‹ Hourrah!: ou la révolution par les CosaquesChapitre 47 sur 56 · RÉALITÉ · texte numérisé non relu

RÉALITÉ

ce Je ne juge que par les Cûts , et ils 8. »

Bmoif.

J'ôi r^ardé tout autour de moi dans le monde. Et je «'ai rien vu que des hommes qui se font un Dieu de leur ventre et des organes qui sont au-dessous. — J'ai r^rdé tout autour de moi. Et dans la foule, je n*ai vu que des boucs et des pourceaux.

J'ai écouté tout autour de moi dans ce siècle. Et je n'ai entendu que tintement d'argent, grincement de métaux, vains discours. — J'ai écouté tout autour de moi. Et tous les jours, à toute heure, j'ai entendu broyer les pauvres pur les machines que les riches font mouvoir.

J'ai interrogé tout autour de moi dans la société civilisée. Et le Bourgeois m'a répondu : Je trafique! Et le Prolétaire m'a répondu : Je meurs ! Et l'étudiant m'a ré-

ponda : Je bâille et m crois à riai! Et les plus illustres des RRévolutionnaires, attéréspar les derniers coups d'état des rois, m'ont répondu : Nous ne pouvons plus rien ; nous ne savons pas ressusciter les morts ! . . .

Oh ! alors , alors ! j'ai frappé ma poitrine de mes deux mains et j'ai dit à mon coeur : Organe imbécile, tais-toi ! Aujourd'hui le sentiment est ridicule y et la pensée superflue; les aspirations généreuses ne valent pas un centime au grand livre du doit et de l'avoir ! Puisqu'on ne parle aux hommes de ce temps qu'avec des v(hx métalliques, au roulement de l'or sur les comptoirs j'opposerai le bruit d'airain de mes prédictions.

Oh ! alors, alors ! j'ai compris que pour vaincre la contagion morale dont nos sociétés sont infectées, il fallait appeler sur elles la contagion physique , les fléaux et les famines. Car Bien et Mal, tout est forcément contagieui^ parmi les hommes contraints de vivre en société. Et parmi les contagions funestes , la Misère tue plus de monde que le Gholéi^ ! Elle tue plus cruellement, plus lentement ! — Et nous savons le^ causes de la Misère I Et nous sommes coupables quand nous la supportons.

Oh ! alors, alors ! j'ai juré que du soir au matin, par lès larges rues, sur le seuil des magasins, des palais et des casernes, retentirait ma voî:^. Et qu'elle remplirait les bourgeois de terreur I

Alors , je me suis écrié : Périsse la France ! Périssent toutes les patries! Ce ne sont après tout que des formes éphémères de sociétés. Mais vive I'Homme, la moins imparfaite et la plus récente des transformations universelles 1

Et j'ai dit encore : Oh ! les hommes de ce temps , les hommes à bon marché et à petite valeur, les homqies accroupis sur le travail de la femme, ceux qui passent leur vie à balancer des comptes et à auner du ruban , les hommes qui n'ont jamais eu ni pensée propre ni parole

libre ! Oh ! je ies méprise comme ite le méritent ! Et je le lear répéterai î ! î

J'ai la conscience exacte de la fatalité des révolutions , de leurs caractères , des lieux qu'elles visitent , des époques où elles paraissent et du cercle qu'elles parcourent. — Parce que je me détache facilement du point de vue national et temporaire pour embrasser Vhumanité dans la continuité des temps. — Parce que j'ose dire la vérité, et qu'à toute peine suffit son vouloir. — Parce que j'éprouve un véritable orgueil à me sentir détaché, brillant de franchisé, sur le fond terne de la civilisation. — Parce qu^il n'est pas en mon pouvoir de résister à là Force fatale qui me desserre les dents.

Parce que moi aussi j*ai été ôidéré de Dieu. Quand j'étais tout petit enfant, le noir Choléra me présenta à la Mort capricieuse qui refusa de me prendre. Depuis, j'ai grandi; malade , et toujours frappé du pressentiment des dangers futurs. Ainsi , l'oiseau , pris une seule fbis dans la trappe meurtrière, s'il parvient à s'échapper par miracle, avertit les autres, par ses cris, des dangers qui les menacent.

Suprême Destructeur! tu m'as vaincu par la Maladie fidèle à tes ordres I Jusqu'au profond de mes entrailles retentit l'émotion des sociétés, et mon corps en est ébranlé comme par un coup de foudre inattendu. Je suis brisé ; je ne puis rester insensible, comme les autres, aux turpitudes et aux misères de notre agonie. L'horreur, la colère invinciblement me gagnent et font descendre la Fièvre jusqu'au bout de mes doigts î

Est-ce l'Amour qui me fait frémir? Est-ce la Haine? C'est l'un comme c'est l'autre. Mais c'est, avant tout, le sentiment vengeur de la Justice et le justç besoin de la Vengeance!

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