L. Maury
La Faculté ne prétend ni approuver ni désapprouver les opinions particulières du Candidat.
^ JVC- Samuel JSost ^ .^-i^^-^-^--
à Salies-de-Béarn. -^r^j^r^^e^^ ^ -^^
Hommage de respectueuse reconnaissance ^. M.
Introduction
« La France aux Français » . Tel est le cri de guerre que certains esprits étroits, fermés à toute notion de justice ou de liberté, ne cessent de faire entendre.
Les juifs, disent-ilS; les • protestants qui sont à la tète de toutes les administrations, de toutes les grandes écoles, sont l'infime minoi'ité des citoyens. Cette poignée d'hommes s'intiltre partout, accapare tout, dévore tout.
Les protestants, à peine sont-ils 600,000 et il n'est pas d'arrondissement où ils ne soient représentés. En somme que sont-ils tous ces gens, sinon des étrangers, des hommes vendus aux Anglais ou à telle autre nation! Il est temps de secouer ce joug. Il est temps que les catholiques reprennent enfin les droits que leur grand nombre leur mérite : « La France aux Français ! »
Sous le couvert d'un s.emblant de patriotisme, les antisémites ou les nationalistes qui tiennent ce langage, ne s'évertuent en somme qu'à réveiller chez nous « ce qu'il y a de plus dangereux pour la paix intérieure et de plus funeste pour un peuple, les luttes de race et de religion • » .
La France aux Français ! sans doute, mais à tous les Français sans exception et non seulement aux Français catholiques.
1 Anatole Leroy-Beaulieu : L'antisémitisme et les amis de la paix, dans VAlmanach de la Paix de 1899.
Jusques à quand refusera-t-on de reconnaître à la conscience son inviolabilité. Jusques à quand, au mépris de tout droit et de toute justice, refusera-t-on à l'homme sa liberté religieuse, sa liberté de croire par et pour lui-même et voudra-t-on exclure de toutes fonctions sociales, une catégorie de citoyens qui n'a que le seul tort d'être une minorité ?
Nous voudrions simplement rappeler aujourd'hui que le protestantisme dont on se moque si volontiers, que l'on voudrait réduire à l'impuissance et chasser du sol français, est en réalité ce que la France a produit de plus noble, de plus généreux.
C'est la Réforme du xvi*^ siècle qui, appliquant aux diverses parties de l'activité humaine le principe du libre examen, a remis l'individu à sa véritable place. Non seulement elle a secoué le joug autoritaire de l'Eglise, qui seule, jusqu'alors, s'était occupée du salut de chacun et de la direction des consciences, — elle a aussi secoué les liens étroits de la scolastique, elle a ouvert de nouveaux horizons aux diverses sciences, en appliquant sa méthode à la recherche de la vérité. Elie a donné un élan nouveau à la littérature, aux arts, au commerce et à l'industrie. Pour combattre l'ignorance et l'obscurantisme du Moyen-Age, elle a partout ouvert des écoles, afin que chacun puisse, par lui-même, contrôler les doctrines et les dogmes enseignés par l'Eglise.
Voulant la liberté dans tous les domaines, elle a mis en avant et discuté les principes politiques et les théories sociales que deux cents an-i plus tard devait reprendre la nation française. Si au xvi^ siècle la Réforme n'eût pas été entravée, si notre chère patrie
se fût laissée aller à ce mouvement, né dans son sein et qui, peu à peu l'eût transformée tout entière, les Révolutions de 89 et de 93 lui auraient été épargnées et elle eût eu une avance de deux siècles sur sa civilisation présente.
En analysant à ce point de vue deux traités qui eurent, lors de leur apparition, un grand retentissement : la Franco Gallia de François Hotman, et les Vindiciœ contra tyrannos de Du Plessis-Mornay, nous voudrions essayer de montrer que les Réformés sont les véritables fondateurs de nos libertés modernes, les initiateurs de notre constitution actuelle, du gouvernement démocratique, de l'autorité souveraine et imprescriptible du peuple
Certes, nous ne voulons nullement prétendre que les protestants aient le monopole des sentiments de liberté et de justice qui ont germé dans tous les cceurs humains. Loin de nous la pensée de croire que nos pères ont été les seuls à secouer le joug de toute servitude et à préparer la voie à la « Déclaration des droits de Thomme » ou à notre gouvernement actuel. Mais il n'en est pas moins vrai que les Huguenots ont joué un rôle à part dans l'histoire des idées politiques de la France, et que notre constitution ne fait en somme que reproduire les principes déjà mis en avant par ces martyrs pour la liberté. Aussi est-ce avec raison que Michelet a pu s'écrier :
« Que vois-je au xyi"^ siècle ? Que le protestantisme seul ' nous donne la République dont la Ligue
' A propos de cette remarque de Michelet, que les Protestants nous donnent seuls la République on a répondu que les Jésuites avaient été aussi de fervents démocrates.
II nous sutlira ici de rappeler que pour les Catholiques la forme
fera la contrefaçon, la grotesque caricature. Je dis qu'il donne la République, l'idée, la chose, le mot * ».
L'idée, bien qu'émise déjà dans de nombreux traités antérieurs fut surtout développée dans la Franco G allia et les Vindiciœ.
Le mot : — c'est en effet sous l'influence de la Réforme que res publica, chose publique, mot appliqué jusque là à tous les gouvernements, va devenir le nom propre du gouvernement collectif.
La chose, enfin, c'est-à dire l'application qu'en feront les Protestants « non pas pour s'isoler de la France, mais au contraire pour la gagner et l'envelopper tout entière ^ » .
du gouvernement est tout à fait secondaire. L'essentiel est que l'Etat ne soit que l'instrument de l'Eglise.
Les mêmes Jésuites qui défendent la souveraineté du peuple quand le roi est hérétique ou catholique indépendant sont les mêmes qui défendent l'absolutisme royal quand le prince est l'esclave de Rome.
1 Michelet : La ligue et Henri IV, voir pages 32 et 33.
2 Nous nous bornons dans ce travail à faire connaître les idées de ces deux théoriciens français sans nous occuper des écrits contemporains des Knox, des Goodman, etc., sur ce même sujet. La soif de la liberté était générale et se faisait sentir dans tout le pays.