‹ HudibrasChapitre 14 sur 21 · CHANT · texte numérisé non relu

CHANT

Cette église eut plus d'un martyr ;

Dent d'éléphant, ou singe infâme, (78)

De la guerre alluma la flamme

Dans l'Inde , et de chaque parti

On dit bien du monde péri.

Mais on n'a jamais vu de bête

Adorer l'homme ; hélas ! sa tête

Est bien meilleure , et connaît mieux

Ce que nous valons tous les deux.

Mais non : c'est nous, c'est notre rage,

Qui leur inspire le carnage;

Car l'exemple rend furieux ,

Ainsi qu'un mal contagieux.

Et l'on voit que celles qui gîtent

Avec les hommes , les imitent ;

Truie et chienne font des petits

Toute l'année , et l'ont appris

De nos femmes ; bœufs en colère ,

Tout comme nous se font la guerre.

On lit que du temps de Néron ,

Durant la persécution ,

Que l'on faisait à nos saints frères ,

Les tourmeïitant de cent manières,

Dans des peaux d'ours on les cousait ,

Puis aux chiens on les exposait;

Et c'est de-là que vient, peut-être,

Ce jeu païen , barbare et traître.

68 HUDIBRAS. i From whence, no doubt, th' invention came ;

Of this lewd antichristian game. '■

To this , quoth Ralpho , verily \

The point seems very plain to me : Î

It is an antichristian game , 1

Unlawful both in thing and name. ^ First , for the name , the word bear-baiting I

Is carnal , and of man's creating ; | For certainly there's no such word

In all the scripture on record : |

Therefore unlawful , and a sin, \

And so is ( secondly ) the thing ; ; A vile assembly 'tis , that can

No more be prov'd by scripture than .:

Provincial , classic , national , I

Mere human-creature cobwebs all. I

Thirdly, it is idolatrous; '

For when men run a- whoring thus I

With their inventions , whatsoe'er I

The thing be , whether dog or bear , ]

It is idolatrous and pagan , ;

Wo less than worshipping of Dagon. \

Quoth Hudibras , I smell a rat , j

Pialpho, thou dost prevaricate; •■

For tho' the thesis which thou lay'st i

C'est clair, dit Ralph, et je soutiens Ce jeu des plus anti-chrétiens; D'abord, le nom m'en indispose, Et me déplaît , comme la chose ; Car combat d'ours est bien un nom De l'humaine création Qu'on ne voit pas dans l'écriture , (79) Donc à la foi c'est une injure.

D'ailleurs , ce concours de manants Dans aucun texte n'a garants ; Non plus que classique synode.

Ou les autres , quoiqu'à la mode ; Et tout cela n'est , pour certain , Qu'invention d'esprit humain.

Et n'est-ce pas idolâtrie De courir après sa manie , (80) Suivant ce qu'à l'esprit nous vientj Que la chose soit ours ou chien?

De Dagon le culte damnable N'était pas plus abominable.

Tout beau ! Ralpho , dit Hudibras .

Car ton discours ne me va pas ; La thèse que tu nous proposes ,

Be true ad amussim , as thou say'st ;

( For that bear-baiting should appear

Jure divino lawfuHer

Than synods are , thou do'st deny ,

Totidem verbis; so do I. )

Yet there's a fallacy in this ;

For if by sly homœosis ,

Tussis pro crepitu , an art

Under a cough to slur a f — t, i

Thou "would'st sophistically imply

Both are unlawful, I deny.

And I ( quoth Ralpho ) do not doubt But bear-baiting may be made out In gospel times , as lawful as is Provincial , or parochial classis ; And that both are so near of kin , And like in all , as well as sin , That put 'em in a bag , and shake 'em , Your self o' th' sudden would mistake 'em, And not know which is which , unless You measure by their wickedness :

For 'tis not hard t' imagine whether I

O' th' two is worst, tho' I name neither.

Quoth Hudibras , thou offer'st much , But art not able to keep touch.

Peut être vraie en quelques choses ; Niant, comme fait ton discours, Que , de droit divin , combat d'ours Soit plus permis que n'est synode , En cela je pense à ta mode ; Mais si par double sens adroit, Comme, qui toussant, péterait, Tu conclus, suivant ta manie.

Que tous deux sont mal , je le nie.

Et moi , dit Ralpho , je soutiens Que parmi tous les bons chrétiens , Le combat d'ours est une mode Aussi permise que synode ; Qu'ils ne diffèrent même en rien , Mais qu'ils se ressemblent si bien, Que l'on peut aisément comprendre.

Que l'on pourrait bien s'y méprendre , Si dans un sac on les mêlait, Puis après on les en tirait.

Plus ou moins de péchés, je pense, Ferait toute la différence ; Lequel des deux en a le plus ?

Je m'en doute bien , mais motus.

Tu promets par-delà ta force , Dit Hudibras , ta raison torse

Mira de lente ^ as 'tis i' th' adage,

Id est ^ to make a leek a cabbage;

Thou wilt at best but suck a bull ,

Or sheer- swine , all cry and no wool :

For what can synods have at all ,

With bear that's analogical?

Or what relation has debating

Of church-affairs with bear-baiting ?

A just comparison still is

Of things ejusdem generis.

And then what genus rightly doth

Include and comprehend them both?

If animal , both of us may

As justly pass for bears as they :

For we are animals no less

Altho' of different specieses.

But , Ralpho , this is no fit place ,

Nor time to argue out the case ;

For now the field is not far off.

Where we must give the world a proof

Of deeds , not words , and such as suit

Another manner of dispute :

A controversy that affords

Actions for arguments , not words ;

Which we must manage at a rate

Te fait faire, mon cher Ralpho,

Un misérable quiproquo. (8i)

Où prends-tu donc l'analogie

D'ours et synode , je te prie ?

Qu'a de commun un combat d'ours.

D'hommes et chiens, ce sot concours,

Avec les saintes assemblées

Où nos affaires sont réglées ?

Pour faire une comparaison,

Qui ne choque pas la raison ,

Il faut prendre objets dont l'idée

De même genre soit trouvée.

Si tu parles de l'animal ,

L'ours avec nous ne va pas mal ;

Mais il faut bien que tu confesses

Que bien différente est l'espèce.

Mais ce n'est pas ici le lieu

Pour disputer, puisque dans peu.

Et près d'ici d'autres affaires,

A la cause plus nécessaires,

M'appellent, où notre valeur

Doit éclater avec honneur.

Par des faits, au lieu de parole.

Nous allons chacun faire un rôle

Dans controverse qu'on défend

Par coups, en guise d'argument.

Aussi nous faut-il faire usage

Ici de tout notre courage.

Of prowess and conduct adequate To what our place and fame doth promise, And all the godly expect from us.

Nor shall we be deceiv'd, unless ■We're slurr'd and outed by success :

Success, the mark no mortal wit, Or surest hand , can always hit :

For whatsoe'er we perpetrate , We do but row, we're steer'd by Fate, Which in success oft disinherits , For spurious causes , noblest merits.

Great actions are not always true sons Of great and mighty resolutions :

Nor do the bold'st attempts bring forth Events still equal to their worth :

But sometimes fail , and in their stead Fortune and cowardice succeed.

Yet we have no great cause to doubt , Our actions still have borne us out.

Which , tho' th' are known to be so ample , We need not copy from example ; AVe're not the only persons durst Attempt this province , nor the first.

In northern clime a val'rous knight Did whilom kill his bear in fight^

CHATs'T I. 75

A tout I'uniYers faisons voir Que nous faisous notre devoir.

Nous serons dignes de louange, Si le succès ne nous dérange , Succès, le but du conquérant, Que le plus fin manque souvent.

Car quelqu'objet qu'on entreprenne, .

Nous ramons, mais le destin mène, (82) Et du succès mal-à-propos.

Frustre quelquefois les héros.

Le destin souvent déshérite Du succès le plus haut mérite; L'on voit que par-fois les beaux faits Ne sont pas fils de grands projets.

Et des succès que l'on méprise, Suivent souvent grande entreprise.

Aussi, par-fois, sans la valeur, Du sort on obtient la faveur.

Jusqu'à-présent , j'ai lieu de croire , Que mes faits sont dignes de gloire; Et que je n'aurais pas besoin D'aller chercher exemple au loin ; Mais , quoique mis en belle passe , Je ne suis pas seul dans ma classe.

Jadis, dans les climats du nord.

Un chevalier donna la mort A vaillant ours, et fît blessure Au violon, c'est chose sûre.

76 HUDIBPlAS.

And wound a fiddler ; we have both Of these the objects of our wroth, And equal fame and glory from Th' attempt of victory to come.

'Tis sung , there is a valiant Mamaluke

In foreign land , yclep'd

To whom we have been oft compar'd For jierson, parts, address, and beard; Both equally reputed stout, And in the same cause both have fought: He oft , in such attempts as these Came off with glory and success ; Nor will we fail in th' execution , For want of equal resolution.

Honour is like a widow, won With brisk attempt and putting on ; With ent'ring manfully and urging ; Not slow approaches , like a virgin.

This said, as yerst the Phrygian knight, So ours with rusty steel did smite His Trojan horse, and just as much He mended pace upon the touch ; But from his empty stomach groan'd Just as that hollow beast did sound , And angry answer'd from behind,

Pour nous signaler aujourd'hui , Nous avons même objet que lui.

De plus, on sait qu'un personnage, (83 1 Qui, pour raisons, est en voyage, A qui plusieurs m'ont comparé Pour barbe, esprit, maintien, beauté, Ayant de valeur même dose , Et combattant pour même cause, Dans de très-semblables projets.

Eut très-souvent heureux succès.

Je compte bien l'avoir de même , Attendu ma valeur extrême.

Comme une veuve , notre honneur (84 Veut être emporté par ardeur ; Non pas comme vierge chérie ; Qui veut douceurs et flatterie.

Il dit, et , comme le ïroyen (85) Fit à cheval semblable au sien , Il piqua d'une force extrême , Et sa bête s'en mut de même ; Et comme elle était creuse aussi , Son ventre insulté fit un cri Qui sortit près de la croupière Avec du vent par le derrière.

With brandisli'd tail and blast of wind. :

So have I seen , with armed heel, A wi2;ht bestride a common-weal, à

While still tiie more he kick'd and spurr'd,; The less the sullen jade has stirr'd.

The end of the first Canto.

CHANT I. 7j)

Ainsi je vis un scélérat (86) Chevaucher et piquer l'état ; Il eut beau faire plaie ou bosse , Il ne put émouvoir la rosse.

Pin du premier Chant.

8o HUDIBRAS.

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