‹ Hortus MerliniChapitre 9 sur 16 · DE LA MATIÈRE CONFIRMÉE PAR BERZELIUS · texte numérisé non relu

DE LA MATIÈRE CONFIRMÉE PAR BERZELIUS

qui était alchimiste.

Depuis un an, je vais presque tous les matins au cimetière Montparnasse. Dans les commencements, je remarquais par le temps humide, lorsque j’étais rentré chez moi, un goût désagréable de vert de gris dans la bouche et qui persistait pendant deux heures. Comme je n’éprouvais pas ce goût de vert de gris, les jours où je suspendais ma visite au cimetière, j’en conclus qu’il était produit par les miasmes des morts.

Et comme des symptômes faibles d’empoisonnement par le sel de cuivre se montraient, je me demandais si c’était réellement du cuivre. Aussi j’emportais un matin un flacon d’ammoniaque pour voir si j’obtenais la coloration bleue caractéristique des dissolutions des sels de cuivre, mais elle ne fit pas son apparition. J’emportai ensuite de l’acétate de plomb et j'obtins, dans l’espace d’une demi-heure, une faible quantité de plomb sulfuré et un peu de carbonate.

Un ancien traité de toxicologie et de médecine

légale m’était tombé sous la main peu avant et j’avais lu le rôle, faisant époque de Raspail dans un célèbre procès d'empoisonnement où il avertissait du danger d’avoir confiance aux analyses chimiques, lesquelles trop souvent ne constituaient que des synthèses produites par l’action des réactifs.

Au cours de la discussion, on constata que le cuivre pouvait se présenter dans le corps humain, sans que ce métal y ait été introduit par hasard ou dans un but criminel. Orfila, le toxicologue le plus célèbre de l'époque, finit par formuler la chose ainsi ; Le corps humain, et le foie spécialement, contient toujours du cuivre, et ce métal peut être dégagé en faisant bouillir la partie du corps dans de l’eau distillée. Le cuivre, au contraire, qui a été introduit dans le corps, avec ou sans intention, ne peut êtie dégagé directement par l’eau ; il faut commencer par brûler la partie du corps dont il s’agit, et traiter ensuite les cendres par un acide violent.

Que signifie cela, sinon que le cuivre, en tant que métal, peut se présenter au moins sous deux déguisements, qu'il se forme dans le corps et qu’il se produit par la combustion.

Au XVH[® siècle, Lémery et d’autres pensaient de même en ce qui concerne le fer qu’on trouve toujours dans la cendre des plantes, mais presque jamais dans la plante même.

Avant de continuer par une excursion plus longue, je tiens à fixer dans la mémoire du lecteur, les points suivants : Cuivre, couleur bleue, corps morts, le foie spécialement.

J avais sur ma table de travail un morceau d’indigo du Bengale. L’indigo, comme nul ne l’ignore, est bleu, mais si on le raye avec l'ongle, on obtient une raie qui brille comme du cuivre.

Il ne m’était jamais venu à l’idée d’établir de relation entre le cuivre et cette raie de l’indigo, bleu comme les sels les plus bleus du cuivre, car on rencontre l’éclat métallique non seulement chez les poissons, mais anssi sur les plumes des oiseaux (et autre part encore).

Mais ma chambre était humide et un beau jour, je m’aperçus que la raie de cuivre sur mon morceau d’indigo s’était couverte de vert de gris!

Je ne croyais cependant pas encore que c’était du cuivre, quoique le phénomène eût fait sur moi une profonde impression. Mais le lendemain, en passant devant une ferme, je vis un paon qui faisait la roue. Arrêté par son cri horrible, je contemplai le spectacle qui assurément est beau. Je remarquai d’abord les ellipses et la courbe caustique des plumes de la queue, ce qui me fit penser de nouveau à la puissance inouïe du soleil, capable dans les pays chauds, d’émailler la corne et le silicium. Puis... un éclair se fit dans mon esprit et je vis sur la penne de la queue, l'œil d un bleu

indigo profond, et je vis l’éclat cuivré de la barbe qui encadre Toeil bleu. J’étais convaincu qu’il existait une relation entre le cuivre et l’indigro et les sels bleus du cuivre.

De retour chez moi, j’examinai mon merveilleux morceau d’indigo et je constatai qu’il avait une cassure d’un gris argileux, rappelant la marne sur lequel pozisse le soufre en Sicile. Je rayai avec l’ongle la surface grise, et voilà que j’obtins une raie à l’éclat métallique blanc du fer.

Je me dis alors : si cela est du cuivre et se couvre de vert de gris, ceci est peut-être du fer et doit se rouiller. <

Et efiectivement, mis en contact à l'humidité, la raie se couvrit de rouille.

Mais ni le vert de gris ni la rouille ne donnèrent des réactions voulues devant le chalumeau, ni par la voie humide, ce qu’ils ne ieraient pas non plus dans une combinaison organique, attendu que par les réactifs ordinaires, on ne retrouve ni le plomb dans les combmaisons organiques, ni le fer dans les ferrocyanures

Le cuivre et le fer s’y trouvent, mais pas sous leur forme ordinaire; à l’état embryonnaire peutêtre, passent comme un éclair, se décomposent, entrent dans de nouvelles combinaisons pour dispararaître immédiatement après.

Qu’est-ce donc que l’Indigo .? C’est la chlorophylle de certaines plantes, dont les feuilles et

principalement celles de V/saiis et du Nérium, tirent sur le vert bleu.

Mais la chlorophylle est considérée par la nouvelle chimie, comme étant très parent de la Biliverdine et de la Bilirubine, deux des principes colorants de la bile, préparés dans le foie. Et les foies contenaient du cuivre conUitutif.

Voyez donc comment le foie, l’indigo et le cuivre ont été reliés par la chlorophylle.

Mais comment è présent rapporter aux morts de Montparnasse le goût de vert de gris que j’avais eu dans la bouche?

On peut extraire de l’indigo du sang et de l’urine, c’est un produit de décomposition ou final de combinaison azotées.

Et l’indigo brûlé répand une odeur répugnante qui doit son nom à un corps appelé Scatol, mot qui a la même racine grecque que Escatologie ou la théorie des choses extrêmes.

Or les sécrétions extrêmes du corps humain contiennent du scatol ! Est-ce suffisamment clair

Mais la raie de fer.? Il y a une autre matière colorante bleue, le bleu de Prusse qui donne également des raies de cuivre qui verdissent à l’air. Le bleu de Prusse se tire du sang et du fer. Et il y a du fer dans le sang, dans le foie, dans la chlorophylle, partout dit on.

La molécule du bleu de Prusse pèse le double de celle de l’indigo et la molécule de l’indigo

a un poids double de celui du permanganate de potassium. Mais le permanganate de potassium peut, si on prend son plus faible poids atomique, peser autant que l’iode.

Si je sublime l’indigo en l’exposant à un feu doux, il déposé des cristaux rouges qui re.ssemblent, à s y méprendre, au permanganate de potassium.

Si je brûle de l’indigo dans un creuset ouvert, il répand une fumée d’un pourpre violet, qui ressemble d’une façon incroyable à celle de l’iode.

Si je broie de l’iode et de l’amidon, j'obtiens une couleur bleue qui ressemble à l’indigo et possède une correspondance dans le poids moléculaire, qui indique une parenté.

Si je \ erse de 1 acide sulfurique sur du permanganate de potassium et que je chaufie le tout, j ai des vapeurs violettes, qu’un commençant prendrait pour de l’iode, attendu que l’analyse indique ces vapeurs comme indices de l’iode, surtout si le corps est chauffé avec du bisulfate de potassium. (Remarquons ici la formation du sulfate de potassium par l’acide sulfurique et le potassium dans le permanganate de potassium).

Ceci est-il donc si extraordinaire.? Non, pas du tout, car 1 indigo, qui, déjà dans la chimie organique, est reconnu être constitué de plusieurs matières, entre autres de la résine et de la gomme, m a donné par le chalumeau, dans la

perle de Borax, les réactions suivantes : Titane, wolfram, cer, plomb, antimoine, molybdène, urane, manganèse et fer.

L'analyse spectrale qui jouit d’une meilleure réputation, a donné des spectres d'absorption pour l’indigo et la malachite (oxyde de cuivre carbonate), qui sont presque identiques. Ceci démontre au moins une parenté '

Dans mes notes de laboratoire, je trouve les détails suivants ;

J’ai sublimé de l’indigo; dissous les cristaux dans de l’acide sulfurique bouillant, et étendu le tout d’eau. Ajouté de l’ammoniaque et obtenu la coloration bleue.

Ceci est bien la réaction du cuivre et l’a été depuis Berzelius et Thénard

J’ai lait fondre ensemble des limailles de cuivre, du soufre et de l’acide azotique, dans un creuset. La fonte ressemblait à de l’indigo, bleue avec des cassures d’un rouge de cuivre. Pendant toute l’opération une odeur de scatol.

Roscoe et Schorlemmer indiquent à propos de sulfure de cuivre, qu’on en trouve dans la nature sous forme de cristaux bleu foncé hexagonaux, et qu’on nomme indigo de cuivre.

Chevallier, dans son Dictionnaire des altérations et falsifications, dit que l'indigo est falsifié, entr’autres par l’amidon d’iode et le bleu de Prusse (voyez plus haut), ce qui prouve que

depuis longtemps déjà, on avait été frappé par la ressemblance.

Voilà l’unité de la matière mise au grand jour, théorie reconnue par tous les savants modernes après Darwin, mais devant les conséquences de laquelle cer ains ont reculé.

Berzelius croyait au moins à la transmutation du charbon en silicium, d’après ce qu’il avouait lui-même. Le paracyanogène chauffé à blanc se cornait, rendait de l’azote et laissait comme reste une masse noire qui n’était plus du charbon, mais du silicium.

Brown fit l’expérience et Berzelius ajoute ;

La métamorphosé du charbon dans le radical de 1 acide silicique n’a jusqu’ici pas réussi à un autre chimiste.

Berzelius était par conséquent alchimiste.

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