‹ Houdar de la MotteChapitre 17 sur 44 · ND · texte numérisé non relu

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Que dire des « Originaux », début malheureux de La Motte au théâtre et dans les lettres ? La pièce ne vaut ni plus ni moins que tant d'autres. C’est l'éternelle intrigue de la Comédie italienne. Colombine, fille de Goguet, aime le charmant Octave. Son père veut la contraindre à faire un choix parmi des prétendants plus ridicules les uns que les autres. Elle se dérobe à ces odieuses poursuites en feignant une aversion pour le mariage. Le valet Pasquariel vient à son aide, ménage des entrevues aux deux amants et fait si bien qu'il amène le père à les marier ensemble. Le sel est un peu gros, la plaisanterie ! lourde, le goût mal assuré. Mais cette petite pièce parait si exempte de toute prétention qu’on ne comprend guère que son insuccès ait conduit l’auteur à se faire Trappiste.

« L'Amante difficile» vaut mieux. D'après les auteurs des « Anecdotes dramatiques » ?, la pièce aurait été composée en canevas par un groupe de gens d'esprit pour prouver que les Comédiens italiens étaient réellement capables de jouer des pièces «à l'impromptu», mérite que leur contestaient leurs rivaux, les Comédiens français. L'idée première reviendrait à Rémond de Sainte-Albine, alors àgé de 18 ans ; La Motte, au défaut du paresseux Dufresny, «se serait chargé d'abord d'en remplir quelques scènes ».

Quoi qu'il en soit, la pièce est amusante et bien conduite. Silvia aime Lélio, mais elle lui cache l'état de son cœur; elle se plaît à le dësespérer, car elle veut s'assurer d'abord de la sincérité de son amour. Elle feint, pour l'éprouver, de vouloir épouser son rival Mario. Elle décide sans peine son amie, la coquette Isabelle, à feindre d'aimer Lélio. Victime de sa ruse, elle éprouve tous les tourments de la jalousie, mais elle dissimule sa souffrance. Enfin elle se glisse chez Isabelle, travestie en cavalier, elle excite la jalousie de Lélio, et celui-ci sort vainqueur de cette dernière épreuve.

L'inirigue est ingénieusement coupée de scènes bouffonnes entre Trivelin, Arlequin et Violette la suivante, à la main de laquelle aspirent les deux valets; contre-partie plaisante de ladouble poursuite dont Silvia est l’objet. Tout cela est d’un art aisé, aimable et fin. Au reste nulle étude ; mais des remarques piquantes et de jolis détails. Cela ressemble à du Marivaux sans prétention.

Quinze ans après avoir fait jouer son « Amante difficile > en prose et en cinq actes, La Motte la reprit, la réduisit en quatre actes et la

1 C'est à peu près le seul endroit des œuvres de La Motte où on trouve quelques intentions satiriques ; mais ce ne sont que des allusions dittéraires tellement voilées qu'on n’en peut guère démêler la portée.

2 Anecdotes dramatiques, art. « Amante difficile ».

— WW

mit en vers. C'était en 17341. Or, par un étrange enprice, La Molte versifiait une pièce en prose, dans le môme lomips qu'il 6init lon rimes à son (Edipe! Remaniée, allégée does sebnes boufflonnos, ln comédie est encore agréable : pour une fois los vers de Lan Motte valent sa prose, ils ont de l'aisance et de la grâce, 11 y n dos scbnon heureuses, que ne désavoucrait pas un véritable poble comique,

Les autres comédies sont des Contes de La Fontaine arrangés pour la scène ! : le T'alisman (c'est « l'Oraison de SiJulion »); le «Calendrier des Vicillards», « Richard minutolo», el enfin «lo Magnifique » ?, la meilleure de ces singulières adaptations des vieux fabliaux. L'entreprise paraît hardie ; mais c'était la mode alors d’aventurer sur le théâtre les situations les plus risquées dé nos contes galants : le public ne se scandalisait pas pour si pou, Dans un Prologue général, La Motte nous montre « le Comédien » qui, par de spécieuses raisons et à force d'esprit, triomphe des scrupules d'une dame et de sa nièce, un peu effarouchées à l'idée de voir mis à la scène les Contes de La Fontaine : « La dame, — Allons donc! En tous cas, nous avons nos éventails, La mice, = Oh! pour moi, je n'y entendrai rien *, >» —Donc les mères eurent recours à l'éventail, les jeunes filles à leur naïveté, pour n'être pas choquées des badinages un peu lestes qui, de l'original, avaient pu passer dans la copie.

Ces comédies prestement menées, écrites eu une prose légère 61 vive, eurent du succès à la scène. J'imagine qu'elles en eurent un plus grand encore dans les sociétés, car elles paraissent moins faites pour être représentées sur un grand théâtre que pour être jouées dans un château, par des amateurs, devant un paravent,

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