‹ Hospitalisation des TuberculeuxChapitre 22 sur 31 · AN CT · texte numérisé non relu

AN CT

C'est dans ce pavillon que 94 malades, arrivés à toutes les périodes de la maladie, reçoivent chaque jour les soins dévoués et intelligents de M. le D' Renau. I n'existe pas pour eux de régime spécial: le seul supplément qu'ils aient se réduit à 100 grammes de viande crue par jour. En revanche, ils bénéficient largement de l'aération assurée

continuellement dans les salles : et les allées du parc leur

‘permettent à eux aussi de respirer l'air pur, tout en ne

risquant pas de contagionner leurs semblables.

Le pavillon C est le seul qui soit réservé aux femmes. C'est dire qu'il laisse beaucoup à désirer puisqu'on est forcé d'y hospitaliser pêle-mêle toutes les tuberculeuses à quelque degré qu'elles soient arrivées. La seule condition se trouvant, en somme, réalisée par ce pavillon, c'est l'isolement.

Ce n'est pas suflisant et nous ne pouvons qu'applaudir la récente décision de la commission administrative des hôpitaux du Havre. Très prochainement, probablement au printemps prochain, on va commencer en effet à construire, au haut de la côte, un nouveau pavillon, qui sera la répétition du pavillon M, et sera appelé à rendre, pour les femmes, les mêmes services que ce dernier rend pour

les hommes.

Nous en aurons fini avec les hôpitaux du Havre, en

disant que lorsqu'on décida dans notre ville de faire l'iso-

lement des tuberculeux, on fit un recensement de tous les phtisiques qui se trouvaient répartis dans tous les services. C'est à la suite de ce recensement (fait à deux périodes de l’année: été et hiver) et après s'être rendu compte, & priori, du nombre de lits nécessaires, qu on décida d’affecter aux tuberculeux 3 pavillons de l'hôpital Pasteur.

Depuis ce temps, bien que la tuberculose soit toujours restée à un chiffre assez élevé, à peu près stationnaire cependant, les locaux de l'hôpital Pasteur sont devenus insuffisants.

On a été obligé d'ouvrir une autre salle à l'hospice général, la salle Brindeau où les tuberculeux trouvent également des soins inconnus d'eux Jusqu'à ce jour.

Nous nous sommes demandé la raison de cette obligation ? Et au risque de paraitre un peu trop... optimiste, nous avons pensé que le tuberculeux, au Havre, commençait à s apercevoir de l'intérêt qu'on lui portait à l'hôpital,

et qu'il s y présentait plus volontiers.

Hôpitaux parisiens.

À Paris l'isolement des tuberculeux dans les hôpitaux, à Lariboisière et à Boucicaut, est une conséquence des vœux émis et des réformes préconisées par la Commission spéciale la tuberculose, en 1896.

Les conclusions de la Commission portaient sur trois points :

1° Terminer Angicourt, qui donnerait 224 lits pour tuberculeux curables :

2° Former des quartiers de tuberculeux dans les hôpitaux de Paris :

3° Créer des services de réserves suburbains pour désencombrer les hôpitaux de Paris.

MM. Duguet, Hanot, Letulle et Nielly, chargés par la sous-commission de visiter les hôpitaux parisiens € pour en étudier l'adaptation partielle aux services de tuberculeux », éliminèrent d'abord Necker, Beaujon, la Charité, « dont l’âge vénérable ou le hautain mépris de toute règle d'hygiène s’affirmaient trop hautement (1) ».

Au contraire, Tenon, Laënnec, Lariboisière parurent pouvoir être expérimentés.

C'était, de ce chef, 642 lits trouvés, nombre bien insuffisant pour recueillir les 2000 phtisiques indigents qui se présentent journellement dans les hôpitaux de Paris.

C’est alors que Saint-Antoine, la Pitié, Cochin, Broussais, Bichat et Boucicaut furent choisis pour combler le déficit. On allait pouvoir créer, dans ces hôpitaux, 1 112 nouveaux lits qui, avec les 642 déjà trouvés et les 224 d’Angicourt, allaient résoudre le problème. Cette nouvelle création devait entraîner une dépense de 5 milhions et demi.

Deux ans après, en 1898, de tous ces beaux projets,

presque tous, étaient encore à l'étude et... le sont encore aujourd'hur.

A Laënnec, au moment où les ouvriers allaient se mettre au travail, le programme des modifications à

apporter est changé : un nouveau plan est élaboré et sou-

(x) Boureirze. Thèse, Paris, 1901.

mis à l'administration en mai 1898. Depuis on n'a plus entendu parler de rien !

« Rien n'a été fait, dit M. Boureille, parce que l'on ne croit pas en haut lieu à l'efficacité du traitement hospitalier urbain. Il est question simplement d'un service de 30 et quelques lits à installer à Saint-Antoine.

« Les désirs administratifs caressent surtout deux projets : l'édification d'un second sanatorium, la répétition d'Angicourt et d'un hôpital-refuge pour incurables à créer peut-être à Brevannes. »

En somme, à l'heure actuelle, en dehors d'Angicourt, qui a ouvert ses portes en 1900, et dont nous n'avons pas à nous occuper ici, Paris ne possède, pour hospitahser ses phtisiques, que Lariboisière et Boucicaut.

Nous allons voir quelle est l’organisation de ces deux services.

Mais, auparavant, nous ne pouvons nous dispenser de nous arrêter quelques instants sur les deux tentatives qui furent faites, à l'hôpital Tenon, dans les services respectifs de MM. les D Oulmont et Moisard, pour isoler les tuberculeux et leur assurer le traitement hygiéno-diététique, plusieurs années avant les travaux de la Commission spéciale de la tuberculose.

Hoprraz TEnoN (1889).

Se conformant aux règles données par le D' Detweiler et appliquées par lui à Falkenstein, le D' Oulmont essaya, en 1899, de traiter, dans son service de Tenon, quelques tuberculeux par l'aération continue.

I se servit, pour l'expérience, d'une « petite pièce farsant partie du service, située au sommet d’un des bâtiments (119 marches pour y arriver) et séparée des autres salles par un large pallier (1) ». Quatre fenêtres assuraient l'aération de cette pièce, qui avait encore l'avantage, étant située à l’encoignure du bâtiment, de n'avoir devant elle aucune autre maison et se trouvant par conséquent directement exposée à l'air.

€ D'après la disposition des fenêtres sur deux faces, il était facile d'aérer la pièce d’une facon continue et de la transformer en une sorte de hangar librement accessible à l'air; un paravent fut placé devant la porte pour éviter l’action directe des courants d’air sur les malades, lorsqu'on entrait ou sortait de la pièce. »

Le matin les fenêtres étaient largement ouvertes, quel que fût l’état de l'atmosphère. Le jour deux fenêtres étaient ouvertes ; la nuit, une l'hiver, deux pendant les mois de juillet et d'août. L'hiver un poêle chauffait la pièce.

Pendant les 8 ou 10 premuers Jours qui suivaient leur entrée, les malades restaient au Hit jusqu'à ce qu'ils fussent accoutumés au nouveau traitement.

Le régime alimentaire comprenait les 4 portions réglementaires des hôpitaux, avec un supplément: 100 grammes de viande crue grattée, 100 grammes de viande rôtie, 3 cuillerées à soupe de poudre de viande, prises dans le potage du matin, et enfin, de 80 à 100 grammes d'huile

de foie de morue, remplacée, pour les malades qui ne

(1) Donreau. Thèse, Paris, 1899.

pouvaient la supporter, par la même dose de glycérine, mélangée d'un peu d'alcool.

Comme boisson, la quantité de vin réglementaire au 4° degré, l'administration s'étant absolument refusée à ajouter du lait à ce régime.

Des frictions sèches, matin et soir, faites avec un linge un peu rude, par les malades eux-mêmes et entre eux ; des bains de propreté ordonnés de temps en temps pendant l'été ; enfin un exercice modéré, fourni par cet escalier de 119 marches et que les malades étaient obligés de descendre pour aller au jardin: tout cela complétait le traitement auquel le D’ Oulmont soumettait ses tuberculeux.

Les mesures antiseptiques réglementaires étaient prises el les crachoirs, contenant une solution antiseptique, vidés chaque matin et nettoyés à l'eau bouillante.

Les résultats furent bons. Chezles 1/4 malades, dont le D' Dodieau relate les observations dans sa thèse, l'augmentation de poids varia de 2 à 8 livres : la toux et les crachats diminuèrent et, s'il n'y eut pas de guérison, il y

eut en revanche des améliorations notables.

Hoprraz Texox (1890).

En juin 1890, M. le D' Morzard inaugurait ce même traitement dans son service de l'hôpital Tenon.

« Une chambre voisine de la salle commune, très élevée de plafond et munie de fenêtres sur chacune de ses faces, semblait tout indiquée pour l'expérience, qui n'a du reste

porté que sur des hommes (re

(1) Cuesnay. Thèse, Paris, 1891, p. 42.

re

L'appartement contenait 4 lits. C'est R que pendant l'été et l'hiver les malades furent soumis à la cure d'air, avec les fenêtres ouvertes jour et nuit.

La température de la chambre, la nuit, a varié entre 8 et 17°. À la fin de novembre, elle s’abaissa à 5° à 6 heures du matin. À partir de ce moment un feu constant fut maintenu dans la cheminée de la pièce.

Comme alimentation : les 4 portions réglementaires, avec, en supplément : 200 grammes de viande rôtie, plus 200 à 300 grammes de poudre de viande et huile de foie de morue à la dose de 3 à 4 cueillerées à soupe par jour. Peu de traitement pharmaceutique.

Le D' Chesnay rapporte dans sa thèse 7 observations de malades traités de cette facon.

Chez tous une amélioration sérieuse en a été la conséquence : diminulion de la toux et de l’expectoration, réveil de l'appétit, augmentation de poids, qui, chez un des malades, a été de 19 livres après un traitement de 4

mois !

LariBoisiÈère (1897).

Le 25 décembre 1897, on inaugura, à Lariboisière, quatre salles pour l'isolement des tuberculeux, deux pour les hommes et deux pour les femmes. Haute de 5",21, longue de 38 mètres et large de 8",19, chaque salle renferme, ou plutôt ne devait renfermer que 36 lits, chaque malade ayant par conséquent un cube d'air de 45 mètres cubes. Au fond de la salle les deux dermiers hits de

chaque côté sont enfermés dans des boxes, destinés à isoler

plus particulièrement les tuberculeux les plus gravement atteints.

Les fenêtres s'ouvrent à deux hauteurs et sont protévées à l'extérieur par un store.

On les ouvre toutes grandes pendant le jour; la nuit, les vasistas seuls sont ouverts. Deux lits se trouvent placés entre chaque fenêtre.

En dehors des fenêtres, l’aération est encore assurée de la façon suivante : (par un système de tuyaux l'air est emprunté à une espèce de cheminée placée au faite du pavillon et en son milieu et de là conduit aux poêles, puis il s'échappe, une fois vicié, par les ouvertures ménagées au bas des trumeaux et par les fenêtres (1). »

Le chauffage est assuré par des calorifères à vapeur d'eau.

Les murs des salles sont couverts d’un vernis, devant faciliter le nettoyage. Le plancher est mastiqué dans ses rainures et parafliné.

L'éclarage se fait à l'électricité. Les lits en fer, avec sommier métallique et démontable, sont également facilement désinfectés. Les tables de nuit sont en verre, à supports métalliques.

IL existe deux modèles de crachoirs. Chaque malade en a un, près de lui, sur sa table de nuit. D'autres, plus grauds, sont placés dans les escaliers, les corridors et tous les passages. Ils contiennent tous une solution désinfectante soit de sublimé, soit d'acide phénique. Chaque jour

tous les crachoirs sont reçus dans des paniers métalliques

(1) Gaarrer pu Rieu, Thèse, Paris, 1899, p. 13.

et portés à l’autoclave, où pendant 20 minutes ils restent soumis à l'action de la vapeur, à une température de 115, après quoi, 1ls sont débarrassés de leur contenu et lavés à l'eau bouillante. Les grands crachoirs sont portés à l’étuve Geneste-Herscher, tous les jours.

Chaque malade arrivant dans le service à ses vêtements enlevés et passés à l'étuve. En échange on lui remet une chemise, un bonnet, un pantalon (ou jupe et jupon), camisole, bas et chaussures, capote, tous objets qui sont aseplisés. On lui donne également des mouchoirs et des servieltes appartenant à l'hôpital.

Le balayage à sec est rigoureusement proscrit et remplacé par le passage du Hinge humide.

Un employé sanitaire est attaché à chaque service pour s'occuper de la désinfection. Chaque fois qu'on entre dans la salle, on doit revêtir une blouse et la retirer en sortant.

RécIme ALIMENTAIRE. — Le pain est à discrétion. Le vin, la bière et le lait sont au choix.

Aux hommes il est accordé 48 centilitres de vin, 36 aux femmes.

Un litre de bière, un btre et dem de lait.

A midi: potage gras el 100 grammes de viande hachée : un plat de viande, un de légume.

Le soir : bouillon gras ou soupe : un plat de viande et un de légume.

Le matin à 8 heures, une soupe maigre. Les divers plats de viande ou de légume sont en double, ce qui permet au’malade de choisir un peu.

Les aliments sont préparés à la cuisine commune de

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