MONSIEUR
Nous avons dernièrement reçu copie du rapport de l'inspection
faite À l’école catholique de St. Albert par Messieurs Goggin et C'alder,
Après l’avoir sérieusement étudié et annoté, nous demandons qu’il nous soit permis de protester hautement contre un rapport si gros de fanatisme et d'injustice. Il dénonce les méthodes d’enseignement si bien connues et si grandement satisfaisantes des sœurs de charité en charge de cette école, et insulte tout à la fois au progrès et à l'intelligence des élèves.
Parce que nous savons parfaitement bien que nos Religieuses institutrices sont au-dessus de tout reproche et que leur influence sur les enfants, aussi bien que leur exemple, méritent la parfaite estime de tout hom me intelligent ; parce que nous connaissons les résultats de leur enseignement qui nous donne le plus haut degré de satisfaction, à nous, les plus directement intéressés ; nous pensons qu'il est de notre devoir de vous dire que notre école et ses institutrices ne peuvent recevoir aucun préjudice d’une inspection semblable à celle qui vient d’avoir lieu: inspection dont le but hostile et méchant a été d’exagérer les moindres fautes des petits commençants et de passer sous silence le mérite des élèves des classes plus avancées.
Nous taxons cette inspection d’hostilité et de méchanceté.
D'hostilité, parce que Messieurs Goggin et Calder sont connus pour leur antipathie à un principe qui nous est extrêmement cher ; nous voulons dire le principe des écoles catholiques séparées.
De méchanceté, parce que l'inspection s’est faite secrètement et sans contrôle. Nul commissaire, parent, ou membre du clergé n'était présent ; aucun n'avait été invité. Nous n'avions aucune connaissance officielle de l’arrivée des Inspecteurs. Quoique, pendant les jours de leur inspection, ils aient passé et repassé maintes fois à la porte de Messieurs McKenny et Brousseau, tous deux commissaires de l’école, ils ne leur ont pas adressé la parole. Nous trouvons cette manière d’agir de leur part, d'autant plus singulière, que le clergé, les commiseaires, les parents et autres parties intéressées, avaient toujours été représentés auparavant, tant aux examens, qu'aux inspections scolaires.
Plusieurs des énoncés contenus dans le rapport nous paraissent frivoles et puérils. Aïnsi, par exemple, il y est dit que les enfants du troisième livre ne connaissaient pas la différence qui existe entre ‘ Mettez l’allumette dans la boîte ” et ‘ Mettez la boîte sous l’allumette ” ; aussi, qu'ils ne savaient pas combien de fois 4 est contenu dans 6, ou combien de fois 6 est contenu dans 7.
Si les enfants n’ont pas répondu correctement à de semblables questions, cela ne prouve qu’une chose, c’est que ces questions ont été posées d’une manière impropre et inintelligible.
La langue maternelle de la majorité des enfants est le français ou le Cri. Dès lors ne voit-on pas que Messieurs Goggin et Calder n'étaient pas aptes à faire une inspection juste et impartiale des enfants de notre écule ?
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Une toute petite fille fut interrogée sur le nombre de pattes d’une araignée. Comme de raison l'enfant ne le savait pas et n’était pas supposée devoir le savoir. Son père lui-même, président du Bureau des Commissaires, avoue l’ignorer. Cette question était évidemment hors de propos ; l’enfant n’était encore qu’au commencement du deuxième livre de lecture et de plus, l’Inspecteur ne mentionnait nullement l’espèce d’araignée dont il voulait parler.
Du moment que le français est la langue de la majorité des enfants, tout homuie raisonnable comprendra les difficultés pour les Institutrices de faire faire à leurs élèves les mêmes progrès dans la connaissance de l’anglais, que si cette dernière langue était celle de toute la classe. Cette diversité de langage et cette différence de à races doivent naturellement entraver la marche.
{ Au lieu de donner à l’école le bénéfice de cette circonstance importante l’inspecteur critique et condamne sans distinction ni exception.
Quoi qu’il en soit, nonobstant les difficultés dont nous venons de parler, nous sommes convaincus que les enfants font des progrès très satisfaisants en anglais et que, division pour division, classe pour classe, ils peuvent favorablement soutenir la comparaison avec les élèves de n'importe quelle autre école des Territoires.
Nous vous ferons observer que l’enseignement ne saurait se donner ici avec avantage, sans se servir du français et l’enseignement de cette langue est bien au dessous de ce que nous serions en droit d’exiger même pour un cours élémentaire. (nonobstant l’opposition de l'inspecteur à l'enseignement du français.)
En mai 1893, Monsieur Hewgill inspectait l’école et écrivait ensuite dans le livre des visiteurs :
‘* Aujourd’hui 30 mai, j'ai fait l'inspection, et, (ce qui m'arrive rarement d'inscrire dans cette sorte de livre) je dois dire que cette école occupe une excellente position. Le travail qui s’y fait est d’un aractère si difficile et si varié. qu'il défie toute comparaison. J'ai la plus haute idée de l’œuvre si bien conduite par les Sœurs.”
(Signé) J. HewGILL, Inspecteur.
On le voit, ce Monsieur com prenait parfaitement les difficultés et savait en tenir compte.
Quant au rapport de Monsieur C'alder, nous protestons de nouveau et lui donnons un formel démenti. Nous affirmons en même temps que la Révérende Sœur Dillon, en charge de l’école et ses assistantes, les Révérendes Sœurs Truteau et Tiffault, sont des mieux qualifiées pour l’enseignement tant en anglais qu'en Fran- Acais, dans les Territoires.
De plus nous déclarons soutenir le principe des écoles séparées
et nous le soutiendrons toujours, espérant bien que nos. écoles du Nord-Ouest seront bientôt affranchies d’un état de choses si injurieux à tout esprit bien pensant.
(Signé) H. W. McKENNEY. Président.
E. BRoussEAU, Comimnissaire.
M. MERER, Commissaire.
A cette noble et vigoureuse protestation de nos commissaires, qu’il me soit permis d’ajouter que les inspecteurs ont fait semblant 4 lé d'ignorer complètement l’enseignement du français. Les enfants l n'ont pas été examinés sur ce sujet et toutes les questions qui leur M ont été faites, l'ont été en langue anglaise, même aux enfants d’ori- À gine et de langue différente, qui n’ont pas encore eu le temps d'apprendre suffisamment l'anglais pour saisir le sens ou la portée k de ces questions.
En écrivant ces lignes, je lis dans le Courrier du Canada à la N date du 25 août 1895, un long article sur ‘les Ecoles Catholiques d'Ottawa.” Qu'il me soit permis de le reproduire en grande partie # et en l’appliquant au Nord-Ouest ; il est d’une actualité et d’un à-# propos étonnant dans la question qui nous occupe actuellement: MS
‘* Les Inspecteurs chargés de s’enquérir du système d’enseigne- M ment dans les écoles catholiques de $St-Albert, ont fait leur rapport. Ils insinuent clairement que l’enseignement des Sœurs n’est pas M efficace.” |
“ Messieurs Goggin et Calder ne sont pas forts en français ; les # élèves qu’ils ont examinés leur sont supérieurs à cet égard. Ils ont 4 interrogé en anglais de vive voix et par écrit des enfants de 8 à 10 ans ; ces enfants parlent mieux l'anglais que ces messieurs ne! parlent le français. Messieurs les inspecteurs sont-ils capables & d'écrire en français, comme ces bambins ont écrit en anglais ? ”
‘ Sil y a ici matière à s'étonner, à se scandaliser, où est-elle ? # du côté des enfants ou du côté des inspecteurs ? Et l’aristocratie À intellectuelle du Nord-Ouest est-elle ici en position de s’applaudir M elle-même de sa science, de ses progrès en instruction et en éduca- à tion, elle qui se trouve prise en flagrant délit d'ignorer une des f deux langues officielles du pays ? ” Ê
‘ Les jeunes métis et canadiens-français de St-Albert savent Ë plus l'anglais que leurs doctes inspecteurs ne savent le français. Et # pourtant ces chers enfants ont à apprendre cette langue française, À officielle, vivante, littéraire, diplomatique, que leurs savants conci- #
.toyens n’osent pas même aborder, tant ils la trouvent difficile àf parler et à écrire.” Ë ‘ N'est-ce pas plus que suffisant pour expliquer comment des!
e nos écoles du Menfants, dont la très grande majorité est entre 5 et 10 ans. n’ont pu
oses siinjurieux répondre en anglais que d’une manière défectueuse, soit de vive roix, soit par écrit ! ”
‘ Le rapport constate que lies jeunes enfants canadiens des écoles
nt été examinés par des professeurs anglais ne sachant que leur
Président. Ælangue; qu'ils ont été interrogés sur l’arithmétique, la géographie nnissaire. M'histoire, la grammaire, l’épellation, la lecture.”
ssaire. #4 ‘Et si les professeurs des écoles publiques du Nord-Ouest étaient interrogés en français, sur les mêmes matières, par des examinateurs 3 commissaires, | iparisiens ne sachant que le français, les réponses soit orales. soit nt fait semblant écrites, vaudraient-elles mieux que celles qu'ont données les enfants is. Les enfants Met que le rapport apprécie ? ” estions qui leur M ‘Même les professeurs angiais ne sont pas en état d’apprendre x enfants d’ori- Mes deux langues ; alors y a-t-il du bon sens à ce quedes enfants aure eu le temps Mdessous de 10 ans sachent les deux langues et soient en même ens ou la portée Mitemps mathématiciens, géographes, historiens ? ”
4 ‘* À quoi tend cette rigueur à tout faire apprendre en anglais, du Canada à la à lans un âge si tendre? Est-ce à la proscription de la langue franles Catholiques $ ‘aise, parce que, par le fait, les professeurs anglaient s'avouent euxn grande partie Mnêèmes impuissants à apprendre les deux langues ? ”
ualité et d’un à- } L'examen a été fait et conduit suivant une méthode nouvelle. ictuellement: "#Æ Ce n’est pas celle des sœurs à laquelle les enfants étaient accou-
ème d’enseigne- à tumés. Ainsi ces petits élèves ont été déroutés, non seulement par ait leur rapport. 3 le langage, mais en méme temps par une méthode étrangère pour Sœurs n'est pas MIEUX Avec de tels procédés on eût pu embarrasser des étudiants de 112, 20 et 25 ans.” bn français ; les À On dirait vraiment qu'un mot d'ordre est parti de Regina et que t égard. Ils ont Mes Inspecteurs Messieurs Goggin et Colder étaient décidés d'avance fants de 8 à 10 M faire les rapports les plus défavorables des institutions catholiques s messieurs ne Men cette année 1894.
nt-ils capables É | Jusque-là nos écoles, nos couvents surtout à St Albert, Calgary, à anglais ? ” MEdmonton, etc. avaient été favorisés des meilleurs rapports. ar, où est-elle ? MUhaque année, les notes des Inspecteurs étaient on ne peut plus it l'aristocratie l atisfaisants, excellents même. Selon eux, les écoles faisaient des de s'applaudir : progrès surprenants; mais voilà quetout d’un coup, sans aucune n et en éduca- Maison apparente, dans le même temps, dans la même année, sous norer une des mes mêmes instituteurs ou institutrices, toutes ces écoles tombent Mans un degré d’infériorité étonnante, sans que les parents, sans que les commissaires, sans que le clergé catholique, si intéressés à eur honneur, aient pu le moins du monde s’en apercevoir. Clergé, arents, commissaires ont été subitement aveuglés ; ils ont continué i voir du progrès là où il n’y avait que décadence ! Est-ce possible? Evidemment non. Aussi en étudiant les raports d'inspection à St-Albert pour l’année 1894 il sera facile de roir quel était le but de l'inspecteur, inspiré sans doute par Île
-Albert savent A le français. Et # ngue française, M savants conci- f ent difficile à À
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Surintendant : Affirmer à tout prix que nos sœurs enseignantes
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avaient besoin de passer parle cours d’école normale de Regina, |
sans quoi elles ne feraient rien qui vaille! et aussi travailler à l'abolition radicale du français qu’il n’a mentionné que pour en blâmer l’enseignement même à un degré purement élémentaire.