personnage tient en mains un rouleau' sur lequel était écrit un passage emprunté à ses prophéties sur le Christ, tradition familière aux Grecs* et dont nous ne manquons pas d’exemples dans nos pays à la fin du moyen âge, où l’on mettait volontiers les douze prophètes en parallèle avec les apôtres en faisant concorder leurs prophéties avec les articles du Credo1 2 3. De même que l’ancien testament était le miroir dans lequel se réfléchissait l’œuvre de la rédemption consommée sous la nouvelle loi on devait, en lisant les prophéties, entendre un écho lointain des articles de foi qui sont entrés dans le Symbole des apôtres. Je publierai quelque jour une de ces juxtapositions des textes d’après un manuscrit du XIV0 siècle, qui a péri lors de l’incendie de notre bibliothèque en 1870. Contrairement à l’usage iconographique observé en Occident dans la représentation des prophètes, les personnages de nos deux planches ont les pieds nus. Une influence byzantine se trahit encore dans le geste de bénédiction exprimé par Daniel et par Malachie.

Les quatre prophètes qui garnissent les lancettes sud du transept méridional de notre cathédrale, sont à peu près des copies empruntées à cette collection. Les cartons en ont été composés au commencement du second Empire par Steinheil dont l’avis a déterminé le choix de la plupart des calques pris sur les miniatures du Hortus dehciarum pour l’Œuvre Notre-Dame.

PLANCHE XXI. jonas rejeté par le poisson.

Ce calque plus qu’imparfait n’a, on le pense bien, pas été destiné à être publié. Engelhardt, qui maniait très-bien le crayon, l’a fait rapidement pour son usage personnel comme sujet d’étude. Tel quel, il servira du moins à nous donner une idée générale de la miniature exécutée d’une manière quelque peu naïve. L’artiste, qui n’avait jamais eu occasion de voir un poisson de mer, a dessiné une carpe, en ayant soin de la marquer deux fois du nom de «cetus». Comme on a fait plus tard dans la frise typologique qui orne le soubassement de la première galerie, au côté nord de la tour de notre cathédrale, la ville de Ninive «Ninive civitas» a été placée sur le bord de la mer, sans souci de la vérité géographique. La même page devait retracer à la fois la délivrance de Jonas et le but de sa mission vers un peuple infidèle. La vue de la ville, avec des essais de perspective, n’est pas sans intérêt. Notons que les deux battants de la porte sont rouges, ainsi que la tête du poisson qui rejette le prophète.

C’est ici qu’il faudrait placer une série de miniatures ayant pour objet diverses scènes de la vision de Zacharie : Jésus est revêtu des habits sacerdotaux , malgré les efforts de Satan qui s’y oppose ; tout près parait le candélabre à sept branches au milieu des oliviers; puis la pierre marquée de sept yeux que nous donnons plus loin, en tête de la planche XXV ; la montagne et l’armée des combattants, la femme sur laquelle l’ange jette la masse de plomb. Comme le fait observer Engelhardt, le dessin des dernières scènes était d’une autre main que les précédentes et moins bien exécuté4. Nous ajouterons qu’il était postérieur de plus d’un siècle et demi aux autres dessins du Hortus , à juger par la forme de l’armure des guerriers, qui portent des corselets d’acier. Il était suivi de la représentation des trois jeunes gens dans la fournaise ardente.

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