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POINT DE PRIVILEGES — CHOIX MALHEUREUX

Nous avions terminé notre travail, quand nous nous voyons tout-à-coup en face de déclarations toutes récentes et plus despotiques que jamais. Nous le regrettons d'autant plus que nous aurions été plus heureux d'enregistrer, dans ce dernier chapitre, la moindre marque de bonne volonté.

Puisque cette légitime satisfaction nous est refusée, continuons à faire connaître la vérité, quelque dure et pénible qu'elle soit.

21 Septembre 1895,

L'assemblée législative des territoires du Nord-Ouest est en pleine session et poursuit activement les travaux commencés depuis la fin du mois dernier.

Arrivé depuis quelques jours à Régina, l'occasion me semble des plus favorables pour demander encore une fois à nos législateurs que justice nous soit rendue.

Monsieur F. Oliver, Président du Comité des Ecoles, m'accorde gracieusement, ainsi qu'à monsieur A. E. Forget, la permission d'exposer de nouveau devant le comité, nos vues, nos désirs et nos justes griefs.

Nous n'avons point l'intention d'entrer cette fois-ci dans une discussion longue et détaillée ; nous savons trop bien que nous ne réussirions pas mieux que l'année précédente; mais nous tenons à déclarer publiquement que l'Ordonnance et les Règlements du Conseil de l'Instruction Publique qui nous régissent, n'ont jamais eu et n'auront jamais l'assentiment de la minorité catholique, tant qu'ils n'auront pas été substantiellement amendés.

Notre première démarche au comité est donc une protestation bien claire, faite au nom des catholiques du Nord-Ouest contre la triste réponse donnée à nos requêtes par la Législature et le Conseil de l'Instruction, l'année précédente, Nous déclarons que nous ne cesserons de venir tous les ans réclamer et protester jusqu'à ce que nous ayons obtenu la légitime satisfaction à laquelle nous avons droit.

Plusieurs sujets sont ensuite traités plus en détail. Nous n'en mentionnerons que trois qui méritent une attention spéciale, et sur lesquels Monsieur Haultain, chef de l'Exécutif et Président du Conseil de l'Instruction Publique, a donné les réponses les plu? catégoriques et les plus absolues.

1. Comment se fait-il que Monsieur Goggin, soi-disant agissant au nom du Conseil de l'Instruction Publique, ait refusé a certaines de nos sœurs enseignantes, l'autorisation de prendre part à la session d'école normale, donnée spécialement et uniquement pour les dames, à Calgary? Il a tout fait pour que les religieuses ellesmêmes n'en fussent pas exemptes sous aucun prétexte que ce soit. Sur leur refus absolu et définitif de quitter leur couvent, une session spéciale aura lieu dans leur propre maison. Mais au dernier moment, Monsieur le Surintendant refuse l'admission à toutes les sœurs qui n'ont pas un certificat non-professionnel de Régina.

" C'est-là. disons-nous, une nouvelle preuve de la guerre hypocrite faite à nos couvents."

" Pas le moins du monde, répond Monsieur Haultain, qui prend hautement la défense de cette prohibition tyannique. Vous mettez la charrue devant les bœufs. Avant de passer par un cours normal, il est de toute nécessité que les candidats aient fait preuve de posséder déjà les connaissances requises pour suivre ce cours avec chance de succès. Or, un certificat professionnel émis par notre Conseil de l'Instruction, après examen prescrit passé avec succès, ou bien, émis par le même Conseil en échange d'un certificat venant d'une autre province, est pour nous la seule preuve authentique que les candidats à l'école normale ont les connaissances préalables absolument requises. Lorsque ces conditions ne sont pas remplies par les Sœurs, nous ne pouvons, pas plus pour elles que pour les autres, admettre la moindre exception. Nous n'admettons de privilège pour aucune classe d'individus, pas plus pour les Religieuses que pour les personnes du monde."

" C'est fort bien, Monsieur Haultain, mais après tout il ne s'agit point ici des Sœurs en tant que membres d'une communauté religieuse ; il s'agit, remarquez-le bien, d'un corps enseignant. Or, est-ce que tous les membres qui le composent, s'occupant exclusivement et pendant toute leur vie, de la grande affaire de l'éducation, n'ont pas droit à quelque considération ? Soumis dans leurs comtnunautéa a de nombreux et sérieux examens, ne donnent-ils pas dos garanties spéciales de capacité? N'acquièrent- ils pas une connaissance <!<• plus en plus parfaite de l'art pédagogique, par l'étude, la pratique et l'expérience de leur vie tout entière? Ne sont-ils pas, après tout, par vocation et par état, de véritables spécialistes en matière d'éducation ? "

u Lorsqu'il s'agit des sœurs, faites donc abstraction de leur qua-

lité de religieuses ; considérez-les comme des institutrices laïques, et dites-moi si, avec toutes les garanties qu'elles apportent par ailleurs, elles n'ont pas un droit bien plus strict à des certificats professionnels que ceux qui les obtiennent simplement par l'examen exigé du Conseil de l'Education? Et néanmoins Monsieur Goggin ne leur offre même pas un misérable certificat provisoire, pour leur ouvrir la porte de la session normale."

" Pas de privilège, reprend Monsieur Hautain. — Est-ce donc un privilège dont il est ici question ?

, Evidemment non, c'est une Equivalence, que nous réclamons, pas autre chose. Les privilèges, si privilège il y a, sont bien plutôt du côté des instituteurs laïques, car pour eux du moins, les examens et la formation normale qui leur sont imposés ne durent pas toute leur vie."

2. Nous attirons ensuite l'attention du Comité sur une question d'échange de certificats en faveur d'institutrices laïques. Nous affirmons que des licences provisoires seulement ont été accordées par le Surintendant de l'Instruction Publique, là où des certificats permanents, de même degré et de même valeur, auraient dû être donnés, en vertus des Règlements alors en vigueur. Nous donnons pour exemples les diplômes des deux demoiselles Zenaïde Marcoux et Camille Cusson, déjà longuement mentionnés au chapitre III.

Monsieur Haultain prend de nouveau la défense de son, administration scolaire. Les Règlements du Conseil de l'Instruction Publique en mains, il prouve d'une manière évidente que Mlle Marcoux et sa compagne n'ont pas droit au certificat professionnel de première classe et permanent qu'elles réclament.

Son argumentation serait certainement sans réplique, si les Règlements sur lesquels il la base étaient ceux alors en force à l'époque de la demande des dites demoiselles. Mais il n'en est point ainsi. Monsieur Haultain s'appuie sur les Règlements de juillet 1894 à juillet 1895, et nous, sur ceux de 1893. Or ces derniers disaient en toutes lettres que " toute personne en possession d'un certificat émis depuis le premier janvier 1886, dans l'Ontario ou le Manitoba, pouvait recevoir un certificat de même degré et de même valeur à Regina."

Nous avons beau faire ressortir cette circonstance décisive de date et de temps, le Président du Conseil ne veut rien concéder.

Devant ce déni de justice, notre dévoué Monsieur Forget ne peut retenir un mouvement de légitime indignation.

En vérité, dit-il, vous avez deux poids et deux mesures. Vous ne traitez point nos instituteurs catholiques avec la même libéralité que les vôtres. Des centaines de certificats, exactement semblables à ceux dont nous parlons, émis dans le même temps au Manitoba,

par la section protestante, ont été échangés ici pour des certificats de même degré et de même valeur. Je le sais positivement.

Vous niez qu'il y en ait des centaines de ce genre ?

Et bien, n'y en aurait-il qu'un seul, cela suffirait encore pour prouver ce que j'avance. Puisque vous récusez ce nombre, je ne dirai plus qu'il y en a cent ou qu'il y en a mille, mais j'affirme que tous, oui tous les certificats de ce genre, émis à cette époque par la section protestante du Manitoba, et présentés ici au Conseil de l'Instruction à Regina, jusqu'en juillet 1894, ont été échangés au dit Conseil, pour des diplômes de même degré et de même valeur et permanents. Si vou3 ne me croyez pas, envoyez chercher les registres au département de l'Education.

Je m'en tiens aux explications que j'ai données, dit Monsieur Haultain. Nous continuerons les licences temporaires et n'accorderons de certificats permanents que sur la recommandation de nos inspecteurs. Il est donc inutile d'insister et de discuter plus longtemps.

3. Encore un mot cependant, et nous avons fini cette pénible entrevue. Le Conseil de l'Instruction publique a passé tout dernièrement une résolution qui nous a frappé au cœur. Il s'agissait d'autoriser une nouvelle série de livres de lecture supplémentaires, avec pleine faculté laissée aux écoles de s'en servir ou de les récuser complètement. Il y avait donc là, ce semble, pleine et entière liberté. Nous demandâmes si, nous, catholiques, nous pourrions alors nous servir, à titre de livres supplémentaires, des livres catholiques en usage parmi nous avant 1892. On nous a répondu par un indigne refus.

Nous l'avons vivement senti ce refus et nous ne pourrons jamais l'oublier. Il prouve trop évidemment la persécution à laquelle nous sommes en butte.

Mr Haultain. — L'autorisation requise n'a point été accordée, parce que la série de livres de lecture demandée par les Catholiques, ne répond point à l'enseignement des sujets que nous avons en vue. Ces livres sont plutôt destinés à un enseignement religieux qu'à toute autre chose ; voilà pourquoi nous n'avons pas cru devoir les autoriser.

Un catholique. — Est-ce donc ainsi que vous entendez la liberté de conscience ?

Mr Oliver (Président du Comité). — Voulez-vous dire par là, Monsieur Haultain, que vous vous opposez aux livres en question uniquement parce qu'ils traitent de religion ?

Mr Haultain. — Non, pus précisément, je dis seulement qu'ils ne donnent pas les connaissances que nous voulons voir enseignées ,'iux enfants.

Mr Olivier. — Tenez-vous donc absolument à ce que cette série suplémentaire et libre, soit uniforme pour toutes les écoles ?

Mr Haultain. — Je ne vais pas jusque-là ; je ne m'opposerais pas à une série différente, qui enseignerait à peu près les mêmes matières ; mais le choix des Catholiques est un Choix malheureux !

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