XII. La Russie ne peut plus subsister sous la forme
L'Empire rusçe actuel est ua assemblage forcé des nations les plus dÎTerses, des génies , des moeurs et des lan'»
gages les plus contrastants. Il n'est certainement pas d'autre nation plus profondément divisée dans ses tendances.
L'uniformité de là Russie n'^dste qufà là surface, adftii^ nistrafivem^at^ pdr la teri^iu* et le knout ; eUe «lisparattra dès que ce peuple auria traversé 4a. phase gueriièfe qui s'ouvre pour hn. Les tnrtincû tes plus naturels des ftiKses^ comprimés jusqu'à la souffranoet gro&dent seardemeaL L^étaft des pqpndations souimses au joug du Tiar esl esamr tiellement violent, transitoire, impossible À maintenir. Dans cette immense eiPconsoripUoià de territoire ^ U y a toU9 lès éléments d'mi mcAide noitveaiL
d'est une crainte ridioule d'imagitter que les Russes ocm* quérants puiss^^ nous imposer loi lois de la barbarie. Ne BavonMious pas que le milieu social mcklîâe touA ce qui ne s^hamionise pas avec lui , et que nulle forée ne se dérobe à son aotioKtocrixhpaissanle? j'affirme, moi, que des lois faites eu milieu du^cbôc des armesv des cris de sang et de mort, disparaftronf forcément cpiaBâ la société rc^M^oldra sa marche pacifique vers detiouvelks destinées. Paffirme que les Russes incultes» qui nous auront déberrassés de la CïvSisalion; s'épureront ayee empressekneni de nos idées^ de tios tracUtôon& et de nos tendances, qu'ils les feront fniotifier par leur foi vive et leurs forces neuves. Je le r^ pète, qaéiïâ deux peuples m deUxileuvesse-J*eneontrent, ils ne remcmtent pas contre l^ooutanl avec lequel ils m sont accrus ; il n'y a* de perda que l'éeunie»
XIII. Dès que la Russie a terminé son œuvre de oDnquête , les nationalités jusqu'à ce jour effilées sous son jimg s'ânaneipeiit l'une après Fautre et se dessinât. La première^ la' plus progressive de.toutes , la race Slave, se dégage du milieu des masses armées. La Hongrie, la Pologne» le» Provinces Danubiennes se soulèvent au nom des droits sacrés cpi'a toute réunion d'honnnes de dévdopper les <»-ractères qui forment son partage. Au Nord , la Finlande, la Livonie, la Gourlande, toutes les provinces du littoral de
la Baliiqae retournent aux altiances naiurdlôs dont elles entêté viMeimnent détachées. La Scandinavie, les Confé^ dérations polonaise^ hongroise, middo-valaque, bohème se reconstituent aux dépens des empires fil)horrés. Les pxH vtnces rosses d'Asie, la Sibérie, la Tartarie, les Khanats dépendant de Pétersbourg se groupent d'après leurs traits de ressemblance.
Quand ces nations kicultease répendront sur le Vieux- Monde, chacune d'elles trouYera le peuple au moyen duquel elle complétera son ciuractère, en s'unissant à lui. Ainsi, dans les ateliers testes, dans les grands concours d'hommes, dans la nature brillante , dans les deux triom{diants , les diversités se raf^prochent, s'engr^ient, et produisent Thaf* monie, promesse d'infinie splendeur, d'étemelle fécondité I L^esquisse de la Civilisation nouvelle est déjà toute faite en Russie ; il n'y a plus qu'à agrandir le cadre, à répandre sur toutes choses la lumière et les omlnres, à donner cou^ leur, forme et vie à toutes ces tendances aujourd'hui comprimées. Alors, à la sombre inquiétude, m profond mdaise qui dévorent ces peuples succéderont le bien-être et le bonheur ; au morne siîence de l'esclavage , la joie conmiu^ mcative de la liberté. Et les Slaves s'élaiKseront dans l'immense avemr comme la vapeur qui s'échappe, bruyanto, folle, du vase où eUe était r^afermée* •
XI V« Sur l'Occident éperdu va passer l'ouragan des Barbares mod^mes^ inassouvis, avides de richesses, de soleil et de jouissances. Longtemps ces hommes battront de leurs chaudes vagues les renq)art5 erouhaits de la Givf-
(1) En «tudiant les éîfféreitto oopaelérM des peuples qui eempesent l'empirÉ des tsars» ou peut deviner, quelles elUiuMes cliaeutt d'eux eontracteiu deas l'Occident, et quelle sera sa mission socialiste. Je me propose d'en donner l'aperçu dans un prochain travail sur la reconstruction des sociétés européennes après la conquête.
lisatkm; longtemps les plaines fertiles seront^ abreuvées de sang; longte^ips les peuples sèr<»)t éveillés, dans la nuit , par les trompettes rauqueij qui les appelleront aux combats.
Mais toute b^nsitiôn veut être ménagée. Les combinaisons chimiques ne se produssent pas sans effervescence. Les agonies des vieillards et les c<mvuMons des enfants se pnriongènt assez longt^pps, pourrque les uns aient le temps de préparer leurs pensées à là: mort, et que les autres dis^ posent leurs forces en vue de Texistenoe. Avant de s'unir, les amants se courtisent. Le viol est infécond; Les peuples sont comme Thomme^t la femme qui Umt d'abord se fuient et se repoussent presque, k femme par coquetterie, l'homme par embarras* Gepesidant, cet ^cÂgnement momentané les contraint de penser l'un à l'autre, de s'observer^ de se connaître; en. un mot, de procéder, dans leurs amours, difiér^uunent des i»*emiers animaux venus : jusqu'à ce que les circonstances , favorisant leur rapprocbement intime, exerçât une sorte de violence sur l'amourpropre de l'homme et sur la pudeur naturelle à la femme.
Dans l'invasion prochaine, il f^!i}t que les fiarberes soient loi^mps retenus l(»n dei^ métropole» ; il faut que le^ Civilisés se 4éîendmi ku^t^)^ à l'inlérieur des villes : ^— pour que, depuis leis cités opulentes jg^qu'aux pauvrei^ ham^ux, les bc^nmes ne soient plus eSvf^y^ de l'immense coït de leur race sur toute la surfa^ de la terre habitée. Il faut que 1^ Coupes d'Occident rési^;j^( un peu, s'il est possible , à celtes du Nord ; — • afln <|i^e le Nord déborde plus furieux sur nQi;s. Le ^rjant d'^n fleuve se précipite d'autant plus rapidement qu'il trouve plus d'obstacles sur son passage ; de chaque digue qu'on lui oppose, il s'élance d'un bond Ûouveau. Il faut que l'amour-pfppre blesusé des chefs et les paroxysmes de colère des soldaj« copcourept au travail actuel de la Révolution,, le travail fumant deVépée!
SOft
I^auire part, il feui que, 4èm VioAénmvàB^ viltes^ les gouvernants, les trifoons et ks çhefe de<parli& sokniyitis sur les places, viËpendés, menébintSj iniBéraft)ies , mn^ damnés, escortés de gamins hurleurs. — Il faut <pie les prétendants en soient réduits à ce point de détresfie qif ils nte puissent trouver mi petit écu cbex ie banquier ; — r,41 feut que les hommes les plus renommés en soient n^uits à ee poinf dlsolëment qt^ telirs prodamations n^atiîrent jAxtà un seul éui40ux. — 11= féut que le peuple ne supporte plus que les atnfaâtîeux et -les traîtres satisseat les murailles de déci'ets ou ^de conseils insidUmtsponr sa dignité. — n faut que ohà<iue ligure qui pasise emporte uneloi, un programme, une école. ^— H faut que,; du ^seiQ de la €ivi^ Hsation avisante,' s'élèvent une aisarohie, une prostitu-^ tion, une promiscuité, une corruption, une misère^ une finaude, une impudeur, une eflfervescence fangeuse tottes que le saero-saint Monopole, se voyant une fois enfin dans toute sa laideur, se £ftsse honteà Iui<-Hièn8&, et, d'efiiroi, recule jusque dans k tombe. U feut que neus soyons coifr* verts de souiHttres, de nos soi^lhiresl H faut que le: ^^ dde, l'Homicide et la, Sc^f du sangnot^ enfièvrent et deviennent nos dernières resisources coi^re notice honteiuee torpeur, i— H flaut que cette inîséraWe CSvIlteaticm du vol empoisonne au loin par une Htléliature maille lois f^ cèétive et plus dédaignée de tout homme libre que ne fut celle de Byzance, de mémoire ravalée. — Il faut que des modifications continudles dans les autorités, les péssessions et les principes fassent enfin comprendre aux hommes qu'il n'est pbur ettr de salut que dans^^la Liberté, FEqulté et la RferonjtïON, à tout jamais établies sur la teri'e.
— Ainsi, tandis que rouvre de destructlbn positive s'accomplira pat- la Force ali dehors des villes, l'œuvre de destruction négative s'accomplira au dedans, i>ar Tldée.
tiKdtésies ws pspr le^^utreig, Barbares etC^lisé^ tra*
XIT.^ Alors;, les homiiieB perdront ^toutaông-lroid et tôète préseiice d^ssprit; ddiis feur ^soudaine panique, ils kissemnt à Pàbarddon ^if^riélés et ^iftirés^qul 1«S préioocupeîit laût awjéUrji^imi ; ils se boucberonl les oreiHes, ils fUinittl è iiéiitês jambes ,^anstèutès directiok)i^, respirant à peine ; 41s auront des éblonisseinénts et de^ tintexâeiàtè d^or^lles; ils vottdrdnt «e retenir les ntisaùx auli^, et s^trali^erOtot tons ensi^o^lé atïgouffi^e^ béant dee vem geanees éternelles et ^es remords amers. Ce sera nii sauve qui peut ^éfài. Tout'seWi' sacôagéi foulé aux pieds, dévasté comme- une vigne' après la vendange. Les tilles sériât moissonnées par les flammes comme par des feux rougies au fourneau de Vuldaîn ; les. écfets ctes poutres incendiées sillonneront lesiiénèbres de la voûte des deux. Sur ce Chaos de misères et de douleurs, du (Se* à la Terre tremMants, la Faim, le Critne, le Désespoir et la Mort voleront lentement, chargés de cadavres 1
— Quand une guerre a pour but d'arracher une société ancienne à son gisement séculaire, de confondre tous ses intérêts, d'agiter toutes ses couc^ies, de puriô^ les sources deîla vie, il feut que cette guerre diire, qu'elle dure longtemps. Car les résultats socmux que les guerres amènent sont proportionnels aux bouleversements qu'elleis occasicm* nent. La Justice^ si; Icmgtemps délaissée par les hommes, demande aujourd'hui à être chèrement achelée.
'X¥I. Du milieu de ce déchaînement de tous les hommes et de toutes «les choses, des entrailles profondes de Ka^archie, des abîmes secrets de la corruption, de toutes les vemes, d^ tous k» oerfe du corps social Uessé à mort,
oa cri s'âèvera ! —* Le cri dernier» le phia ieexoraUe de tous les cris, le cri des homoies^e tord le Frmgale: i»ir PAIN !... — Et le pain manquera I Et le pain, c'e$t la Vie; le pain, c^est la raison suprême des révoltés I !
Nos sociétés en arriveront là forcémoit qoMid la fiârvre de la guerre et de la révohitioa sera calmée, quand la fatligua fera rou^ leurs yeux, quaod le besmn le$ mordra de sa cruelle dent. Alors, lien ne oompriiaera plus le cri de nos ^trailles, car touU fireio sera brâsé, el les hommes fêteront la Uberié sainte, sur les cadavres encore dbauds des anarchistes qui portaient des couronnes. Alors, l'Usure et TJ^r^ae seront rendues impossibles; sur leur passé misérable les hommes auront ^ndu le manteau sanglant de la Guerre civile. La Révolution produira sur TOcéan des peuples ce que produit, sur le cours des fleuves, la crue soudaine de leurs eaux. Et de même que les pierres et le limon viennent à la sorfaoe des flots débordés et se mêlent à Fécume, de même les ressources, monof^les et caintâux mis en réserve jadis reparaîtront forcément, et forcément seront dispersés parmi les masses d'hommes en effervescence qui tes épuiseront au jour le jour.
XVII. Dans cette extrémité, tout contrat ayant disparu, et les hommes ne pouvant cependant pas vivre sans con*ventions, il faudra refaire un contrat social. Ce contrat sera juHe parce qu'il sera consenti par tous en face de la famine, à propos de l'alim^t de première nécessité, dans une de ces heures menaçantes où les hommes sont forcément équitat^, chacun ayant à conserver sur tous le plus extrême de ses droits, celui de l'estomac. Ce contrat sera dii^rabie parce qu'il reconstruira la société par ses assises, assurant tput d'abord les hommes contre les besoin3 les plus impérieu:^, et ne réglant que jdus tard les autres rapports sociaux, Jl sera na^wre/ parce qu'il res^..
peotera la liberté individuelle ^vant tout. U sera grand et hrge parce qu'il sera fait devant la Mort, la Justieière saprème, à la lége noire ! Il sera bien rédigé parce que les hommes pourrcmt en puiser les dispositions dans les matériaux si pénibknaeM acoomulés par les doctrines socialistes. Au milieu de ce bouleversement d'un monde, le SocuusB se présentera à THumanité comme une arche dans les déluges. Le Socialisme seul pourra concilier les personnes^ harmoniser les choses, s'a^^iquer à toute société, nombreuse ou restreinte, être modifié selon toutes les circonstances ^fin : — parce qu'il aura été conçu par des hommes libres, bannis de toutes les sociétés; et partant de l4iypoUièse de la plus sauvage de toutes : je veux parier de l'impitoyable Civilisation !
XVIII. Alors, aux cris de nKM*t et de p^^ution qui poursuivent aujourd'hui le Socialisme succ^eront les acclamations de bonne venue, les intercessions de tous les intérêts, de. tous les désespoirs. Alors ces doctrines, réputées si longtemps destructives de tout ordre, de toute société et de tout bonheur, seront enfin consultées pour établir un ordre plus conforme aux besoins de la nature humaine. Alors les peuples se prédpiteront à deux genoux devant le Sodalisme naissant, comme autrefois devant l'Evangile du Christ ; de nouveaux mages l'adoreront, le front dans la poussière ; nos souffrances seront vengées par le bonheur de nos descendants! Et les Slaves seront appelés les fils akiés du Socialkone, les beaux Slaves à tous crins ! Etemelles redites des soci^és ! Etemelles contradictions dans les faits! Etemelle logique dans les intérêts!!
XIX. « La France sera pe Christ des nations : » telle est la banale prophétie que bien des gens répètent sans
la comprendre et qui se dresse, gigia&lesque, sur le champ de Tavenir. — En efiet, comme le Christ résuma les révélations antérieures à lui, la France sy&!thétîse tous les ^systèmes philosophiques qui Font précédée; comme le Christ développa la tradition dans une doctrine nouvelle, la France tire 1» déduction de tous les sodaliiàmes anté> rieurs dans un socialisme nouveau; comme le Christ prêchait aux hommes la Fraternité, la France a proclamé, parmi les nati(Mis, le principe de la R^mblique universelle I
Or, qu'arrive-t-il au Qirist rév^teur d'une doctrine nouvelle? Persécuté par ses concitoyei^^ il est obligé de fuir son pays et d'aller compléter sa scieiiee ailleurs. Puis, il revient, et ses idées effraient les puissants, les bourgeois repus, les pharisiens luxurieux : les civilisés d'alors. Il se trouve un Judas pour le vendre, des juges pour le condamner, des bourreaux pour exécuter l'infâme sentence; — ces gens-là ne manquent jamais ! — Et le grand Révolutionnaire pardonne à ceux qui le crucifiait, parce qu'Us ne savent pas ce qu'ils font.
Mais le lendemain.de cette mort que l'Humanité pleure et pleurera longtemps encore, le lendemain de cette mort, le sang du Christ versé sur les nations les convertit en grand nombre; ses persécuteurs implorent sa mémoire glorieuse ; préchée par de pauvres pécheurs de la Galilée, la nouvelle croyance envahit le monde I — Paix et Gloire aux morts quand ils ont été assez grands pour contraindre les hommes jaloux à les élever au rang des Dieux I !
Ainsi, la MmoRiTË française, persécutée poussa foi, ira dans toutes les parties du monde compléter sa science et jeter le germe de ses idjées. Et puis, elle reviendna au milieu des commotions nationales et fera retentir tout le pays des éclats de sa voix inspirée. Alors, les despotes de l'Europe, les égorgeurs de nations, traduiront à leur tribunal
la France révoluti(mnaire, la jugeront et la sacrifieront en se lavant les mains. Et il se trouvera par millions des traîtres, des soudards, des g^éraux, des banquiers et des di- (tomates pour exécuter la sentence, pour torturer et vendre le Socialisme désarmé.
Mais le lendeiçain de cette exécution sanglante, la Terre se réjouira par toutes les voix de ses collines et de ses vallées ! Car c^x-là même qui auront crucifié la France socialiste se rangeront, dès l'aube du matin, sous'ses étendards radieux. Car les Barbares du Nord, aveugles in~ struments du Despotisme, protesteront de leur ignorance, se frapperont la poitrine, et versant des larmes d;e sang, retourneront leurs glaives contre leurs maîtres assassins.
Ainsi s'accomplira la Parole — parole de mort et de vie — que moi, prophète, des abîmes de ma douleur immense, je répands sur les hommes insouciants ! Mangez, buvez, vautrez-vous dans vos fanges, civilisés pourceaux ! Sous vos pieds, la terre gronde ; et dans les cieux, la Révolution a déchaîné ses foudres î Tout va bien ; par Satan ou par Dieu , nous serons sauvés ! Pionniei*s du Progrès, soldats de Tavant-garde, les beaux jours sont proches! Nous avons en vue la terre des Promesses ! Que les peuples se fatiguent à la cultiver ; nous, levés dès la première heure, nous avons besoin de repos. — Heureux, heureux les morts î î
. XX. Je le répète, les réglementations transitoires faites pendant la conquête auront le sort de tout ce qui s'appuie sur l'aile de la tourm^ite, sur les sables mouvants. Tout ce qui est né dans le feu, dans l'ivresse de la lutte et de la victoire, parmi les, chants de mort et les cris infernaux, tout cela ne peu^ être supporté par j'humanité redevenue calme; la fièvre ne s'acharne pas sur les convalescents. Les nations définitivement rendues à la paix
et aux relations indu^iieUes, toutes les mesurés de vengeance et de domination di^rattront de la loi.
Au point de vue de la Bévoli^ion continue, la Gcmquéte n'est rien qu'un prologue, un engag^nent, une occasion. La conquête ne décide rien^ ne {H^juge rien, ne détourne rien : c'est un fait, rien de plus. Seulement, elle délivre l'homme des chaînes qm le rivaient à son passé, elle lui laisse la tète et les bras libres, et du doigt lui mont^ l'avenir! Est-ce payer trop cher ces avantages que de supporter les désastres et les violacés ins^iarables de toute guerre?
Il faut que le croisement des races soit encouragé ; — ainsi le comprennent tous les conquérants, d'accord en cela avec la nature. — Il fout que les tendances des pays où Tinvasion s'implante soient développées, et que la plus large part soit foîte à celle des deux civilisations qui est la plus avancée sur la route de l'éternité. — Cela est conforme à l'intérêt humain. Avides de bien-être et de luxe, les peuples nouveau-venus se gardent *bien de détruire les découvertes qui les rapprochent du but de leur poursuite ; ils les conservent au contraire en les faisant valoir d'une manière plus équitable pour tous. — Il faut enfin que la tradition et l'utopie soient mises d'accord. — Car le Temps plane sur l'océan des peuples, les deux ailes étendues, l'une vers le Passé, l'autre vers l'Avenir. Et le Temps ne peut mourir en détail non plus que le Mouvement. •
D'ailleurs, le milieu est plus fort que l'homme. L'an^bition secrète, rongeuse de tout despotisme est de se faire accepter. Pour arriver à ce but , le peuple conquérant se plie, sans cq avoir conscience, à tontes les exigences du peuple conquis ; il se laisse séduire par lui comme l'homme }e plus entêté par la femme capricieuse qu'il appelle sa flfaUre^se, Aiissi l'on pourrait dire avec raison que, des
cl€ux races aux prises , la plus subjuguée n'est pas celle qu'on pense ^. Le pouToir apporté par la conquête doit foire oublier aux peuples les pouvoirs précéd^ats, et leur devenir cher à Tégal des Alexandre et dôs César ; il ne peut divorcer avec Topinic»! sans danger de mort violente ; il n'a d'appui solide que dans les masses exigeantes qui attendent leur salut de lui seul et le font à leur image : fort, audadeux, aetif, révolnUonnaire, Dieu tout-puissant, en un mot , contre le Mal t Phis la couronne est lourde, et plus elle d^rime, héks! l'infortuné qui la porte. L'homme vraiment roi, maître îci-bas, c'est l'homme libre. —
La Cionquète et les Réglementations passagères auxquelles elle donne lieu ne sont pas d'institution organique parmi les peuples. Ce sont des fièvres ou des convulsions qui aident à l'heureux dénouement de ces crises, mais qui ne durent en somme que ce que peuvent durer les convulsions et les fièvres. Esope l'a dit : les ressorts totyours tendus se rompent. Et les médecins savent bien que les plus graves des fièvres ne sont pas celles qui traversent l'organisme, violentes et rapides comme la foudre, mais bien ces petites fièvres nocturnes qui ne tuent qu'à la longue et sèment des apparitions sinistres sur les draps blancs des moribonds. Contre la Mort imminente, contre la Ruine totale, la Fièvre, la Guerre et la Conquête sont utiles, à la condition d'envahir un oi^anisme en surface et en profondeur, de manière à conjurer toutes ses forces contre le danger.
(1). Montesquieu écrit dans les Lettres Persfinei : « Tu dis que les fonda- » ti&on des empires ont presque tous ignoré les arts I Je ne te nie pas que les » peuples barbares n'aient pu, oonune des torrents impétueux, se répwrare sur » la terre et couvrir de leurs années féroces les royaumes les mieux policés. » Mais prends-y garde, ils ont appris les arts ou les ont fait apprendre aux » peuples vaincus. Sans cela leur puissance aurait passé comme le bruit du » tonnerre ou des tempêtes. »
XXf. Pourquoi donc trembler, ô bourgeoiis très-h(mnètes , quand les vents qui courent sur les mers avides et les monts élevés apportent jusqu'à vos capitales le cri lointain des invasions? Et que ferez-vous donc, bourgeois, quand résonnera dans la vallée du Jugement la terrible trompette qui soulèvera les morts?
Une armée conquérante pénètre en France à la pointe de ses lances; elle occupe militairement la contrée, l'opprime, la saccage , la surcharge d'impôts et de contributions, la courbe sous la tyrannie la plus absolue et la plus farouche....
Eh bien I En résulte-t-il que la race française soit anéantie ? que le pays habité par elle soit supprimé à tout jamais? que ses rapports avec les états limitrophes soient interceptés? que les nations voisines puissent se passer de ce pays, et que ce pays puisse se passer des nations voisines? Lui est-il permis de se dérober au mouvement général de l'Humanité? Ses richesses sont-elleâ confisquées, son sol frappé de sécheresse, ses ateliers déserts, sa production et sa consommation détruites , son mouvement artistique et intellectuel paralysé; ses hommes . sous terre, ses femmes stériles, ses enfants moissonnés dans leur verte croissance? Quels changements l'Invasion a-t-elle donc introduits dans ce pays? Elle a modifié les rapports entre les individus, sans diminuer les ressources qui leur sont départies par la nature ; et ces nouveaux rapports doivent être réglés par un nouveau contrat. Voilà tout. — Et voilà ce qui vous efiraie, bourgeois de France : la Révolution contre le Monopole , et non pas l'invasion de la Patrie française ! — Que si vous me répondiez non, je vous en donnerais le démenti !