‹ Hospitalisation des TuberculeuxChapitre 19 sur 31 · SOIR · texte numérisé non relu

SOIR

Soupe Poissons frits Haricots Fromage Soupe Ragoût Confiture Soupe Poissons frits Haricots Fromage Soupe Ragouût Confiture Soupe Boulettes Haricots Fromage

Soupe Poissons frits Petits pois Beurre Soupe

Ragoùt

Pruneaux

(1) Qu'il nous soit permis à ce propos d'adresser à Mme Savary, sur-

veillante de la cuisine, nos remerciements pour la bonne grâce et la bonne

volonté avec lesquelles elle s’est toujours efforcée d'apporter dans la succession de ces menus une heureuse modification et une variété, toutes au bénéfice

des malades.

2 que

Donner à ces malheureux une nourriture un peu variée et abondante ne suflisait pas. Il fallait encore faire en sorte de supprimer « cette promiscuité », peu appélissante, avouons-le, « de l'urinoir et du crachoir ». C'est une réforme que l’on a encore facilement réalisée au pavillon M.

A cet eflet on a converti une des pièces du sous-sol en réfectoire : un fourneau, deux tables de marbre, bien servies, avec une plante verte sur chacune d'elles, sont des innovations qui ont ravi nos malades: forcés de garder le lit, leur grande préoccupation est de savoir, si on leur permettra de descendre au réfectoire.

C'est qu'indépendamment du plaisir qu'ils éprouvent à prendre leurs repas en commun, en bavardant, dans un endroit indépendant du dortoir, véritable salle à manger qui leur offre un confortable, inconnu pour la plupart d'entre eux, ils ont encore la satisfaction d'y trouver d’autres avantages. Les plats, montés de la cuisine jusqu'au sommet de la côte, peuvent être réchauflés dès leur arrivée, les assiettes (2 par malade), sont échaudées, non seulement l'hiver, mais aussi chaque fois que les mets servis ont tout intérêt à l'être dans des assiettes chaudes. Au lieu d'arriver divisée en portions peu appétissantes, la viande est servie en un seul morceau, découpée sur la table par la survéillante elle-même et sous les yeux des malades. L'heure du repas, ainsi compris, est véritablement réjouissante, et que de fois le D' Frottier et nous, arrivant à l’improviste à ce moment, sommes-nous ressortis du réfectoire en disant : € J'ai faim! »

Ce sont des attentions auxquelles les malades sont

extrêmement sensibles et qui ont pour résultat, tout en excitant leur appétit, de les convaincre que l’on s'intéresse à eux et que l’on fait tout pour les guérir.

Ce service spécial, avons-nous dit, comprend 22 lits. Après entente de M. le D' Frottier avee la commission administrative, il a été décidé que tous les malades, se présentant à la consultation des hôpitaux et reconnus atteints de bronchite chronique, seraient revus par lui ou par l'interne du service avant leur admission définitive et, suivant le degré de leur maladie, dirigés sur le pavillon M ou sur les autres pavillons, réservés aux tuberculeux.

Cétte mesure, bien appliquée, permet évidemment de faire une certaine sélection et de n'admettre dans notre service que les malades les plus aptes à en retirer le maximum de bénéfices. Mais, malgré tout, et pour des raisons que nous ne pouvons envisager 101, 1l arrive encore parfois que des malades nous sont envoyés dont l’état avancé des lésions est une contre-indication à la cure : ce sont des lits occupés qui eussent mieux profité à d'autres moins atteints.

Quoi qu'il en soit, à tout malade indiqué pour le pavillon M, nous nous eflorçons de bien faire comprendre que le traitement auquel nous le soumettrons est un traitement long, dont la durée n'est, en tout cas, pas inférieure à 3 mois. Nous lui faisons remarquer, de plus, que le service où 1l va entrer possède un règlement spécial, dont l'observation rigoureuse lui sera imposée, et une discipline qu'il devra toujours respecter sous peine d'’ex-

pulsion.

Nous croyons que ces petites observations prélimi-

naires ne sont déplacées nulle part: en tout cas, elles sont absolument nécessaires au Havre où nous avons affaire à des malades particulièrement difficiles, alcooliques, la plupart, et qui auraient Lôt fait, si on n'y prenait garde, de jeter le désordre et la révolte dans le service.

Sitôt admis, les malades sont dirigés sur le pavillon M, où, pour parer à l'insuffisance habituelle de leurs vêtements, on leur remet à chacun : une vareuse de matelot, un tricot de laine, une paire de chaussettes, une paire de galoches et chaussons et un bonnet de coton, s'ils le désirent. Ils sont, dès lors, suffisamment équipés pour faire la cure d’air.

Dès son arrivée dans le service, chaque malade est pesé, l'examen bactériologique de ses crachats est fait, et les résultats de ces deux opérations sont fidèlement consignés sur son observalion.

Cette dernière est prise longuement, tenue régulièrement à Jour et classée à la sortie du malade. Deux fois par mois, le 1° et le 15, les malades sont pesés et leurs poids reportés sur l'observation. A leur sortie, un nouvel examen bactériologique des crachats est fait, et ils sont attentivement auscultés, de façon que l’on sache aussi exactement que possible l'état de leurs lésions pulmonaires.

Sous la direction de la surveillante les malades remplissent, exactement, chaque jour les différentes parties du programme. Inutile de dire que même sous la galerie chaque malade possède son crachoir individuel, et que défense absolue est faite de cracher ailleurs que dedans.

Les heures de cure sont entrecoupées de promenades ; quelques heures sont aussi accordées chaque jour, pen-

dant lesquelles les malades peuvent se livrer à de petits travaux manuels ou à quelques jeux (loto, damier, domi-

nos, etc.), dons de quelques visiteurs généreux.

Et maintenant, quels sont les résultats obtenus dans pareil service ? Les voici, année par année, depuis 1900, date de l'ouverture.

Du 1° février 1900 au 1° juin 1901, 112 observations

ont été recueillies, concernant 105 malades :

19 ont été très améliorés, soit 17 pour 100 39 — améliorés 139 = 30 — stationnaires — 27 — 10 — aggravés — 9 — 14 sont décédés TES —

Sur ces 112 malades, 2 n'avaient pas de bacilles à leur entrée : tous les autres en avaient et présentaient des symptômes de fonte pulmonaire plus ou moins avancée et plus ou moins généralisée. Tous avaient un mauvais

élal général, certains n'ont pu quitter leur lit pour faire la cure, plusieurs ont dù le garder un certain temps avant de se lever.

72 malades ont gagné du poids, un peu plus de 6 livres, en moyenne (de 1 au minimum à 18 au maximum): 12 sont restés stalionnaires ; 28 en ont perdu.

La durée moyenne du séjour a été de 59 jours pour l'ensemble des malades : mais il est important de noter qu'elle fut de :

90 jours pour les très améliorés.

54 Le améliorés.

28 — stationnaires,

LE OyRE

En présence de ces résultats, le D’ Frottier écrivait (1) :

& Après 18 mois d'expérience, je demeure convaineu qu'aucune autre méthode que la cure d’air, de repos el d'alimentation n'en aurait procuré de semblables.

€ Mais ils sont encore insuffisants à mon avis: et, comme les causes de cette insuflisance ne sont imputables ni à l'organisation, n1 à la méthode, mais aux malades eux-mêmes; comme aussi, il est à supposer qu'elles ne sont pas particulières à la population havraise et doivent se retrouver un peu partout, ilimporte, je crois, de les signaler afin de s’efforcer d'y remédier dans l'avenir.

« Les débuts furent assez difficiles, j'eus quelque peine à imposer aux malades le séjour à l'air en hiver, le repos sur les chaises longues et, surtout, l'interdiction de cracher partout.

€ Mais les véritables obstacles sont ceux qui se déduisent de la courte statistique que je viens de citer et ce sont ceux auxquels on devait tout naturellement s'attendre :

1° Les malades viennent se faire soigner trop tard :

2° [ls ne consentent généralement pas à se soigner assez longtemps.

« Or, à quelle catégorie de malades avons-nous affaire ? Pour la plupart à des journaliers des grandes usines ou des quais, ou à des matelots et chauffeurs. C'est par exception qu'ils ne font pas un usage habituel de l'alcool :

presque tous en prennent. « Ah! sans faire Jamais d'ex-

(1) De Frorrier. Communicalion au Congrès de la tuberculose à

Londres, séance du 25 juillet 1901.

GEORGES

SI

ces ! » On sait chez nous ce que cela veut dire, et je ne les questionne même plus sur ce point.

Aussi tous sont déprimés : il est rare que leur appétit habituel, avant de tomber malades, ait été bon, leur résistance est considérablement affaiblie.

« Il leur faudrait donc faire à la cure un long séjour pour pouvoir espérer quelque bénéfice durable, alors qu'on a bien de la peine à les retenir, malgré tous les discours et toutes les bonnes raisons.

« Quant à les décider à se soigner de bonne heure, c’est fort difficile : & On se soigne quand on ne peut plus travailler. »

Depuis que M. le D' Frottier s’est entendu avec l’administration, comme nous l'avons dit, pour sélectionner un peu les malades à leur entrée, depuis aussi que nous leur fixons un minimum de durée de 3 mois, quelques-uns de ces inconvénients ont diminué.

Du 1° juin 1901 au 1° juin 1902, 63 observations

ont été recueillies concernant 56 malades :

8 ont été très améliorés, soit 12,7 p. 100 }

RE 62 p. 100 31 — améliorés — 49,2 == | P 19 ——. stationnaires — 20,0 — 3 — aggravés — 4,7 — 8 sont décédés mat 097 Ni

La moyenne générale du séjour a été de 85 jours.

Elle se décompose ainsi :

rés amor SEC 114 jours.

ADMÉHOTÉS UN SR ERA 850 — SHAUONNATCE RS CHOC Av oTavEs ALMA MA AN ENREERS 881 —

Bécédést"s "4 MR NC RARES

RUN ho malades ont gagné du poids, de r livre au minimum à 28 livres au maximum. La moyenne a été de 9 livres 1/2; 11 sont restés stationnaires : 12 en ont perdu. Du 1% jum 1902 au 1° juin 1903, les observations ont été recueillies concernant 56 malades :

Trèsaméhorés. : ! . :: 1 soit 1,66 p. 100 | NN UNE ET ET Ru à Diationnaires M A ot — 093) —-

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