ENQUETE SCOLAIRE
ST-ALBERT, AzBERTA, 13 Décembre 1895.
Jeudi dernier l'inspecteur M. Calder, accompagné d’un certain M. Müller, fit son apparition à l’école de St-Albert à 11 hrs 30 du matin, afin de faire une enquête sur l’examen écrit en juin dernier,
En commençant l'inspecteur dit à la Rév’de Sœur Principale de l'école qu’il désirait donner quelque travail aux enfants et de suite il écrivit à cet effet un problème d’arithmétique au tableau.
J'’arrivai à la classe quelques minutes plus tard, en compagnie de M. H. McKenney, président du Bureau des Commissaires et du Rév'd Père M. Merer, Commissaire et nous primes des sièges sur la plateforme.
L'inspecteur nous remit alors deux lettres officielles expliquant l'objet de l'enquête. La première statuait qu’il devait convoquer les Commissaires et la Directrice de l’école et ne leur faire connaître le but de sa visite que lorsqu'ils seraient réunis. La seconde contenait ce qui suit :
REGINA, Juillet 27, 1895, AU DÉPARTEMENT DE L'ÉDUCATION.
Territoire du Nord-Ouest.
MESSIEURS, Votre comité au sujet des suspects expose :
(Au sujet de St- Albert),
Nous avons examiné trois sujets d'examen de l’école de S$t- Albert, savoir: la littérature, la géographie et l’arithmétique. Les papiers écrits sur ces trois sujets ont été mis de côté comme suspects par trois différents groupes d’examinateurs, chaque groupe ignorant ce qu’avaient fait les autres groupes. Nous avons observé une ressemblance marquée dans les réponses à certaines questions, et dans nombre de cas, des réponses identiques.
En arithmétique, la marche suivie était presque entièrement la même chez tous, Dans quelques cas nous avons observé que des candidats ont obtenu une réponse correcte quoiqu'ils se soient trompés dans quelques chiffres. Deux ou trois ont fait ce travail d’arithmétique d’une façon parfaitement semblable.
Dans la géographie, l’ordre dans lequel sont donnés les noms des produits des différents pays suffit pour éveiller des soupçons. Les expressions et la phraséologie ne sont pas celles dont on se sert ordinairement.
Notre opinion est que les élèves ont été aidés pendant l'examen soit par leurs condisciples soit pur d’autres personnes du dehors. Nous avons l'honneur d’être, Messieurs,
Vos humbles serviteurs
LE CoMITÉ DES EXAMINATEURS SUR LES SUSPECTS.
L'inspecteur distribua alors du papier aux enfants et leur dit de résoudre le problème écrit par lui sur le tableau. T1 fit ensuite l'appel nominal; chacun répondit à son nom; mais Mr Colder, parut douter que le nom auquel chaque enfant répondait fût bien réellement le sien.
T1 demanda alors à la sœur principale de l’école comment étaient disposés les sièges des élèves le jour de l'examen. A cela elle répondit que ce jour-là les sièges étaient certainement plus éloignés les uns des autres qu'aujourd'hui.
Monsieur Calder, se fit alors montrer par les enfants, les places qu'ils occupaient respectivement le jour de l'examen et prit un diagramme en conséquence, inscrivant dessus le nom des enfants à leur place respective,
Cette opération terminée, il reçut des enfants les papiers sur lesquels ils venaient de faire leur problème qui fut reconnu correct par les personnes présentes.
I] était alors midi et quelques minutes, l’enquête fut ajournée jusqu’à 1 h. 30 de l’après-midi.
À 1 h. 30, l’Inspecteur et Mr Müller entrèrent de nouveau dans la salle de classe ; les élèves étaient à leur place prêts à travailler et ils commencèrent de suite à résoudre un autre problème que leur donna Mr Calder.
T1 appela alors près de lui Mlle Monti et lui demanda si elle avait écrit pour l’examen du mois de juin dernier et sur la réponse affirmative, il s’enquit d'elle si elle comprenait bien ce que c’est qu'une affirmation solennelle. 11 la lui expliqua et alors commença le dialogue suivant :
Insp.: Vous allez faire maintenant une déclaration solennelle
et dir mois Elle « faire scolai exam autoris cation Je traitée ré-exa d'avoi comm Si répond faute si l'école sembla De Apr expliqu je consd auparav protesta eu pour sionel e de l’aut:
Mon Insp M.N Insp M.M Insp Sœur Di M.M Insp.
M. M Insp.
M.M Insp.
M.M Insp.
loppe ?
rement la ; que des se soient ce travail
les noms soupçons.
on se sert
l'examen dehors.
USPECTS,
t leur dit fit ensuite [r Colder, t fût bien
ent étaient le réponloignés les
les places * prit un enfants à
ipiers sur u correct
ajournée
eau dans travailler que leur
da si elle a réponse que c’est ors com-
olennelle
ne
et dire exactement ce qui s’est dit et passé pendant l'examen du mois de juin.
Ici la Révde Sœur Principale crut devoir soulever une objection. Elle dit qu’elle considérait comme injuste d'obliger une enfant à faire une déclaration équivalant à un serment ; l'ordonnance scolaire ne mentionne rien de semblable pour les candidats aux examens. L’inspecteur soutint que l’ordonnance ou les règlements autorisaient semblable enquête quand le département de l'éducation le jugeait expédient.
Je ne puis tolérer, dit la Révde Sœur, que mes élèves soient traitées de la sorte; mais vous êtes parfaitement libre de les ré-examiner sur les matières pour lesquelles vous les soupçonnez d'avoir copié et de prendre le résultat de ce nouvel examen comme preuve de leur capacité.
Si vous vous y opposez formellement, je n'irai pas plus loin, répondit Mr Calder; mais j'ai des ordres précis et ce n’est pas ma faute si je les exécute. C'est alors que je rentrais moi-même dans l'école et que la Révde Sœur Dillon me demanda si je tolérais une semblable conduite de la part de l'inspecteur.
De quoi s'agit-il donc? répondis-je.
Après avoir reçu les informations voulues, après qu'on m'eût expliqué ce que voulait l'employé du département de l'Education
je conseillai de laisser agir l’Inspecteur qui m’assura pourtant
auparavant que semblable enquête avait été faite dans deux écoles protestantes, l'une à Maple Creek l’autre à Prince Albert et avait eu pour résultat de priver un instituteur de son certificat professionel et de réduire à une année seulement le certificat permanent de l’autre.
Monsieur Calder continua donc son enquête de la façon suivante.
Insp.—Quelle institutrice était dans la salle pendant l'examen ?
M. M.—S$Sœur Dillon.
Insp.—Y avait-il d'autre institutrice dans la salle ?
M. M.—Non, Monsieur.
Insp.—Avez-vous vu les papiers d'examen entre les mains de Sœur Dillon ?
M. M.—Oui.
Insp.—L'enveloppe était-elle cachetée ?
M. M.—Oui.
Insp.—Avez-vous vu les enveloppes ?
M. M.—-Oui.
Insp.—Avez-vous remarqué si elles étaient cachetées ou non ?
M. M.—Elles étaient cachetées.
Insp.—Avez-vous vu Sœur Dillon décacheter la grande enve. loppe ?
M. M.—Oui, elle le fit au moment de l’examen.
mn TE ms
Insp.—Où étiez-vous placée pendant l’exarnen ?
M. M.—<$ur la plateforme.
Insp.—Y avait-il quelque chose d’écrit au tableau capable de vous aider pendant l’examen ?
M. M.—Non, Monsieur. ‘Ici la Sœur Dillon ajouta qu’il n’y avait nas même de tableau ce jour-là dans la classe.”
Insp.—Y avait-il quelque candidat près de vous ?
M. M.—Oui, Léo Brown.
Insp.—A quelle distance de vous était Léo Brown ?
M. M.-—A environ 4 pieds.
Insp.—Avez-vous vuses papiers ou a-t-il vu les vôtres ?
M. M.—Non.
Insp. - Avez-vous jamais transposé ‘ Les Prairies ” ?
M. M.—Oui.
Insp.—Combien de temps avant l'examen ?
M. M.—Environ une semaine.
(Tei Sœur Dillon expliqua que le susdit poème ‘The Prairies ” était un des sujets prescrits pour la littérature et que recommandation était faite de l’étudier.)
Insp.—Vous n'êtes pas sûre du temps exact; supposons que vous disiez : quelque temps avant l'examen.
(Je m’opposais à ce changement et je dis que si c'était une semaine avant l’examen, ce serait une semaine: moins, si c'était moins: pius, si c'était plus. Et Mlle Monti, après quelques instants de réflexion répondit: au meilleur de ma connaissance c'était deux semaines auparavant.)
Insp.—Où sont les brouillons dont vous vous êtes servie ?
M. M.—-Je n’en ai pas eu.
Insp.—Sur quoi avez-vous écrit ?
M. M.--Sur mon ardoise.
Insp.—Avez-vous consulté quelque livre pendant l'examen ?
M. M.—Non.
Insp.—Sœur Dillon a-t-elle parié privément à quelqu'un des candidate pendant l’examen ?
M. M.—Non.
Mile Monti signa alors l’affidavit où M. Müller avait écrit ses réponses.
Vint alors le tour de Miss Gairdner qui dut aussi faire sa décla ration solennelle.
Insp.—Reconnaîtriez-vous votre écriture si je. la produisais devant vous ?
M. M.--Oui.
Insp. — Allez à votre place.
L'Inspecteur pritalors deux papiers d'examen l’un écrit par Mile Gairdner et l’autre par Mlle Lake. Il cacha soigneusement la forme
des laqt indi sign
etn blan fois lui d tout tants encoi juin.
M elle e Gaird A une ce celle t afin d qu’un possib Grairdi tra du Ins M. (Or Ins la salle M.
Ins M.
Ius siège Li M.
ns M.
Ins M.
Ins M.
Ins
ipable de
. qu'il n’y
Prairies ” ‘ecommAan-
)0S0n$ que
m'était une
, si c'était
elques insince c'était
vie ?
amen. ?
u’un des
it écrit ses sa décla
produisais
par Mile la forme
des deux papiers ainsi que les signatures et rappela Mile Gairdner à laquelle, il demanda lequel des deux était à elle? Mlle Gairdner indiqua du doigt celui qu’elle disait être le sien. On découvrit les signatures et Mlle Gairdner avait raison.
De nouveau l’Inspecteur la renvoya à sa place et pendant qu’elle s’y rendait il mit de côté le papier qu’elle avait déclaré être le sien et ne garda que celui de Mlle Lake. Couvrant alors avec des feuilles blanches lehaut de la page et la signature, il rappela une deuxième fois Mile Gairdner et lui montrant quelques lignes seulement il lui dit: Vous avez déclaré que ceci est bien votre écriture, après tout en êtes-vous bien sûre? Mlle Gairdner examina quelques instants et déclara que cette écriture n'était pas la sienne. Cette fois encore elle avait gain de cause.
Insp.— Ecrivez votre nom à côté de votre signature du mois de juin. Elle le fit et l'écriture était la même.
Monsieur Calder prit alors un des papiers d'examen écrit par elle en juin etdicta de ce papier plusieurs mots détachés que Mlle Gairdzer écrivit. Elle les écrivit comme au mois de juin précédent,
À cette époque elle avait tracé sur son papier de Géographie une carte de l'Amérique du Nord. L’'Inspecteur prit cette carte et celle tracée par Mile Lake. Après les avoir pliées toutes les deux, afin d'en dissimuler complètement la forme et ne laissant paraître qu’un seul mot écrit sur les deux cartes et aussi semblable que possible pour l'écriture, la forme, l'orthographe, il appela Mlle Grairdner et lui demanda quel était le mot écrit par elle, elle le montra du doigt.
Insp.—Ktes-vous bien certaine que c'est votre écriture ?
M. G.—Oui, j'en suis sûre.
(On examina les signatures: elle avait raison).
Insp.—Y a-t-il eu le jour de l'examen d’autres personnes dans la salle que la sœur Dillon et les candidats ?
M. G.—Non.
Insp.—Quelqu'un est-il venu pendant l'examen ?
M. G.—Non.
Iusp.—Avez-vous remarqué quelque candidat regardant de son siège les papiers d'un autre ?
M. G.—Non.
Insp.--Savez-vous ce qu’on entend par le mot copier ?
M. G.—-Oui.
Insp.—Avez-vous copié ?
M. G.—Non.
Insp.—Avez-vous demandé quelque explication à Sœur Dillon ?
M.G.—Non,
Insp.— Vous en a-t-elle donné ?
M. G.—Non.
mms TL ue
Insp.—Où était assise Sœur Dillon ?
M. G.—A son bureau, sur la plateforme.
Insp.—A:t-elle quitté sa place ?
M. G.—Non.
Insp.—Signez votre déclaration, ça suffit.
Sœur Dillon fit alors remarquer que les enfants étaient fatigués, et l'inspecteur accorda un quart d'heure de récréation.
Pour moi, j'étais vraiment indigné de la manière dont l’enquête était faite. Je dis hautement que c'était véritablement honteux ;
fant:
qu'on ne voyait rien de pareil dans les autres pays, pas même en I Chine et que pour ma part, j'aimerais mieux subir les angoisses de à mi
la faim que de faire un travail si bas.
Je laissai alors la salle pour quelques minutes. Lorsque je rentrai, je trouvai l'inspecteur en train de vouioir examiner la Sœur, comme il l'avait fait pour les enfants.
En vérité, l'enquête atteignait un intolérable degré de hardiesse et d'impudence. Je représentai vivement que Sœur Dillon avait au mois de juin, fait la déclara'ion solennelle exigée par le Département de l'Education, affirmant qu'elle avait présidé à l’examen selon toutes les règles et règlements du Conseil. C’est tout ce que la loi requiert. Je conseillai donc de toutes mes forces à la Rvde Sœur de ne pas répondre un mot et de ne pas se soumettre à sem-