‹ Hortus deliciarumChapitre 92 sur 157 · Cf. l’explication de la planche XXIV, p · texte numérisé non relu

Cf. l’explication de la planche XXIV, p

6. Cette inscription, ainsi que la précédente, sont tracées au-dessus de la

7. Vitraux de Bourges, 42 — 72, 124. — Mélanges d'archéologie, d'histoire et de littérature, I, 207 etc.; II, 39—76. — Nouveaux Mélanges tï archéologie, I, 15—22, 101; II, 104. — Caractéristiques des Saints, I, 392.

qui n’est peut-être nulle part figuré , d’une manière aussi complète que dans le ffortus deliciarum, où les légendes tracées à côté des personnages dispensent au besoin de recourir aux monuments écrits pour trouver une explication.

Des signes extraordinaires accompagnent la mort du Christ. Le voile du temple se déchire, parce que les obscurités de la loi ont cessé par le véritable sacrifice d’expiation. Le soleil et la lune s’obscurcissent. La terre s’ouvre, quelques morts sortent de leurs tombes. Le père du genre humain, pour lequel un arbre fatal a été la cause de mort et de perdition, ressent le premier les bienfaits de la rédemption découlant de l’arbre de la croix, devenu le signe de salut pour les nations, signe glorieux et consolant pour les élus, terrible et désespérant pour ceux qui ferment les yeux à la lumière et le cœur au repentir. Comme aux dernières assises, le Christ sur la croix fait une séparation des bons et des mauvais, assure le triomphe aux uns et abandonne les autres à leur aveuglement coupable.

C’est vers la droite que la victime sainte a incliné la tête en expirant.

De ce côté et sous le soleil nous voyons le larron repentant, auquel Jésus promet le paradis; le soldat romain Longinus, qui confesse hautement la divinité du Christ et qui représente les nations païennes; plusieurs saints, qui vont sortir de leur tombe; enfin l’Eglise, couronne en tête, tenant d’une main la bannière flottante surmontée de la croix et de l’autre le calice de la nouvelle alliance, dans lequel s’épanche le sang de l’homme-Dieu. A la gauche, sous la lune, paraissent le mauvais larron, dont l’agonie est rendue plus horrible par le sarcasme déversé sur le Sauveur; le juif Stephaton1 2, qui présente l’éponge imbibée de vinaigre, image de l’amère dérision dont Israël abreuve le Messie expirant; enfin la Synagogue, la face voilée, pieds nus, tenant d’une main le couteau du sacrifice, de l’autre la victime pascale dont elle a méconnu le sens figuratif, et une tablette qui signale son honteux aveuglement: et ego nesciebam' . A son insu, la bannière a échappé de sa main et gît aux pieds de sa monture, un âne stupide et paresseux, qui a laissé tomber son harnais, animal synagogœ asinus stultus et laxus, tandis que l’Eglise est portée par les évangélistes, dont les symboles greffés sur un tronc commun constituent un quadrige de Dieu d’une haute originalité.

Une inscription tirée du Cantique des Cantiques est répartie d’une manière significative au-dessus des deux figures, pour proclamer d’une part la naissance et l’élévation de l’Eglise sous la croix — sub arbore malo suscitavi te, et de l’autre la flétrissure de la Synagogue déshéritée — ibi corrupta est genitrix tua3 4 5 6. «Cette flétrissure a été encourue par la Synagogue sous l’arbre de la croix, quand les Scribes et les Pharisiens ont dit : Que son sang tombe sur nous et nos enfants — sub arbore crucis corrupta est Synagoga quando Scribce et Pharisei dixerunt: Sanguis ejus super nos et super Jilios nostros*.» Dispensatrice des dons de la miséricorde divine, la i-oyale épouse invite son aînée à se retourner et à lever sa face pour reconnaître et adorer le Messie — Revertere Sun amitis 5 . Soins perdus : la Synagogue est frappée d’aveuglement — Excecata Synagoga °.

Cette distribution des personnages, figurant communément les uns à la droite, les autres à la gauche de la croix, est trop invariablement pratiquée par l’art jusqu’à la fin du moyen âge, pour qu’il soit possible de ne pas y reconnaître l’intention de figurer comme un prélude à la terrible division du jugement dernier. C’est ainsi, du reste, que saint Augustin a déjà expliqué la position des deux larrons morts sur la croix7. Symbolisme admirable de concision et de clarté, qui rappelait par une seule image, avec un nombre relativement restreint de figures faciles à saisir, à la fois le mystère de la rédemption et l’acte solennel de la rémunération finale, les prodiges de la miséricorde infinie dans le pardon offert à la dernière heure, l’appel fait aux Gentils et leur substitution au peuple élu qui déchoit de son rang, le rejet de la Synagogue, la glorification de l’Eglise placée à la droite de son royal Epoux et recevant dans la coupe du sacerdoce de Melchisédech le sang et l’eau qui coulent du côté entrouvert pour la vie du monde.

Le palefroi donné à l’Eglise a de quoi nous surprendre par sa composition étrange, invention, comme dit très bien le P. Cahier, plus admirable qu’imitable8. Conformément à l’histoire9 et à la pratique10 des anciens imagiers, la traverse de la croix est proportionnée au corps quelle doit porter"; la croix elle-même est assez basse dans les deux représentations, pour que le supplicié ait pu y monter sans trop d’efforts. Dans la seconde miniature, le Christ y est attaché avec quatre clous", tandis que les larrons y sont simplement suspendus sous les aisselles, les bras repliés derrière l’instrument du supplice, auquel

1. Le plus souvent la tradition donne à ce personnage le nom de Calpurnius. Cf. Bulletin monumental , L. 150.

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