V. les inscriptions de la miniature
5. Pieuse et touchante tradition qui se rattache à un passage d’Isaïe (I, 3) et qui a constamment servi de guide aux artistes chrétiens. V. Arringhi, Roma subterranea I, 185, 347 et 349. — Molanus, Hisloria SS. imaginum et piclurarum, lib. III, c. LVI. — Ayala, Pictor cbristjanus eruditus, lib. III, c. I, 9. — Trambelli, De cultu sanctorum, part. Il, c. 37.
6. Ce mode de représenter la sainte Vierge après la naissance du Sauveur, ainsi que la position par trop secondaire de Joseph ordinairement figuré au moyen âge sous les traits d’un vieillard décrépit, regardant de loin la scène de l’Adoration des bergers, ont fait dès le XVIe siècle l’objet de critiques sévères. V. Molanus, o. c. lib. H, c. XXVII; lib. III, c, XII. — Ayala, o. c. lib. III,
PLANCHE XXVII. les trois mages devant hërode. — le massacre des innocents.
Plusieurs dessins avaient été consacrés par Herrade au cycle de l’Épiphanie. Notre calque représente la seule miniature complète qui nous reste des quatre dessins richement coloriés, représentant le voyage des mages à la suite de l’étoile1 2, leur arrivée à Jérusalem, l’offrande de leurs dons à Bethléhem* et leur retour par une autre voie. Le texte leur donnait les noms de Caspar3, Melchior et Patisar et s’étendait longuement sur leur âge, leur physionomie et jusque sur la couleur des diverses parties de leur costume. Dans les miniatures ils avaient tous les trois le teint blanc. On remarquera la forme particulière des couronnes, la richesse des braies du premier, qui s’approche d’Hérode, et les chausses molles formées de larges bandes d’étoffe nattées autour des jambes4 * *.
Le massacre des innocents n’est qu’une rapide esquisse assez mal venue en photographie. Le papier à calquer portant ce dessin dEngelhardt a fortement jauni en plusieurs endroits; de là les taches noirâtres de la reproduction. La scène a pour titre: « Ile rodes sicut occidit multos pueros in Bethlehem juda civitate david. JPost occisionem infantium Herodes occidit se ipsum\» L’histoire ne connaît pas ce suicide, introduit par la légende dans un but moralisateur.
Le héraut d armes qui est posté à coté d’Hérode, porte une tunique violette et des braies vertes. Nous reviendrons plus loin sur 1 armure des guerriers, en faisant cependant observer que le glaive levé porte gravé sur la lame le mot de rovnvs (?).
PLANCHE XXVIII. jean baptise dans le désert. — baptême du sauveur.
In Bethania trans iordanem erat iohannes baptizans. Magister veniet fortior me post me. Jean, tenant dans la gauche une croix placée au haut d’une longue tige, baptise un juif plongé jusqu’au cou dans le Jourdain. D’un côté du fleuve un personnage, derrière lequel on voit quatre disciples de Jean, tient le vêtement du néophyte; de l’autre, quatre individus représentent la foule, turba, qui vient écouter les enseignements du précurseur. Les disciples de Jean tiennent une verge en main; ils ont la tête couverte d’un capuchon blanc, timbré d’une croix au-dessus du front. Nous avons vainement cherché à déchiffrer complètement l’inscription qu’on lit à côté de saint Jean et qu’Engelhardt ou un élève a calquée avec hâte. Les mots, « aspera veste de pilis camelorum .... utebatur,» suffisent pour en fixer le sens.
La seconde miniature , dont le calque est dû à la même main , offre plusieurs particularités dignes de remarque. Deux anges ont ouvert les portes du ciel. Un rayon de lumière part de la face de Dieu le Père et amène l’Esprit-Saint sous forme de colombe sur le chef du Christ, au moment où Jean-Baptiste, qui «n’ose toucher son front sacré», lui confère le baptême. L’huile sainte coule d’une ampoule tenue par le bec de la colombe. D’un signe de croix, Jésus bénit l’eau, car le baptême devra tirer sa vertu de la croix et y trouver sa consécration, « baptisma cruce consecratur.» Aussi la croix se trouve-t-elle placée sur une colonne au milieu du Jourdain8, dont 1 artiste a représenté la personnification sous les traits d’un vieillard, appuyé sur une urne, réminiscence antique que l’art chrétien a admise dans ses compositions dès les premiers siècles7. Près de saint Jean, et considérant la scene du haut d'un rocher, deux figures sont désignées comme disciples de Jean, dise. Johanms; de l’autre côté du fleuve, trois anges font le service, angeli ministrantur, et présentent les vêtements du Christ. Celui du milieu est chaussé de brodequins.
PLANCHE XXIX. figdre d’astrologie. — entrée dtjne salle. — mort subite.
Comme il a été dit en tête de ces explications, l’intention de Herrade, en écrivant le Hortus deliciarum, était de réunir la quintessence de toutes les études, profanes et sacrées, qui étaient faites à son époque et de l’offrir à ses religieuses comme une encyclopédie à la fois utile et agréable. Son oeuvre, dit-elle élégamment à la suite du titre de son recueil, doit être un jardin de délices, dans lequel l’œil de ses jeunes protégées soit réjoui par la vue des fleurs les plus exquises, butinées dans les Écritures avec un soin discret et groupées avec art et délicatesse. Suivant l’occasion qui se présente, des observa-
1. Engelhardt en a donné un groupe, tab. HT, qui sera reproduit dans une planche complémentaire.
2. D’après mes notes prises en 1861, on lisait au-dessus de la Vierge: In gremio malris hx, splendor, gloria patris. La miniature se trouvait folio 92b.
3- Caspar est représenté imberbe avec cheveux roux. C’est celui des trois mages auquel les peintres donnent le teint noir, à partir du milieu du quinzième siècle.
4. Voici quelques indications de couleur: Melchior, le plus rapproché d’Hérode,
portait une tunique verte sous un manteau bleu foncé, des hauts-de-chausses
jaunes richement étoilés, des bas-de-chausses violets et des souliers noirs.
Caspar, dont la tête et une jambe sont presque seules visibles, avait un manteau
blanc, des hauts-de-chausses vermillon, des bas-de-chausses jaunes avec souliers
noirs. Patisar, le dernier, est couvert d’un manteau vert, de chausses carmin en haut, grises en bas et de souliers rouges. Dans une des miniatures précédentes il laisse paraître sa tunique rouge, ornée d’un large orfroi et d’une bordure, les deux richement brodés d’or.