‹ Hubert Robert, 1733-1808Chapitre 4 sur 49 · I -Vl · texte numérisé non relu

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LES DERNIERS VINGT ANS

l’artiste a rêvé les plus libres arrangements, et son talent lui a fourni en abondance une piquante variété de détails jolis. Le socle de la Vénus florentine, par exemple, orné de bas-reliefs et ombragé par un cèdre, s’élève au bord d’une pièce d’eau; un fond de verdure et quatre colonnes ioniques supportant un entablement brisé, un peuplier et une prairie fuyant à l’horizon, voilà tout le ])aysage ; et l’humanité paraît aux pieds de la statue de la déesse sous la forme de deux amants enlacés qu’un batelier mène sur l’eau. Le piédestal de l’Hercule Farnèse a sa corniche en partie brisée, et le grand arbre qui l’abrite laisse pendre des branches cassées; des fragments de colonnes gisent à l’entour; un homme, auprès de deux femmes à demi agenouillées, s’efForce de soulever une large pierre qui masque l’entrée d’un caveau. Comme contraste à cette scène de désolation, de jeunes femmes, de petites filles, autour de l’image de Flore, jouent aux dés, cueillent de fleurs, remplissent des corbeilles, et les ruines voisines d’une rotonde de style dorique ne mêlent d’aucune tristesse cette évocation du printemps. Autour d’Apollon, enfin, l’architecture prend plus de place; la statue se dresse au centre d’un temple circulaire de style corinthien , dont l’entablement supporte encore un morceau de coupole à caissons d’un art tout à fait romain ; des fûts de colonnes, des fragments de chapiteaux gisent sur le sol ; jilusieurs artistes vêtus à l’antique et assis sur les gradins du temple sont occupés à copier la nature; leur attitude, leur carton sur les genoux, rappellent les figures de dessinateurs dont Robert a peuplé tant de ]:>alais, de temples et de jardins, évoquant sans se lasser les souvenirs de sa vie romaine et de ses études de jeunesse.

On pourrait multiplier les descriptions de ce genre, d’après d’autres décorations d’Hubert Robert, et s’en servir pour établir de quel génie aimable et fécond était doué un peintre qu’on accuse fort injustement de monotonie. 11 vaut mieux apprendre de lui-même comment naissaient dans son esprit ces agréables imaginations, parfois un peu mièvres, ]>resque toujours amusantes, et qui ne diminuent en rien, au surplus, les mérites du grand peintre d’architecture. Quand Robert exécuta, pour la bonne Madame de Grollier, le devant de cheminée qu’il avait promis, il se ]:>lut

à lui écrire par avance les détails de sa composition, et sa lettre montre à la fois la bonne grâce de l’épistolier et la façon de travailler de l’artiste. Après avoir regretté une visite manquée de la marquise, il pic[ue en ces termes sa curiosité : « Vous m’auriez vu travaillant à un devant de cheminée que j’ai terminé d’hier et qui sera peut-être en état de voyager avec moi jeudi; et si, dans cette même matinée de jeudi, vous pouviez venir vous promener à Auteuil, vous verriez le tableau dont d’avance je vous envoie la description. Comme ces sortes de devants de cheminée sont relégués tous les hivers dans des garde-meubles, j’ai voulu que celui-ci, avec une simple bordure, fît tableau pendant l’hiver. En conséquence, j’en ai fait un tableau d’incendie. C’est le feu qui prend dans l’intérieur d’un petit cazin à l’italienne, orné de statues, bustes et architecture. Comme le grand foyer se trouve à l’entrée de la maison, on sauve, par le moyen d’échelles, les malheureux qui sont dans l’intérieur, dont on a déjà retiré quelques effets précieux, entre autres un beau tableau de fleurs fait par Madame de Grollier. » Voici maintenant les détails tels qu’ils se sont présentés à l’imagination du peintre, qui crée continuellement, du bout de son pinceau, des centaines d’anecdotes du même genre : « Une mère s’est échaj^pée du feu avec toute sa petite famille, dont elle porte le plus jeune dans une bercelonnette sur la tête; un autre dans le bras droit, tenant son movdin à vent; un troisième attaché à son jupon, avec son cerf-volant derrière le dos, et suivi de la sœur aînée tenant d’une main la cage de son serin et de l’autre son chat, et son chien qui la suit. On voit sur le premier plan des jmmpiers qui arrivent avec un tonneau d’eau et des seaux. Dans le fond du tableau, on aperçoit le parc, séparé de la maison par une balustrade ornée de statues, .le vous demande mille pardons pour la longueur de tous ces détails; mais, dans l’espoir qu’ils vous intéresseront autant que j’ai eu de plaisir à les peindre, j’en risque aujourd’hui la description. I) Rien ne révèle mieux qu’une telle prose le plaisir que prend Robert à tetdr ses pinceaux, l’aisance toute joyeuse de sa jieinture, et combien lui coûtaient [)eu d’elfort ces tableaux (pi’il peignait parfois, suivant le nK)l d’un confrère bienveil lani , « aussi vite <pi’il écrivait une lettre ».

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