‹ Hubert Robert, 1733-1808Chapitre 3 sur 49 · V-i—t g 1-U^-* «-WWV · texte numérisé non relu

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LES DERNIERS VINGT ANS

à courir, imitant les gestes du danseur de corde, donnant l’illusion la plus amusante aux assistants ; et le même homme saura les faire frissonner, un instant après, en leur contant d’une voix tragique les émotions de cette promenade terrible dans les Catacombes de Rome, où, la cire éteinte, son chemin perdu, il avait pressenti une mort affreuse.

Robert était de tous les cercles spirituels, de toutes les compagnies joyeuses de Paris, et faisait figure à l’occasion dans les sociétés les plus choisies. Ce mélange agréable, qui réunissait rue de Cléry , pour entendre les concerts de Madame Le Brun, les écrivains et les artistes à la mode aux gens de cour les plus raffinés et même aux maréchaux de France, se retrouvait à certains jours en de moins modestes demeures . Le peintre était fidèle, ainsi que son aimable femme, à ces amusants diners du jeudi, où tant d’esprit se dépensait autour du financier Boutin , en ces beaux jardins de Tivoli créés sur les premières pentes de Montmartre. M. de la Ferlé, qui recevait parfois des artistes, aimait à voir arriver chez lui Robert avec son ami Vernet. II était un familier de Madame de la Reynière, de la comtesse d ’ Angiviller , surtout de la marquise de Grollier , née Sophie de Fuligny-Damas, dont il appréciait le talent de peindre les fleurs et la causerie toujours nourrie et ardente. Son amie Le Brun l’avait introduit dans les « petits comités » de la marquise, pour qui il com])osa un jour un devant de cheminée représentant une scène d’incendie à la campagne, où le seul objet précieux sauvé du feu est [)récisément un tableau de fleurs de Madame de Grollier.

L’été, Robert était invité sans cesse dans ces nombreuses résidences des environs de Paris, où le luxe fastueux n’excluait jamais la bonne grâce de l’hospitalité. On le rencontrait à Méréville , chez M. de Laborde , où il revoyait ses créations pittoresques, embellies à chaque saison ; à Romainville, chez le maréchal de Ségur ; à Colombes, chez les Verdun ; à Gennevilliers, chez le comte de Vaudreuil. Pour l’extrême liberté dont jouissaient les hôtes, il s’attardait volontiers à Morfontaine, le château du prévôt des marchands Le Peletier, au milieu d’un curieux paysage d’eau, de bois, et de beautés naturelles qui ne le cédaient point à celles de Méréville. On y

retrouvait, pour les parties de bateau sur le lac, toute la gaie société de Tivoli, M. de Vaudreuil , le chevalier de Coigny , Lebrun - Pindare , Louis Vigée, Brongniart, Madame Le Brun, l’abbé Delille. Bobert était le bouteen-train de la compagnie; après le repas, délicat et copieux, l’excitation de la soirée se prolongeait bien après qu’on s’était séparé; les convives continuaient à composer des charades, à aiguiser des mots d’esprit; ils allaient se réveiller les uns les autres pour se les dire, et c’était, toutes les nuits, de chambre à chambre, des accès de folle gaieté qui témoignaient d’âmes honnêtes et faciles à divertir.

11 était rare que Bobert ne restât pas l’ami de l’homme de goût dont il avait décoré la maison. Il le fut de Beaumarchais, â qui ses conseils furent précieux quand l’écrivain fit construire, au faubourg Saint- Antoine, ce fameux hôtel qui devait être, dans sa pensée, le séjour de sa tranquillité bourgeoise péniblement acquise et le témoignage de sa richesse. L’auteur du Mariage de Figaro ne tolérait en architecture que le néo-grec le plus sévère. Robert a laissé un petit tableau du péristyle â l’antique précédant le jardin, et l’on ne saurait rien voir de plus froid; en revanche, le grand salon était orné de peintures importantes de sa main, aujourd’hui â l’Hôtel de Ville de Paris, qu’on j^eut prendre comme exemple des meilleurs travaux conçus ])ar lui en ces dernières années du règne de Louis XVI, et qui contribuèrent à maintenir, parmi les sèches créations de l’art nouveau, une partie des grâces de l’ancien goût français.

A l’hôtel Beaumarchais, une idée d’ensemble a inspiré la décoration, formée de huit trumeaux en hauteur, et cette idée s’est trouvée toute conforme à l’esthéticpie du moment, car c’est un hommage raisonné â la gloire de la scul]>ture antique. Les j)rincipaux chefs-d’œuvre consacrés par l’admiration des voyageurs et les dissertations de ^^dnckelmann , font le motif central de cha(jue composition. L’écrivain et le j)eintre ont choisi la Vénus de Médicis, l’Hercule Farnèse, la Flore Farnèse, l’Apollon du Belvédère, la Nymphe au bain, le Gladiateur du Capitole, le Laocoon, et ce Marc-Aurèle à cheval, tnnt de fois utilisé par Bobert, qui en possédait chez lui une grande reproduction en bronze. Cette noble liste ayant fixé l’unité de son œuvre.

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