Vitraux de Bourges
« Inde eductus, a rege princeps constituitur,
Nomen Salvator ei imponitur ;
A fratribus et ab omni populo adoratur,
Aegvptus a famé per eum liberatur.
« Sic Christus a Pâtre in mundum post refugos servos mittitur,
Sed a Juda, concilia Judœorum venditur.
A Synagoga in carnalibus lasciva crudeliter comprehenditur,
A militibus, ut Joseph a famïlia (Doraini sui) circumfunditur ;
Occisus sepulcro, ut carceri, includitur.
« Inde resurgens, a rege omnium Domino princeps super omnia constituitur ;
Nomen ei Salvator mundi ab omni populo ubique dicitur.»
C’est avec cette série d’images typologiques qu’Herrade clôt l’Ancien Testament ; mais avant de commencer les récits évangéliques elle communique encore un rapide aperçu de l’histoire universelle depuis la Création jusqu’au règne de Tibère, d’après Fréculfe, auteur du IXe siècle.
L’arbre généalogique du Christ formait le frontispice de la seconde partie du Hortus deliciarum.
Notre deuxième calque, emprunté à la collection de l’Œuvre Notre-Dame, comme celui qui précède, n’est que le sommet de cet arbre qui remplissait toute une page et présentait, dans les enroulements de ses rinceaux admirablement stylés , une nombreuse suite des ancêtres du Christ selon la chair. La dernière fleur, issue de la Vierge' sans tache, est le Sauveur du monde. A droite et à gauche, on voyait sa famille mystique: les apôtres, les dignitaires de l’Eglise, les rois et les représentants des peuples chrétiens.
Une miniature était consacrée à la naissance de saint Jean, auquel Zacharie est appelé à imposer le nom.
La reproduction de la planche de l’Annonciation a offert des difficultés qui n’ont été levées qu’en partie. Engelhardt ou quelque dessinateur à ses ordres avait commencé à enluminer le calque avec des couleurs qui presque toutes sont rendues en noir par les procédés photographiques.
Je n’ai pas pu me résoudre à rien y changer, un œil exercé suivra facilement les traits du dessin, ce qui est essentiel.
Pour qui a eu occasion de voir des miniatures grecques reproduisant ce sujet, l’influence byzantine n’est pas douteuse. Comme le veut le «Guide de la peinture» du mont Athos, la Vierge est debout devant son siège et tient dans la gauche un fuseau pour dévider la soie*. L’archange Gabriel, les pieds nus et portant le bâton de héraut, s’avance vers Marie en faisant le geste de bénédiction, signe de la parole. Au haut on lit: « angélus dicit ad Mariam: ave gracia plena dominus tecum1 2 3.» L’Esprit-Saint, sous forme d’une colombe entourée d’une gloire, se dirige vers la Vierge dans un rayon de lumière parti du ciel.
PLANCHE XXVI. la naissance du sauveur. — l’annonce faite aux bergers.
«La fleur est issue de la Vierge»; le rejeton des rois de Juda, «qui embrasse le monde entier», que les anges adorent et qu’une étoile miraculeuse signale aux mages, «est placé dans une étable4» et réchauffé par l’haleine d’un bœuf et d’un âne5. Marie, conformément à une tradition iconographique qui traverse chez nous tout le moyen âge et qui a puisé dans les récits des évangiles apocryphes, est étendue sur un lit et placée presque sur son séant. Déjà deux bergers accourent, tandis que Joseph, qui n’est pas même distingué par le nimbe de la sainteté, reste assis à distance8.
Les groupes de l’annonce faite aux bergers méritent attention : étonnement et surprise de la part de ces derniers à la vue du messager divin, calme et dignité chez les anges qui chantent : Gloire au haut des cieux ! L’ange qui porte la grande nouvelle, a les pieds nus comme celui de l’Annonciation sur la planche précédente; le chœur céleste est chaussé de brodequins couverts de broderies et prenant parfaitement le pied.
Nous ferons remarquer les lxouseaux, espèce de longs fourreaux de toile ou de drap, qui gai’antissent les jambes des bergers et tombent sur les souliers en cuir. Sur la planche suivante les houseaux des mages paraissent être formés de larges bandes, nattées et croisées à partir de la cheville jusqu’au mollet.
1. La Vierge est identique de dessin avec celle de l’Annonciation qui figure aujourd’hui dans une des baies du transept nord de notre cathédrale et qui est de la même époque.
2. Schæfer. Dos Handbuch der Malerci vont ‘Berge Athos, p. 171.
3. Dans l’original l’ange portait une robe bleue et un manteau vert. Le bord supérieur de ses ailes était brun foncé; les plumes les plus rapprochées du corps étaient vertes. — La Vierge avait un vêtement bleu avec un manteau cramoisi; sa chaussure était couleur vermillon. Cette couleur était aussi celle du coussin qui recouvre le siège et la pièce de tapisserie jaune dont il est orné.