‹ HudibrasChapitre 21 sur 21 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

I n est qu a moitié contée.

Trait de satire contre Gundibert, poëme héroïque du chevalier Guillaume Davenant. Nous aurons occasion d'en parler dans la suite.

(9.) Quand gros mots, craintes, jalousies.

L'auteur entend par gros mots tous ces termes de jargon dont faisaient usage les preshytériens et autres sectaires de ce temps-là. Ils s'appelaient les élus, les Saints, les prédestinés; et ceux qui souhaitaient conserver la constitution établie dans le gouvernement et dans l'église étaient des papistes, des prélatistes, des mal-intentionnés , des réprouvés, des scélérats, etc. (3) Quand le trompette d'évangile.

Les presbytériens, dont plusieurs s'étaient glissés dans les églises paroissiales avant la guerre, excitaient par leurs prédications séditieuses le peuple à prendre

296 NOTES sur" IIUDIBRAS.

les armes, à combattre , pour me servir de leurs termed pour le Seigneur, à déraciner les Amalécites et à dé truire les impies de dessus la surface de la terre c'est-à-dire, suivant eux, tous ceux qui aimaient Ij roi, les évéques et la liturgie de l'église anglicane

(4) Lors le chevalier prit le large.

On pense que le héros de ce poëme est le chevalie Samuel Luke, qui non seulement était colonel dan l'armée du parlement, mais encore premier juge dan les comtés de Bedford et de Surrey. ( Voyez l'Histoir des Indépendants , par Walker. ) 11 n'y a cependan rien de moins sûr que la plupart de ces allusions qu le commentateur d'Hudibras a prétendu trouver entrj les personnages du poëme et ceux qui jouèrent un grand rôle pendant la rebellion. Suivant toutes les aj parences, S. Butler n'a eu d'autre but que de tourne en ridicule en la personne d'Hudibras , les presbyte riens en général, et les indépendants en celle de Ralphs sans avoir dessein de désigner qui que ce soit.

(5) Dont le lier genou, de sa vie , Ne plia qu'à chevalerie.

Les presbytériens ne se mettent jamais à genoux pas même à la communion. Les chevaliers s'y metten à leur réception et reçoivent un coup d'épée sU l'épaule.

(6) A juger on vider querelle.

Hudibras comme colonel se battait , et comme juge

de-paix, il jugeait les querelles et les petits délits qui se commettaient.

(7) La chatte dont se plaint Montagne,

« Quand je me joue à ma chatte, qui sçait si elle « passe son temps de moy plus que je ne fay d'elle ? « Nous nous entretenons de singeries réciproques. Si « j'ay mon heure de commencer ou de refuser, aussi « a-t-elle la sienne; » et plus bas, en parlant des animaux : a ils nous peuvent estimer testes comme nous « les estimons. »

Montaigne, Paris lyOiS , tome II, page 140.

(8) Même jugement d'Hadibras.

Geoffroy de Monmouth, évéque de Saint-Asaph, fait mention dans son Histoire fabuleuse , d'un roi breton de ce nom, qui vivait dans le même siècle que Salomon ; mais il y a plus d'apparence que S. Butler fait allusion à un des chevaliers de Spenser :

He that made love unto the eldest Dame, Was hight Sir Hudihras, an hardy man.

Fair}- queen, book 2 , canto 2,1». 17. « Celui qui fit l'amour à l'aînée des trois sœurs s'appe- « lait sire Hudibras, homme vaillant. »

(9) Que latin il vous eût parlé.

C'était la fureur de ce siècle de vovJoir des harangues et des sermons remplis de passages latins. Le D"" Pocock, un des plus grands savants de ce siècle, n'avait pas cette manie. Un de ses amis passant par le village de Chikhey s'informa du nom du ministre et s'il était

agS NOTES SUR HUDIBRAS.

goûté; c'est, lai dit-on, un certain M. Pocock, fort honn<Jte homme, mais qui n'est pas grand latiniste. (lo) A ceux qui n'en entendaient rien.

Suivant l'usage des ignorants de parler à tort et à travers de choses dont ils n'entendent pas un mot, et qui sont admirés de gens encore plus sots et plus ignorants qu'eux,

(il) Qu'il fut circoncis.

Les païens avaient une opinion singulière de la circoncision; voici la raison qu'ils rendaient de cette Ji loi imposée par Moïse: |l

« Curti, appellati sunt Judsei, quia pellicula immi- i « nuti sunt; quia Moses rex Judœorura , cujus legibus \f. « reguntur, negligentiâ (piawOEi; medicinaliter exsectus ji «est, et ne solus esset notabilis, oranes circumcidi | 'i voluit. » ,|

Vêtus schol. ad horat. serm. Ub. 7. s'at. 9. ,|

(12) Un juge une oie. '<[

Milord Clarendon observe qu'après la déclaration jj passée pour ne plus envoyer d'adresses au roi, ceux i! qui six ou sept ans auparavant n'étaient que de simples jl constables devinrent alors juges -de-paix. Ils exécu-, 'jij taient dans toutes les provinces les ordres du parle- il ment avec la dernière rigueur et avec la plus grande ji tyrannie , comme on devait s'y attendre de personnes U d'une extiaclion si basse. j|

(i3J Et si par-fois. . . Il toussait ou restait court. 'S

Olivier Maillard , cordelier et prédicateur célèbre ; 1

CHANT I. 2()i)

du seizième siècle, affectait de tousser comme une chose qui donnait de la grace à ses déclamations , et dans un sermon qu'il fit imprimer à Bruges veis l'an i5oo, il ne manqua pas de marquer à la marge, par des hern hem, les endroits où il avait toussé. (i4) D'anglais, de grec et de latin.

Le langage s'altéra beaucoup pendant les guerres civiles, et les diverses sectes y introduisirent une infinité de termes et de façons de parler étrangères à la langue. Les chefs de partis étaient fort curieux de paraître savants, et dans leurs harangues ils mêlaient communément beaucoup de mots latins.

(i5) De trois ouvriers de Babel.

Diodore de Sicile parle dans son troisième livre des Antiquités, de quelques îles méridionales, dont les habitants ayant la langue fendue, pouvaient en même temps parler deux langues diverses et s'entretenir avec deux différentes personnes. j (16) Pour les toucher ne fournit pierre.

I Allusion à la pierre de touche, par le moyen de laquelle on connaît l'or et l'argent.

j (17) De sorte que si Démosthène. I On prétend que Démosthène ne prononçait qu'avec peine, défaut qu'il vint à bout de surmonter en parlant avec de petites pierres dans la bouche.

(18) Que Tycho-brahé de cent piques.

Fameux astronome danois, inventeur du système

3oo NOTES SUR- HUDIBRAS.

qui porte encore son nom. Il naquit le 19 décembr 1546, et mourut à Prague le 24 octobre 1601. Le trat ducteur a oublié Erra Pater , qui est un sobriqu'ei donné à Guillaume Lilly, astrologue, pour qui Lj chambre des communes avaient de grands égards.

(19) Un pot de bière il eut jaugé.

Comme juge- de -paix il avait le droit d'examinei les poids et les mesures.

(20) De tous les doutes du sceptique.

Secte de philosophes dont Pyrrhon fut le chef. Le

sceptiques trouvaient par-tout des raisons d'aflîrme! et des raisons de nier, et après avoir bien examiné l pour et le contre, ils suspendaient leur jugement , e ï se bornaient à dire que la chose examinée n'était paJ claire. Ils faisaient consister le souverain bien dan. 1 une apathie ou tranquillité de l'esprit exempte d( t toutes passions.

(21) Si bien les choses aux idées Dans sa tête étaient adaptées.

Satire contre ces philosophes qui prenaient les idées qu'ils avaient des substances pour des combinaisons de la nature, et non pour l'ouvrage arbitraire d« l'esprit humain. ( Voyez Locke sur les noms des substances, Essai sur l'entendement humain. )

(22) Savait où va la quiddité

Des corps morts l'ame et l'entité.

Il appelle avec raison les idées abstraites d'entité

CHANT I. 3oi

t He quiddité , l'ame , le fantôme des corps. Il tourne ar-là en ridicule les distinctions trop subtiles des nétaphysiciens , les vétilleries de l'école , qui disguent entre le corns , l'entité et la subs"lance , de orte que suivant eux on peut conserver les deux derlières idées , quoique le corps n'existe plus.

(2 3) Comme un mot gelé qui dégèle.

Quelques voyageurs soutiennent qu'à la nouvelle emble et dans le Groenland, les paroles se gèlent en l'air, et qu'on les entend distinctement lorsque le iégel survient.

(24) Distinguait ceci de cela.

L'auteur se moque ici des questions inutiles qu'on gite en métaphysique.

(2 5) Comme Thomas d'Aquin et plus.

L'anglais porte : « Dans la scholastique aussi habile |« que celui qu'on surnomma le docteur irréfragable, j« un second Thomas d'Aquin, ou pour les exprimer « tous à-la-fois, un autre Dunscotus. » I Ce docteur irréfragable ou invincible s'appelait 'Alexandre Haies; il naquit dans le Glocestershire et fleurit dans le treizième siècle , temps où la scholastique était fort en vogue, et dans laquelle il se rendit si habile qu'on lui donna le surnom qu'on vient de voir.

Thomas d'Aquin , né à Cologne en 1324 ? donna une nouvelle forme à la théologie.

3o2 NOTES SUR- HUDI BR AS.

Jean Dimscot , que les Anglais et les Écossais rêver cliquent à leurs nations, fut un des grands antago nistes de Thomas d'Aquin , et s'opposa toujours à si doctrine. Son habileté dans la logique de ce temps-l lui mérita le nom de Docteur subtil.

(26) Dans les nominaux, ainsi comms Dans les réanx.

Sectes en philosophie. Guillaume Occham fut 1 chef des nominaux , et Dunscotus celui des réaux.

(27) De sable une corde il tordait Mieux que le sorboniste adroit.

Le commentateur anglais prétend que Butler fai ici allusion à l'anecdote suivante : « Un gentilhomm « parisien se trouvant réduit dans des circonstance o fâcheuses , rencontra , en se promenant à la cam « pagne , une personne en habit de docteur de Sor « bonne , qui lui demanda le sujet de sa mélancolie « et lui promit de le tirer d'inquiétude, pourvu qu'i « lui appartînt dès - lors même qu'il n'aurait plui « d'ordres à lui donner. Le marché conclu , le gentil- « homme ordonna au docteur de remplir un cribh » d'eau , ce qu'il fît dans la minute ; il lui commande « ensuite de faire une corde de sable, mais le diablt « n'étant point assez habile , s'en alla tout confus. » . Je croirais plus volontiers que notre auteur en veut ici aux vaines questions de la scholastique.

(28) Pu paradis et le plaçait.

Rien de si ridicule que les sentiments de la plupart

j CHANT I. • 3o3

les auteurs, sur la situation du paradis terrestre. Le levalier Walter Raleigh les a rassemblés avec beauijup de peines et de soins au commencement de son \istoire du monde.

\ (29) Si nos premiers parents avaient I Un nombril.

j Adam et Eve ayant été créés de Dieu et non conçus ans le sein d'une femme , n'avaient point de nombril ce que prétendent beaucoup de gens habiles. Le ivant évéque Peterborough , le docteur Cumberland, tort en 1719, dit dans son Origine des nations an- ■ennes: « Tous les autres hommes étant nés des femmes ont un nombril , à cause que les vaisseaux ombilicaux qui portent du placenta la nourriture aux enfants dans le sein de leurs mères, y sont insérés. Il n'en était pas de même de nos premiers pères ; comment croire en effet que Dieu leur eût donné un nombril qui leur eût été tout-à-fait inutile, et les eût exposés à une maladie dangereuse , qu'on appelle en médecine Omphalocele. »

(3o) Qui fit musique malléable.

I Macrobe raconte dans son second livre, que Pythagore passant près de la boutique d'un forgeron, remarqua que le bruit excité par les marteaux était ou .plus grave ou plus aigu suivant leurs poids différents. Rendu chez lui, il réfléchit sur ce sujet, et à force de tentatives il parvint à trouver les sept notes de la musique.

3o4 NOTES SUR HUDIlîRAS.

(3r) Sa religion an génie.

Butler nous représente avec beaucoup de fidélité | religion de son héros; et il était nécessaire qu'il le fî| pour mettre le lecteur en état de juger si le chevalié avait les qualités nécessaires à un réformateur, et si! religion qu'il professait valait mieux que celle qu'i tâchait de détruire.

(Sa) D'être l'église militante.

Le presbytérianisme ou calvinisme s'est établi pa les armes , comme la religion mahométane , par-touj où on le professe actuellement , comme à Genève, e Suisse , en Hollande , en Ecosse. Il obtint par le mêm moyen en France d'être toléré pendant quelque temps Il devint presque la religion dominante en Angleterr pendant la grande rebellion , et il y eut à ce suje beaucoup de sang répandu. Il y a plusieurs ordo» nances de la chambre des pairs et de celle des comj munes , qui favorisent le gouvernement et la disciplina des presbytériens. On commença à les exécuter dans les villes de Londres et de Westminster; mais les indépendants ayant gagné, par les artifices de Cromwell, le dessus dans le parlement, cassèrent ces ordonnances et mirent fin aux espérances de cette secte.

(33) Et sa doctrine prouve à tous. |

J'ajoute à ce que j'ai dit de la manière violente dont

cette secte s'est établie , que jamais il n'y en eut de si'

intolérante. Tant qu'ils furent les plus puissants eBsi

CHANT I. ' 3o5

Ecosse , ils persécutèrent toutes les autres religions , et ils firent la même chose en Angleterre, tant que les deux chambres du parlement leur furent favorables. a Etablir la tolérance, disaient -ils, c'est établir l'ini- « quite par l'autorité des lois ; c'est comme si l'on « destinait une ville d'asyle dans la conscience des f hommes pour que le diable aille s'y mettre à cou- « vert ; c'est le meurtre des âmes, et de tous les « meurtres le plus grand. »

(34) Fêtes, au mauvais jour, chômeront Mieux qu'au bon, les autres ne font.

L'aversion des presbytériens pour l'église anglicane I était si grande qu'ils refusaient de se conformer à ses usages les plus innocents ; ils la contrecarraient en : tous points , et c'est par une suite de cette aversion ' qu'ils publièrent, en i644» un jeûne pour le jour de JNoèl; et qu'en 1647 ils firent une ordonnance pour abolir cette fête et toutes celles qui subsistaient encore. ! Jamais on n'avait jeûné dans le monde chrétien un I jour aussi solennel. Comme beaucoup de monde ne voulait pas se soumettre à ce règlement , ils envoyèrent des soldats dans les maisons un peu avant le dîner, qui emportèrent tout ce qui pouvait se manger et s'en régalèrent , ayant obtenu pour eux la dispense du jeûne, à condition qu'ils le feraient observer aux autres. Les presbytériens écossais donnèrent de bonne heure des preuves de leur obstination à cet égard. Jacques I , roi d'Angleterre , ayant prié les magistrats

3o6 NOTES SUR HUDIBRAS.

d'Edimbourg de régaler les ambassadeurs français avant qu'ils s'en retournassent en France , les mi-i nistres ei^rent l'audace de proclamer pour ce jour-1» même un jeûne, et vinrent par-là à bout d'empêcher le régal.

(35) Ils se brouillent en furieux.

Les presbytériens traitaient de superstition et de

restes du papisme, la coutume de manger de certaines choses, comme boudin à Noël, œufs à Pâques, etc.

(36) Etaient on bien âne ou pigeon. j Mahomet a donné une place dans le ciel à l'àne qui|

l'y porta en une nuit.

Cet imposteur avait , à ce qu'on prétend , accoutumé) I un pigeon à becqueter dans son oreille la graine qu'i I j y avait mise auparavant , afin de faire croire qu'il er .' était inspiré. !

(37) Sa barbe ornait tout-à-la-fois. 1 La plupart des ligueurs fanatiques avaient fait vœuil

de ne point se raser que le roi n'eût été détrôné.

(38) Que de Samson la chevelure.

La force de Samson consistait dans ses cheveux , en les perdant 11 tomba au pouvoir de ses ennemis; mais lui étant revenus, il reprit sa force accoutumée, et Tenversa le temple où s'étaient assemblés les Philistins,) sous les ruines duquel il trouva la mort.

(39) Elle avait fait vœu dans un ordre. Voyez la noie 87.

CHANT I, 3o7

(40) Ainsi Talicot d'une fesse.

Gaspart Talliacotius , né à Bologne en i553, fut professeur en médecine et en chirurgie dans la même ■ville. Il mourut en 1599. On voit sa statue dans le théâtre d'anatomie; elle tient un nez à la main. Il a écrit en latin un traité qu'il a intitulé : Chirurgia nova; il y enseigne l'art de greffer des nez , des oreilles , des lèvres, etc. , et il y détaille les instruments et les bandages nécessaires à ces opérations. Plusieurs personnes ont réussi , à ce qu'on prétend , dans cette partie de la chirurgie ; et l'on rapporte à ce sujet des faits bien circonstanciés , de l'authenticité desquels il est cependant très -permis de douter.

On a traduit cet endroit en vers latins, qu'on ne sera peut-être pas fâché de trouver ici: Sic adscititios nasos de clune torosi Vectoris doctâ secuit Taliacotius arte : Qui potuere parem durando œquare parentem. At postquam falo clunis computrult, ipsum Una sympbaticum cœpit tabescere rostrum.

(41) Hudibras portait sur son dos De ses fesses tout aussi gros.

Voyez le portrait qu'Homère fait de Thersite an second livre de V Iliade , vers 217.

(42) Autrefois sous le roi Henri.

Il s'agit ici d'Henii VIII , roi d'Angleterre , qui assiéga la ville de Boulogne au mois de juillet i544> ce prince était fort gros.

3o8 NOTES SUR HUDIBRAS.

(43) Ne savait ni manger, ni boire.

Allusion à ce que dit Don Quichotte : « Quoique a j'aie, dit -il, autant lu d'histoires de chevalerie que; « qui que ce soit, je n'ai jamais vu que les chevaliers « errants mangeassent, à moins que ce ne fût par hasard, « lorsqu'on les invitait à un grand festin ou à un ban- « quet royal; dans tout autre temps, ils ne se nour- « rissent giîères que de leurs propres pensées. »

(44) Tout ce qu'on dit du grand Arthus. Quelques historiens anglais font mention d'un fameux roi breton de ce nom. Il vécut, suivant eux, dans le VI^ siècle, et institua l'ordre de la Table ronde.|i

(45) La lame à Tolède forgée.

Capitale de la Nouvelle -Castille, renommée pour j

ses lames d'épée.

(46) Chez un brasseur en son bas âge.

Raillerie contre Cromwell qui , quoique d'une bonne |

et d'une ancienne famille, fut brasseur à Huntington.'] (Voyez deux chansons, dont l'une est intitulée : h Brasseur protecteur , et l'autre le Brasseur. )

(47) La bouche blanche et l'œil vairon.

Voyez la Description du cheval de Don Quichotte Vol. I, chap. I.

(48) Que le cheval du grand César.

« Utebatur equo insigni , pedibus prope humanis , « et in modum digitorum ungulis fissis. »

Suet. in Jul.

CHANT I. Sog

(49) Etait suivi d'au écuyer.

On remarque dans une clé qui se trouve à la fin l'un poëme burlesque de Butler , que l'écuyer d'Hulibras était un nommé Pemble , tailleur et membre du omité pour les séquestres. On a censuré Butler de ce [u'il a introduit sur la scène un écuyer de principes lifférents de ceux du chevalier. Les personnes qui mt fait cette objection ne font pas attention que cette liversité de sentiments fait sortir les caractères de 'un et de l'autre , met de la chaleur dans un poëme , [ui sans cela aurait langui en beaucoup d'endroits; t que si le chevalier et l'écuyer eussent été d'un même entiment, nous n'eussions jamais eu ces disputes élo- [uentes sur les synodes , les serments et la conscience , [ui caractérisent si bien l'esprit des fanatiques de ce emps-là.

(50) La reine qui gagna jadis.

Didon, reine de Carthage, qui acheta d'un roi de jybie autant de terrain qu'elle en pourrait envionner avec une peau de bœuf; elle la découpa enuite d'une manière très -mince, et trompa ainsi le )ropriétaire.

(5i) Au sanguinaire Cannibal.

Cela présente une idée qui révolte dans notre langue . (52) Il vit l'enfer ainsi qu'Énée.

Les tailleurs anglais nomment enfer ce que les taileurs français appellent œil. C'est l'endroit où ils serrent j:e qu'ils volent à leurs pratiques.

3ro NOTES SUR HUDIBRAS, j!

i j (53) Mais au lieu de branche dorée. ' j

L'anglais dit : « Non avec le passeport supposé d'une ; |

branche d'or. » On croirait que notre auteur en veut'ï

ici à Virgile, qui met en main à son héros une branche)

d'or. Il ignorait sans doute que l'or croît souvent dansjii

les mines en forme de branches et de feuilles. j

(54) Comme on voit l'argent, j ]

Gage d'amour d'un tendre amant. 1

Jusqu'en 1696 qu'on rappela toute la monnoie qui :i n'avait pas été faite au lEoulinet, les pièces de 9 solsj^ furent fort communes. Elles étaient ordinaireraenti pliées en sens contraire , à-peu-près de même que lesjl pièces de 12 sols le sont à-présent; cette façon dejij plier s'appelait : To my Love , and from m.y Love. LesJ \ gens du commun envoyaient de ces pièces ainsi pliéesj |

à leurs maîtresses. ( \

(55) Pour chercher le baptême au fond. |

Les anabaptistes , non contents de leur premier bap- 1 (

tême , se faisaient plonger dans une rivière ou dans( I

une cuve pleine d'eau; et c'est ce qu'on appelle leiii

baptême par immersion. \ \

{S&) Et prend j

Le nez du saint pour instrument.

. Ces fanatiques affectaient de parler du nez. j

(57) Ainsi Ralph devint infaillible. j 1

Ralpho est de la secte des indépendants, qui se i

disaient illuminés, et ne voulaient d'autre règle etij

I CHANT I. 3ïi

l'autre discipline que ce que leur inspirait leur nou- ?elle lumière, comme ils l'appelaient.

(58) Cet art qn'Adam a découvert.

L'auteur du livre intitulé : Magia Adamica, tâche de jrouver que les mages tiraient leurs connaissances delà ;cienceinfuse dont Dleuavait doué Adam avant sa chute.

(59) Etant encore vêtu de vert.

L'anglais dit : « Dont la primitive tradition s'étend I jusqu'aux premières culottes vertes d'Adam. » C'est me raillerie contre une traduction anglaise de la Bible, lubliée en iSgçj, où l'on a traduit cet endroit de la lenèse, consuerunt folia ficus et fecerunt sibi perizomata ; Is cousirent ensemble des feuilles de figuier et ils s'en irent des culottes. Les femmes conclurent sur cette raduction qu'elles avaient autant de droit de porter (8 culottes que les hommes.

(60) Le fameux menteur Agrippa.

Corneille Agrippa naquit à Cologne d'une famille lustre ; il fut secrétaire de l'empereur Maximilien , octeur en théologie, syndic et avocat de la ville de [etz , médecin de la duchesse d'Anjou , mère de Franois I , conseiller et historiographe de Charles-Quint. i avait beaucoup de savoir, mais il ne s'en servit qu'à (Utenir les paradoxes les plus étranges.

(61) Jacob Behmen.

Jacob Behmen , rose-croix , dont les ouvrages sont leins d'un jargon inintelligible.

3i2 NOTES SUR-HUDIBRAS.

(62) Des rose-croix dès son eAfance.

Chimistes , philosophes hermétiques , qui crpi^nt

avoir trouvé la pierre phllosophale , la transmutation

des métaux.

(63) Des oiseaux il sut le patois.

C'est une opinion très -ancienne que les animaai conversent ensemble, et qu'il se trouve des homme qui entendent leur langage. L'auteur du Targum suï\ Esther, rapporte que Salomon entendait le langage dej^ oiseaux. Démocrite prétend, suivant le témoignage d'ji Pline, que du mélange du sang de quelques oiseaui il en naît un serpent, dont ceux qui mangent con prennent tout ce que les oiseaux se disent entre eu:j

(64) Quel membre l'oiseau désignait.

Il s'agit ici des membres du parlement qui

jugement de notre auteur, méritaient de tels ch timents.

(65) De la matière il sut extraire Des nombres. 1

Probablement une plaisanterie contre l'explicatii j que donnaient les disciples de Pythagore, de la gér ration. Peut-être aussi notre auteur fait-il allusion ce passage de Platon dans le Cratjlus: « Les pythagc a ciens concluent par les nombres que Patrocle dev * tomber sous les coups d'Hector; Hector sous pe « d'Achille ; Achille être tué par Paris , et Paris ] « Philoctète.» (Voyez la manière dont Rabelais toui •n ridicule ce passage de Platon. Liv. 4i chap. S^. )

CHAINT I. 3i3

! (66) Ce quest matière toute nue, Régnier fait diie à son pédant , sat. lO ;

Qu'en son globe il a vu la matière première. Butler a voulu tourner ici en ridicule le jargon des

[philosophes hermétiques qui , dans leurs ouvrages ,

[parlent beaucoup de matière première, de chaos, de

jpremière masse , etc.

(67) On dit la reformation

Cadette de cette maison.

! Il ne s'agit point ici de la religion réformée en géjaéral, mais des sectes qui se sont réformées sur un plan différent de celui de la religion anglicane, ou ijui s'en sont séparées. Notre auteur compare ces sectaires à des marionnettes , parce qu'ils prétendaient lêtre inspirés, et qu'ils ne se regardaient que comme lun instrument passif, que mettait en œuvre l'Esprit- ISaint.

I (68) Il prédisait en combinant.

I Le clergé, afin d'encourager le peuple dans la ré- 'volte, ne cessait de faire retentir la chaire de vérité de >ses fausses prédictions contre le parti du roi.

: (69) L'horoscope de question.

I L'anglais dit : « Ils dressent le thème natal de la i« question, et par certaines positions ils vous diront « ce qui doit arriver d'une manière aussi sûre que s'ils « savaient le moment de la naissance. » Cela a rapport à ce qu'on raconte des astrologues, que si quelqu'un

3i4 NOTES SUR HLDIBRAS.

vient les trouver pour apprendre la destinée de son enfant , et qu'il ait par malheur oublié l'heure et la | minute qu'il est né, l'astrologue regardant le père, i comme guidé dans cette affaire par les astres , examine I quelle était la position du ciel à l'instant qu'on lui a j proposé la question ; il forme là -dessus son jugement i comme s'il avait su le moment de la naissance de i l'enfant. j

(70) Chauffes le poëte et l'inspires. [, L'auteur nomme ici quelques mauvais poètes de j

son temps. i

(71) Vers le couchant est uue ville.

C'est probablement Brentford, à huit milles dej Londres , à l'ouest , comme on le peut conjecturer, par les vers ggS , 996 , etc. , du sixième chant.

And tho' you overcome the bear,

The dogs beat you at Brentford fair;

Where sturdy butchers broke your noddle.

Et quoique vous remportâtes la victoire sur l'ours ,

cependant les chiens vous battirent à la foire dfei

Brentford, où les vaillants bouchers vous cassèrent

la tête.

(72) Met bien plus haut que le constable. Constable, bas officier de justice, subordonné aol

juge-de-paix.

(73) Et pour la cause est-ce trop peu? Il s'agit ici du covenant ou ligue solennelle

CHANT I. 3i5

t le parlement d'Ecosse , et qu'il envoya ensuite au arlement d'Angleterre, afin d'unir plus étroitement ;s deux nations par les liens sacrés de la religion. Les eux chambres du parlement et la ville de Londres approuvèrent ; on le fit lire en conséquence dans Imtes les églises du royaume, et pendant qu'on en isait lecture tout le monde devait tenir le bras levé 1 signe d'approbation.

(74) Cynarctomacbie.

Mot grec , composé de trois autres , qui signifient )mbat du chien et de l'ours.

(75) Entre elles voit-on reformer.

Les évéques et particulièrement l'archevêque Laud, I tenaient scrupuleusement attachés à des cérémonies ne les presbytériens traitaient de superstitieuses , et 5nt ils souhaitaient par cette raison la réformation.

(76) Les gens qui séduisent le roi.

j C'étaient les favoris et les ministres du roi, que le jirlement regardait comme les auteurs de tous les [laux dont la nation se plaignait. On les désigna sous ■ nom de mauvais conseillers, de déliquants , etc.; le lirlement les excepta toujours d'aucun pardon , d'aujine amnistie. On peut sur tous ces événements con-' lilter ce que rapporte à ce sujet Rapin Thoyras dans »n Histoire d'Angleterre, la plus vraie, la plus exacte i; la plus impartiale qu'on puisse lire; au lieu que la 'upart de ceux qui ont écrit l'histoire de ces temps-là, i f..

3i6 NOTES SUR HUDIBRAS. M

n'ont eu en vue que d'écrire le panégyrique de Charles I , ou que d'en faire une satire.

(77) Car Égyptiens adorèrent Les chiens.

Anul^is, un des dieux de l'Egypte, était représenté avec une tête de chien.

L'ichneumon, espèce de rat d'eau, ennemi mortel l du crocodile, était aussi adoré de cette nation. î

(78) Dent d'éléphant ou singe infâme.

Le roi de Pégu fit la guerre à celui de Siam pour

l'éléphant hlanc que les Siamois adoraient. Les peuples* de Malahar et de Ceylan avaient en grande vénéiationl une dent de singe. Cette dent étant tombée entre leijii mains des Portugais , ils la brûlèrent , quoique cesli peuples offrissent une somme très - considérable pouijl( la ravoir. Malabares et Cheilonenses 7viOv)54oXaTpoT sunt jji notnm è Linschotano , Cheilonenses , Lusitanis anno i554 pre solo dente simiœ , religiose ab illis culto , et in monti Adami intercepta, obtulisse 700000 diicatonim. ( Voyei le Commentaire d'Hennius sur la quinzième satire d« Juvénal. )

(79) Qo'on ne voit pas dans l'Ecriture Les disciplinaires, dont la secte s'éleva à-peu-prè

en ce temps-là, prétendaient que l'Ecriture doit telle ment faire la règle de nos actions, que tout ce qui n'; est pas expressément et nommément contenu est \W\ péché ; aussi ne voulaient-ils point payer leurs rente)

iju'on ne leur apportât un passage de l'écriture, qui [irdonnat en termes exprès de le faire.

I (80) Et n'est-ce pas idolâtrie ?

I L'anglais est une traduction littérale de cet endroit Idu psaume io5, verset 87. Et fornicati sunt in adinvenuonibiis suis. Ces sectaires faisaient un mélange du sacré ;t du profane. Ij'auteur, en les introduisant sur la icène , n'a pu se dispenser de les faire parler comme Ils l'auraient fait en pareille circonstance.

j (81) Un misérable quiproquo.

j On n'a pas traduit ces six vers anglais à la lettre. Tu romets beaucoup , dit Hudibras , mais tu n'es pas en tat de tenir parole. Tu fais un chou d'un porreau , comme dit le proverbe mira de lente; c'est tout au plus omme si tu voulais traire un taureau, ou tondre un iochon ; beaucoup de bruit , peu de profit.

Mira de lente, est un proverbe en usage parmi les grecs, quand on fait de grands éloges d'une chose de peu de valeur, Aeivà wepl (pa>cr;.

Comme si tu voulais traire un taureau. Allusion à un proverbe anglais.

Ou tondre un cochon. ( Voyez Don Quichotte, fol. 3 , chap. i3.)

(82) Nous ramons, mais le destin mène.

Les presbytériens étaient alors fort zélés pour la doctrine de la prédestination. Le D'^ Swift les tourne

3i8 *ÏOTES SUR HUDIBRAS.

à ce sujet en ridicule en la personne de Jean , dans It ! i

conte du Tonneau. i i

(83) De plus on sait qu'un personnage. \ L'anglais laisse son nom en blanc, mais la rime et la

mesure du vers exigent qu'on lise Sir Samuel Luke , le chevalier Luke.

(84) Comme une veuve notre honneur.

Celui qui fait la cour à une fille, dit un proverbe anglais, doit rarement se présenter devant elle; celui qui fait l'amour à une veuve ne doit la quitter ni jour ni nuit. Auprès d'une fille il faut feindre, mentir, flatter ; mais il faut attaquer brusquement une veuve et emporter la place d'assaut.

He that woos a maid, must seldom come in her sight: But he that woos a widow, must woo her day and night. He that woos a maid, must feign, lie, and flatter; But he that woos a widow, must down with his breeches and at her.

(85) Et comme le Troyen.

Laocoon , qui soupçonnant la fourberie des Grecs, frappa d'un coup de pique le cheval de bois.

(86) Ainsi je vis xxa scélérat.

L'anglais dit simplement : « Ainsi je vis un person- -B nage .... » Cet endroit fait allusion , suivant M'' Grcy, à Richard Cromwell qui, après la mort de son père, devint protecteur de la république. Je suis persuadé : qu'il se trompe, et que Butler a voulu désigner en 1

CHANT I. 3i9

;et endroit Olivier Cromwell , et reprocher à la nation 'insensibilité qu'elle avait fait paraître pour tous les nauvais traitements qu'elle en avait essuyés.

(87) JCjt l'enferme en prison de bols.

C'est ce qu'on appelle en anglais stocks. Ce sont des ceps où les jambes sont prises.

(88) Qui de Ross avait lu l'ouvrage.

Alexandre Ross, théologien écossais, et l'un des

chapelains de Charles I, a fait un ouvrage intitulé: Vue de toutes les religions du monde , depuis la création du monde jusqu'à ce jour.

(89) Comme on rase toute une rue.

Sous le règne d'Edouard VI on éleva le palais de Sommerst , dans le Strand , sur les ruines d'une église paroissiale et de trois hôtels d'évêques. On démolit aussi quelques édifices superstitieux aux environs de Saint-Paul , le clocher de cette église et la plus grande partie de l'église de Saint-Jean de Jérusalem , près de Smithfield, pour en employer les matériaux à la construction de ce palais.

(90) De neuf ou dis garçons tailleurs.

On dit communément en Angleterre qtl'il faUl neul tailleurs pour faire un homme.

1;io . NOTES SUR HUDIBRAS.

(91) Comme au castor, c'est autre chose. L'anglais dit ; Comme on tue le castor pour ses testicules. C'est une erreur très - ancienne , comme on peut le voir par ces vers de la douzième satire de Juvénal.

Imitatas castora, qui se

Eunuchum ipse facit , cupiens evadere damno i

Testiculorum ; adeo medicatum intelligit inguen. i

Le castoreum n'est autre chose qu'une liqueur que porte le castor dans une poche près de l'aîne. Cette liqueur s'épaissit. On en fait beaucoup d'usage en médecine; mais lorsqu'elle est \ieille, elle devient \ très-pernicieuse.

(92) Pour tout, hormis la vérité.

Amicus Socrates , amicus Plato , sed magis arnica Veritas.

(93) Que les sabots

L'on fouette, sont animaux.

Les cartésiens soutiennent que les animaux ne sont que des machines. Y aurait- il plus d'absurdité à soutenir qu'une machine, qu'un sabot qu'on fouette, sont des animaux ?

(94) Viennent, par Penguins, des Hurons. Les Américains appellent Penguins un grand oiseau dont la tête est blanche. Ce mot signifie même chose en langage breton. On a trouvé plusieurs autres mots qui ont la même signification dans l'une et l'autre langue. Sur des fondements si légers, quelques auteurs

j CHANT II. ill

l)nt prétendu que les Américains descendaient des jBretons. Bochart et Huet ont poussé aussi loin la mreur des etymologies; et à la faveur d'un vain rapport de noms, ils ont cherché à déduire toute l'antiauité profane de la sacrée , et ils ont métamorphosé lies dieux de la Grèce et de Rome en patriarches. J'aimerais autant ce Suédois qui a prétendu prouver, par la science étymologique, dans un ouvrage imprimé le siècle dernier, que le paradis terrestre avait été placé en Suède , et que le premier homme y avait été péé. Un auteur moderne , moins savant et moins haibile que ces grands hommes , ne pouvant faire de dé- Icouvertes dans la science des etymologies , parce qu'il ignore les langues qui en sont le fondement et la base, Is'est contenté de rhabiller à sa manière les systèmes de Bochart et d'Huet ; mais en voulant paraître original , |il ne s'est montré que leur copiste.

(95) Ce champ cruel comme Pharsale.

Pharsale , ville de Thessalie, fameuse par la victoire que Jules-César remporta dans ses environs sur Pompée , l'an 607 de Rome.

(96) Car ainsi que nos beaux-esprits.

Butler tournre ici en ridicule ceux qui soutiennent que les modernes sont plus savants et plus habiles que les anciens ; parce qu'ils joignent à leurs propres connaissances celles de ces derniers. Pour éclaircir leur opinion , ils se servent de la comparaison d'un nain

3a2 NOTES SUR HUDIBRAS.

qui , placé sur les épaules d'un géant , découvre de

plus loin que ne le peut faire le géant lui-même.

(97) Comme comète sanguinaire.

Il n'y a pas encore long-temps qu'on s'imaginait que les comètes pronostiquaient des malheurs ; un philo» j sophe (*) a paru , et elles sont rentrées dans Tordre de i la nature. Le peuple seul , incapable de raisonnement , 1 est resté en possession de l'ancienne erreur. 1

(98) Crodéro le ménétrier. i Ce nom vient de crowd, vieux mot qui signifie !

violon. Ce ménétrier s'appelait Jackson; il était marchand de modes ; mais il avait qqitté son commerce pour entrer au service du parlement , où il perdit une jambe. N'étant plus propre à rien , il se vit obligé j d'aller de cabaret en cabaret jouer du violon , afin de gagner sa vie.

(99) Juste à l'endroit où le bourreau.

L'exécuteur de la hante -justice attache en Angleterre le nœud coulant sous l'oreille gauche.

(100) Chiron.

^ Centaure , fils de Saturne et de PhilljT-is.

(loi) Où le taureau nomme le roi.

Dans le comté de Stafford il y avait parmi les ménétriers une royauté, qui se donnait à celui qui montait

(*) JBaylc Yaycv. as Pinsies iliienes sur la eoiiùte de lôSo.

le mieux un taureau. Cette dignité fut fatale à plusieurs de ceux qui y aspirèrent.

(102) Jadis en Perse ou Tit de même, etc. Hérodote raconte , livre 3 , que l'usurpateur de la couronne de Perse ayant été tué, les sept seigneurs qui l'avaient immolé s'assemblèrent pour l'élection d'un roi , et résolurent de choisir celui dont le cheval hennirait le premier le lendemain matin.

(io3)" Qui, quoique cadette, a le pas.

Allusion à la démarche gauche d'un homme qui a une jambe de bois , qu'il a toujours soin de mettre la première afin de se tenir ferme.

(104) Le brave Orsin suivait après.

C'était un nommé Josué Gosling qui gardait les ours de Paris -Garden, dans le faubourg de Southwark. Il était fort attaché à ce parlement de Cromv?ell , qu'on surnomma par dérision le Rmnp. ( Croupion. )

(io5) Le jardin que Paris on nomme.

Endroit du faubourg de Southv('ark, qu'on appelle actuellement Bear - Garden (jardin de l'ours. ) On le nommait autrefois Paris-Garden , à cause du nommé Paris à qui il appartenait.

(loG) Il y mettra C. P. D. C.

lia chambre des communes de ce parlement , qu'on appela le long parlement , usurpa plusieurs prérogatives royales, entre autres celle d'accorder des permissions

pour les nouvelles inventions. Ces permissions, aussibien que les ordres de la chambre , étaient signés ; Clericus Parliamenti Dominoriim Communium , dont les lettres initiales sont C. P. D. C.

(107) Arctophylax, qu'eu voit paraître.

Arctopbylax ( gardien d'ours ) , étoile proche de la

grande Ourse, qu'on appelle Bouvier (Bootes. ) Septentriones autem sequitur Arctophylax , vulgo qui dicitur esse Bootes. Cic. de nal. Deoruin. Lib. 2. .

(108) Exti-ait d'uue souche pourrie.

L'auteur se moque de la poudre de sympathie. ;

(109) D'une sangsue habile a dit.

Le traducteur a prêté quelque chose à son original. Un habile médecin, dit Butler, vaut mieux que cinquante guerriers. Remarque que le mot /eecA( sangsue ) dont l'auteur se sert, signifiait autrefois un médecin , comme on le peut voir dans Chaucer, Spenser, etc. Homère dit à-peu-près de même :

iïlTpàç Y*? «vy)p iToXXuv àvTOc^ioç àXXtùv. Iliad. "K.y. 5i4- Car un médecin vaut autant qu'un grand nombre d'autres hommes.

(110) Bruin suivait.

Surnom de l'ours.

(i 1 1), Il fut cousin de Scrimansky.

C'est probablement le nom d'un ours fameux en ce temps-là , auquel Butler aura ajouté une terminaison polonaise.

I (lïs) Le Blanc le voyageur.

I Fameux voyageur qui raconte l'histoire d'Aganda , jîlle d'Israation , qu'un ours épousa.

(il 3) Tâlgol des vaches l'ennemi.

' Boucher qui avait son étable au marché de Newgate, p'étant distingué à la bataille de Nazeby, qui fut si fatale à Charles I, il obtint une commission de capitaine.

! (114) Athlète frotté d'hnile.

j Allusion au métier de boucher qu'exerçait Talgol.

(11 5) Ainsi que Guy, qui comparé.

Guy, comte de Warwick, qui vivait au commencement du dixième siècle, sous le règne d'Athclstan, roi saxon. L'auteur de son histoire raconte, chapitre 7, qu'il tua une vache , et l'auteur du Tattler ( babillard ) observe n" 148, qu'il mangea lui seul une vache qu'il avait tuée lui-même.

(116) Bien mieux qu'Ajax.

Achille étant mort , Ajax et Ulysse disputèrent entre eux les armes de ce héros. On les adjugea à Ulysse. Ajax devient furieux, il veut immoler à sa vengeance tous les princes grecs. Minerve lui ôte la raison, lui fascine les yeux ; les princes grecs échappent par ce moyen à la fureur d'Ajax, qui fait un horrible carnage de quelques troupeaux de bétail que dans sa frénésie il prend pour ses ennemis. Ceux qui souhaitent en savoir davanlage n'ont qu'à consulter Y Ajax furieux , de Sophocle , Âtatç |xaçifO(popc; ( porte-fouet. )

(Ibid.) Ou Don Quichotte.

II s'agit de la rencontre que fit Don Quichotte d' troupeau de moutons, qu'il prit pour le géant Alipharnon de Tapobrana. (Voyez Don Quichotte , \ol. t, chapitre 6. )

(il 7) 11 conib.ittait serpents allés. J-

Les guêpes qui font tort aux boucheries.

(ri 8) Comme faisait monsieur Saint-George. La Légende raconte que saint George délivra la Cappadoce d'un dragon monstrueux , qui y faisait beaucoup de ravages.

(119) Une polémique invention.

Toute persécution pour matière de religion.

(120) On vante l'un, l'antre on pnuib Imité de Juvénal , sat. i3, v. io5 :

Ille crucem, pretium sceleris tulit, hic diadema.

(121) Après eux Magnano marchait.

Un nommé Simon Wait, chaudronnier; il était de la secte des indépendants ; il s'acquit beaucoup de repu- ji tatiou par ses sermons séditieux. Il eut un jour l'impu- il dence de comparer en chaire Olivier Cromvrell à l'ar- tj change Michel , combattant contre le diable. ; '

(122) Comme le cordelier Bacon, j Roger Bacon , de l'ordre de saint François , fît de fi

grandes découvertes en médecine , en chimie , dans la j perspective, et dans les mécaniques; ce qui le fit soup

.'onner de magie. Son général le fit mettre , à ce sujet , ;n prison ; mais s'étant justifié, il en sortit. Il mourut l"n 1292, âgé de 78 ans.

(laS) Merlin fameux dans notre histoire, I Si l'on en croit Geoffroy de Monmouth, il y eut en )4ngleterre , vers la fin du cinquième siècle, un fameux personnage de ce nom. Suivant ce même historien, toute la nature était soumise aux ordres de Merlin ; on jlui attribue aussi beaucoup de prophéties.

I (124) Que le crible et ciseaux.

Sortes de divinations fort anciennes et qui sont encore actuellement en usage.

(i25) TruUa dont les charmes.

Cette Trulla était fille de Jacques Spenser, le chaudronnier Magnano la débaucha. On lui donna le nom de Trulla, parce que le mot anglais trulî se prenait 'communément alors pour la femme ou la maîtresse d'un chaudronnier; il signifie maintenant une femme débauchée qui court les rues, suit les armées , etc.

(126) De la dame Penthésilée.

Penthésilée, reine des amazones, succéda à Orithye, et donna des preuves de son courage au siège de Troie, où elle fut tuée par Achille. Pline dit liv. 7, chap. 56, qu'elle inventa la hache d'armes.

(127) De jurer par le nom d'Alcide.

Les Romains avaient des jurements particuliers pour

les hommes et pour les femmes. Viri , dit Macrobe, • per Castorcm non jurabant antiqiiitus , nec mtiîieres per t\ Herculem ; AEdepol autem juramenuim erat tam inuUeribiis '\ quam viris commune.

(128) Comme ont fait Thalestris, Armide. Thalestris , reine des amazones, dont parle Quinte- '

Curce au livre 6^ de son Histoire d' Alexandre. Il est fait mention d'Armide dans la Jerusalemme liberata del Tasso, et dans V Orlando furioso , de l'Arioste. ' '

(129) Gundibert.

Gundibert, personnage imaginaire, que le chevalier Guillaume Davenant a tâché d'illustrer dans un poëme épique que personne ne lit plus. Ce poëme avait encore alors quelque sorte de réputation.

(i3o) Après vint Cardon, juste et franc. ,

C'était un nommé Howes, savetier, qui s'érigeait en réformateur. L'original anglais est plein d'allusions à son métier. ,

(i3i) Celui-là n'a pas la grand chose.

Qui ne Ta vu dans vers ni prose.

Les plus anciennes ballades roulent ordinairemeni I sur les savetiers.

(iSa) Homère assure,

Fameux pour la bonne chaussure.

ÈuxvYip.î^£; Àxatol. Homère, Iliad. passim. KvYifxti; est^ une armure pour les jambes, ainsi on a tort de rendre i sJxvï)jJM'<î'êç par bien boués. Xénophou , en parlant des ,

CHANT II. Sag

oupes qui suivirent Cyrus , dit : Eiy^iv ^è -irâvreç xpavvi ixXxà, xal y^iTwva; çoiMwoùi; , x.où >cvïi[AÎ(^aç , etc. Kup laêa. Pag. i5et i6 de l'édition d'Oxford, lySS, i«-4''. [s avaient tous ( les Grecs ) des casques d'airain , des jisaques rouges et des grevières. KvTÎfAtç est par conséluent une armure pour les jambes, commune à toutes s troupes, au lieu que les bottes étaient particulières la cavalerie.

(i33) Etait de prêcher tout au mieax.

La chaire ne se trouvait alors remplie que par des lisans, qui étaient fort suivis et beaucoup goûtés par 1 populace.

(i34) Eafin Colon fermait la file.

Ned Perry, valet d'écurie.

(t35) Qu'on nourrissait de chair humaine. Diomède , roi de Thrace , nourrissait ses chevaux de hair humaine. Hercule le tua et le donna à manger à es propres chevaux.

(i36) Qu'Hercule pour vider l'étable.

Hercule , suivant la fable , nettoya les étables d'Aufée, roi d'Elis, en y faisant passer le fleuve Alphée.

(137) Tels furent les guerriers fameux.

Maintenant qu'on vient de voir les caractères des

principaux acteurs, ne pourrait - on pas demander

pourquoi le chevalierveut s'opposer aux plaisirs degens

qu'il sait avoir les mêmes sentiments que lui, comme

33o NOTES SUR HUDIBRAS.

on peut le voir par la harangue qu'il va leur faire ? J réponds qu'il se croyait obligé en conscience et e vertu de sa commission de supprimer un divertissii j ment , qu'après un mur et savant examen , il regarda comme illégitime. Il ne pouvait point , par conséquen' accorder de dispense à ses frères, parce que de p; reilles libertés ne convenaient pas au caractère de n formateurs. Aussi emploie-t-il tour-à-tour les flatterii et les menaces , pour les faire désister d'un divertiss( ment qui aurait fait un tort si considérable à leur causi

(i38) Langues, mœurs et religions.

On ne vit jamais dans aucune nation une si prod gleuse quantité de sectes qu'il y en avait alors en Ai gleterre. Dans un sermon prononcé devant le pariment, eji action de grace pour la ville de Chestei l'orateur dit que dans la seule ville de Londres il n avait pas moins de i8o hérésies différentes.

(iSg) Quelle démence vous transporte.

Allusion à ces vers de la Pharsale , de Lucain lib. I , V. 8, etc.

Quis furor , 6 cives , quae tanta iicentia ferri

Gentibus invisis Latium prîebere cruorem?

(140) Quel cestrum , quelle frénésie.

OEstrum est un mot grec qui signifie fureur. '. signifie aussi cette mouche qu'on appelle Taon.

(14 r) Et que des nôtres le sang crie. L'anglais dit ; « tandis que l'orgueilleux Vies segJpi

CHANT II. 33i

l<rifie de vos trophées et que Waller reste sans venj< geance. » Cela fait allusion à la bataille de Vies ou (le Devises , où le chevalier Guillaume Waller , qui tenait pour le parlement, fut totalement défait par iVilmot , père de ce fameux comte de Rochester, dont lous avons quelques poésies pleines d'esprit, mais trop icencieuses.

(142) Si pour le roi, contre lui-même.

Les presbytériens, quoiqu'en guerre avec le roi, Drétendaient combattre pour lui. Ils distinguaient ?ntre sa personne politique et sa personne naturelle. Sa personne politique, suivant eux, se trouve avec son parlement et ne peut jamais en être séparée, quoiqu'ils fussent en guerre avec sa personne naturelle. Aussi Hudibras les somme, à la fin de sa harangue , au nom du roi et du parlement , c'est-à-dire du roi politique let non du roi naturel. Le roi était nommé dans la comjmission du comte d'Essex; mais son nom ne parut [point dans celle du chevalier Thomas Fairfax, parce qu'il était indépendant, et que cette secte, qui alors lavait pris le dessus sur les presbytériens, voulait établir |wn état républicain sur les débris de la monarchie. ' (143) Porter en cocarde aux chapeaux.

On peut lire, dans Rapin Thoyras, la protestation que la chambre des communes fit signer par tous ses membres. Quelque temps après , le peuple s'attroupa autour de Westminster, et menaça les seigneurs s'ils ne faisaient justice du comte de Strafford. Celte popu-

332 NOTES SUR HUDIBRAS. j

lace, pour se distinguer et pour témoigner son zèle ' avait roulé autour du chapeau cette protestation. (144) Prendre le parti des six membres. Le roi, parle conseil du lord Digby, fit accuser de haute trahison le lord Kimbolton, qui était pair, ett cinq membres des communes, Denzill Hollis , Arthur! Haslerig , Jean Pym , Jean Harabden , et Guillaume' Strade , parce qu'ils étaient en quelque sorte les chefs* de leurs chambres et les auteurs de presque toutes les' délibérations. La chambre des communes ne voulut pas rendre ces membres au sergent qui vint les demander de la part du roi ; elle se contenta de dire qu'ils seraient toujours prêts à répondre à toute accusation conforme aux lois qui serait intentée contre eux. Le roi, piqué d'une telle réponse, alla au parlement avec des gens armés , à dessein de se saisir des cinq membres. Le parlement en ayant eu avis les fit esquiver. Le roi eut la mortification d'avoir fait une démarche inutile , qui contribua beaucoup à lui aliéner le cœur de ses sujets. La chambre s'étant rassemblée lej lendemain , vota que le roi avait violé ses privilèges ,| et qu'elle ne pouvait plus s'assembler au même lieu) avant que d'avoir obtenu une réparation convenable;! et une garde pour sa sûreté. Enfin , le roi , quelques il jours après, se vit dans la dure nécessité de se désister ( de ses procédures contre les six membres. 1

"1 (145) Pour décrier l'épiscopat. ''\

, Le 27 décembre 1641, le peuple s'assembla turaul-'j

uairement autour de Westminster , en criant : Point "évêques , point d'évéques. On croit que ce tumulte était Dmenté par la chambre des communes.

(146) Que les saints portaient leurs vaisselles. Quelque temps auparavant on avait beaucoup mur-

luré à cause de quelques impôts légers que le roi vait mis de son chef sur la nation ; et l'on payait avec laisir celui que le parlement avait mis sur la vaisselle. Jn de ces prétendus saints remercie le Seigneur, dans ine prière qui s'est conservée jusqu'à nous , de ce [u'il a bien voulu répandre sur lui ses bénédictions emporelles , et de ce qu'il l'a mis en état de payer au larlement pour sa vaisselle quinze livres sterling.

(147) Jadis dents de dragon semées.

Cadmus , qui cherchait Europe sa sœur, que upiter changé en taureau avait enlevée , arriva en Jéotie , où l'un de ses compagnons fut dévoré par un . erpent. Il tua ce monstre et en sema les dents dans ine terre , d'où sortirent des soldats armés qui s'entreuèrent tous, excepté cinq qui lui aidèrent à bâtir la AWe de Thèbes.

(148) Attire le mâle éléphant.

Lorsqu'on veut prendre un éléphant , on fait entrer 3ans un endroit environné d'un fossé une femelle ipprivoisée. Dès que l'éléphant est entré , on ôte les planches qui lui avaient servi de pont pour passer, et an tâche de l'apprivoiser par la faim.

(149) Elle doit avaucer l'église.

Ces fanatiques osaient, dans leurs prières , prescrirci à Dieu ce qu'il devait faire.

(i5o) Librement lui disant en face. L'armée qui était presque toute composée d'indé-h pendants , après avoir soiitenu suivant les idées d'alors| la liberté publique , opprima le parlement qui était f presque tout presbytérien, en chassa les membres presbytériens qui furent remplacés par les indépendants. Ce fut ce parlement tout indépendant , et créature de l'armée , qui fit trancher la tète à Charles I.

(r5i) Se faisait placets à Ini-mème.

Quand quelques-uns des membres de la chambre des communes voulaient faire passer des bills, qu'ils, craignaient de voir rejetés à la pluralité des voix, ili dressaient une requête au parlement, qu'ils envoyaieni i à leurs amis dans les provinces pour la faire signer paj le plus de personnes qu'il se pourrait. Cette requét< revenait ensuite au parlement, et passait pour le vœi) des provinces.

(i52) Quand ou jure un et cœtera.

L'anglais dit: « Et n'est-ce pas le même cas qutj « celui de ceux qui jurèrent un et cœtera? » C'est ur j trait de satire contre le clergé anglican qui, dans sorl assemblée du commencement de l'année 1640, clressi une formule dont il fit jurer l'observation à tous ceuji de son ordre. On y lisait cette clause : • Je ne consen

j CHANT II. 335

jtirai jamais qu'on altère le gouTCrnement de cette 'église , et qu'elle ait à sa tète d'autres personnes (que des archevêques , évéques , doyens , archidoyens, etc. » Cette clause du sixième canon de Hte assemblée fit beaucoup crier. Butler compare ce rmon , qu'on appela ec cœtera , à celui de la ligue ou •venant.

(i53) Qui de tout le mal est la cause. C'est une plaisanterie contre le parlement, qui vouit exiger du roi qu'il lui remît ses conseillers, afin en faire justice.

(i54) Exercer ton chétif emploi.

Les juges-de-paix font en Angleterre à-peu-près les émes fonctions que les commissaires de quartier Paris.

(i55) Dans comités selon l'usage.

1 II s'agit ici des comités établis par le long parlement, |ae l'auteur, qui était royaliste, trouve pleins d'in- Istice. Un auteur , du même parti , dit qu'on pourrait iissi aisément trouver de la charité en enfer que de la jistice et de l'équité dans un comité. Le roi , continue liméme auteur, a détruit une chambre étoilée, et le larlement en élève cent sur ses ruines.

(i56) S'étant en rouille travestie.

Les pistolets du chevalier étaient , faute d'usage , illement rouilles qu'il ne put s'en servir. L'auteur irait se moquer, en cet endroit, de ces poètes sté-

riles qui font intervenir les divinités à tout propos, e lorsqu'ils ne savent plus que dire. Le cominentateiii de Butler pense que c'est une plaisanterie contre le héros d'Homère et de Virgile , qui ne font rien san l'intervention d'une divinité. Je crois Butler trop jii dicieux pour avoir formé un tel dessein.

(157) Et comme Sancho qu'on bernait.

Cette aventure arriva à l'auberge que Don Quicliotl prit pour un château. ( Voyez vol. i , chap. 8. )

(i58) Il se démit de son emploi.

Pendant les guerres civiles, si le roi se trouvait dai des circonstances fâcheuses , ses serviteurs en pro taient pour lui faire des demandes exorbitantes tout-à-fait déraisonnables ; s'il les refusait , ils passaie dans le parti opposé. La même chose arrivait pan les parlementaires.

(i5g) Lâchait son urine sous lai.

La peur a communément cet effet.

(160) Pour posséder la créature.

Quelques sectaires de ce temps -là prétendaient q toute propriété n'était appuyée que sur la grai Ainsi , si quelqu'un en était privé , s'il n'était pas sail je veux dire s'il n'était pas de leur parti, dès-L même il n'avait droit de jouir d'aucuns biens, pouvait légitimement le dépouiller de tout ce qi possédait.

(iHANT II. Sif

J (i6i) C'est au nom de mon chevalier. J Trait de satire contre le parlement, qui violait sou- Tcnt la capitulation accordée par ses généraux , en voici un exemple : « Le château de Pennis se rendit

• le i6 août 1646 ; Fairfax, général pour le parlement, « accorda aux assiégés des conditions honorables qui « furent acceptées. Mais le parlement ayant ajipris que « lorsque le château se rendit il n'y avait plus dedans «de provisions que pour vingt heures, ne voulut

• point tenir les engagements pris par le général, qui « fut obligé d'écrire à l'orateur de la chambre des com- « munes , que ce serait une tache dont ils ne pourraient [» jamais se laver. »

l, (ïSa) Faire sou procès en justice. j Ceci a rapport au lord Copel , que le parlement fît Imourir , quoique le général Fairfax lui eût accoidé la jVie. ( Voyez Rapin Thojras, vol. 10 , pag. 8 , etc. )

I (i63) Et par fois pour l'ordre de Dieu.

) Quoique les rebelles eussent donné quartier et ipromis de sauver la vie aux prisonniers qu'ils faisaient; si quelqu'un d'entre eux jugeait à-propos de les faire mourir, il n'avait qu'à dire qu'il lui avait été révélé que le prisonnier ne devait pas vivre , et aussitôt on le pendait. Un certain Harrison , boucher de profession , et depuis colonel dans l'armée du parlement , était [fort connu par les meurtres de plusieurs prisonniers à qui on avait donné quartier ; et au milieu de ces

cruautés , il avait toujours à la bouche ces paroles : « Maudit soit celui qui fait l'ouvrage du Seigneur avec « négligence. »

(164) Est bâtie une citadflle.

Ceci est une description pompeuse des ceps, où l'on met les pieds des malfaiteurs. Tout auprès est un poteau où l'on attache ceux qui sont destinés à être fustigés. j,

(i65) Ou prison, fahe pour les mains. • jJ

Description du poteau où pendent des bracelets de [.,

fer qu'on met aux poignets de ceux qu'on fustige. j(.

(166) Comme étranger on lui fit grace. \

On croit que cela fait allusion au chevalier Gascoing, l< qui , aj ant été fait prisonnier à Colchester, ne fut point./ t-rquebusé avec les autres, comme le portait sa sen-|i tence , parce qu'on apprit qu'il était florentin , et qu'il; j avait beaucoup de crédit dans sa patrie. j j

/167) En la chanson,

Jh ! si quelque jour plus au long.

Butler fait ici allusion à l'ancienne ballade , qui com mence par ces mots : « Quoi ! si un jour , un mois . une année, couronnent tes plaisirs , et t'apportent ù: « contentement long-temps désiré ; le hasard d'une nu»

o ou dune heure, ne saurait-il traverser tes plaisirs, et « te causer autant de cruels tourments?

What if a day, or a month , or a year

Crown thy delights With a thousand wish'd conlentings ?

Cannot the chance of a night or an hour Cross thy delights With as many sad toriuentings , etc.

(168) Que son église chanterait Un Te Deum.

Le parlement avait coutume d'ordonner des actions de grâce publiques pour les moindres escarmouches, et les plus petits avantages qu'il remportait sur l'armée du roi. Les prédicateurs faisaient retentir la chaire des éloges de celui qui avait commandé, élevaient sa valeur et sa conduite , et exagéraient le nombre des morts et des prisonniers.

(169) Et tout l'honneur s'approprier, Qu'avait gagné le chevalier.

Allusion aux plaintes réelles et bien fondées que formaient les généraux presbytériens contre les indépendants, qui ayant fait porter par la chambre des communes l'ordonnance de Self- Denying^ (renoncement à son intérêt personnel , ) par laquelle les membres de la chambre devaient être exclus des emplois civils et militaires, trouvèrent cependant le moyen de s'en faire exempter, et gagnèrent ensuite

34o NOTES SUR HUDIBRAS.

avec l'armée le dessus sur le parlement , qui était presque tout composé de presbytériens.

(170) Comme jadis fit Widdrington.

Anglois, qui se distingua sous Richard II par la valeur qu'il témoigna dans la bataille d'Otterbourn , que les Anglais perdirent en i388 contre les Ecossais. Ayant perdu les deux jambes dans le combat, il continua à se battre sur les moignons. On l'a célébré dans la fameuse ballade, qu'on appelle Chevj Chase.

(j^ j) Qu'en arrière ,

Le Parthe aiix Romains décochait.

La cavalerie des Partbes fondait avec impétuosité sur l'ennemi et se relirait de même ; mais dans cette fuite apparente, elle lançait avec beaucoup d'adresse des traits qui mettaient souvent les ennemis en désordre.

(172) Qui sur épis de blé courait.

Camille, reine des Voisques, alla au secours de Turnus et des Latins contre Enée. Elle se signala par sa valeur , et fut tuée en trahison par Aruns. Virgile voulant exprimer poétiquement sa légèreté à la course, dit qu'elle devançait les vents, qu'elle aurait couru sur une plaine couverte de blés sans endommager les épis, et sur les eaux sans se mouiller la plante des piçds.

(173) TruUa le bâillon leur mettait.

To stave and tail, est une expression fort commune à Bear-Garden , pour dire séparer les chiens de l'ours ; ce qui se fait en leur passant un bâton dans la gueule

et en les tirant par la queue. On emploie quelquefois cette expression dans le style figuré* (174) Qu'au talon qui resta païed.

Achille fut plongé dans le Styx par sa mère Tliétis , ce qui le rendit invulnérable par tout le corps, excepté au talon , par où sa mère le tenait. Paris le perça en cet endroit d'un coup de flèche, dont il mourut.

(175) Car comme un archiduc d'Autriche.

Albert, archiduc d'Autriche, frère de l'empereur

Rodolphe II , voyant ses soldats plier dans une bataille qu'il donna, en tSgS , contre le prince Maurice de Nassau , jeta son armure de tête. Il eut incontinent l'oreille emportée d'un coup de pique. Sa bravoure ne l'empêcha pas d'être défait.

(176) Et depuis peu bien des oreilles Ont eu catastrophes pareilles.

Cela fait allusion à Prynn, Bastwick et Burton , qui pour des causes assez légères eurent les oreilles coupées , et furent transportés dans des îles voisines de l'Angleterre. Le roi ayant convoqué un parlement en 1640 , cette cour rappela les trois exilés , qui furent défrayés par-tout, et reçus avec mille démonstrations de joie. Lorsqu'ils furent proche de Londres , plus de dix mille personnes allèrent au -devant d'eux , portant à la main des branches d'arbre et des fleurs. Les membres de la chambre étoilée, qui avaient donné leurs voix contre eux , furent condamnés à payer à chacun plus de 4000 livres sterling.

(177) Comme Hercule fit ponr Hylas.

Hylas, favori d'H€rcule, l'accompagna à l'expédition des Argonautes. Les nymphes l'enlevèrent, à ce que rapporte la fable , tandis qu'il puisait de l'eau dans une fontaine. Hercule le pleura beaucoup.

(178) Vas-tu pour mon ( écho ) chagrin.

On a changé quelques mots afin de faire \'€c?io; le reste est de même que dans l'original.

(17g) De tirer la barbe du diable.

C'est une expression fort ordinaire en Angleterre^ pour exprimer une chose où il y a beaucoup de risques. On sait d'ailleurs l'honneur que les Espagnols attachent à leur barbe, et que si on la leur tire, c'est un affront qu'ils ne peuvent laver que dans le sang de leur ennemi. Don Sébastien de Cobarruvias fait à ce sujet-là le conte suivant : « Cid-Rai Dios, gentilhomme espa- « gnol, étant mort, un Juif, qui le haïssait mortelle- « ment, se glissa secrètement dans la chambre où le T corps reposait sur un lit de parade; il se mettait " déjà en posture de lui tirer la barbe , lorsque le corps « se leva soudain, et tirant à moitié son épée qui se « trouvait près de lui , causa une telle frayeur au Juif « qu'il s'enfuit de la chambre comme s'il eût eu cinq « cents diables à ses trousses. Le corps se remit ensuite ' « sur le lit comme auparavant. »

(180) Sur la ttrre

D'une fringante douairière.

La veuve pour qui le chevalier sou])ire , était une '

certaine madame Tomson , royaliste, dont le bien se montait à deux cents livres sterling de rente. Cet appas était d'autant plus puissant sur son cœur que son pertle chevalier Olivier Luke s'était ruiné , et quoique s:)n fils , le héros de ce poëme , eut des places très-lucratives, il n'en souhaitait pas avec moins dardeur les Jiiens de la veuve. Cette veuve ne passait point pom cxuelle, cependant elle le fut pour le chevalier.

(181) De sorte que Pygmalion.

Pygmalion , fils de Cilex, devint amoureux d'une statue d'ivoire qu'il avait travaillée; Vénus la changea en femme, et il en eut un fils nommé Paphus. ( Voyez les Métamorphoses d'Ovide^ liv. 10 , v. 240 , etc. )

(182) Le pater à son familier.

Le Spectator, n° iio, dit, en parlant des prières d'une sorcière, que dites d'un sens elles contiennent des malédictions , et de l'autre des hénédictions. (i83) La fortune aide l'intrépide.

Fortes fortiina adjuvat. Terent. phor. Act, I , scène 4- (184) Trois fois sa maîtresse il norama. . Long-temps avant Butler, l'auteur de Don Quhhotce avait tourné en ridicule ces romans , dont les héros , avant que de se battre, invoquent leurs maîtresses. Don Quichotte, prêt à attaquer l'écuyer biscayen , s'adresse à sa chère Dulcinée : « Dame de mon ame , « fleur de toute beauté, daignez secourir votre champion « dans ce dangereux combat entrepris pour faire pa- « raître votre mérite dans tout son éclat. » v

(i85) An croupion du pauvre Enée. :î

Enée -voyant les ravages que faisait Diomède dans '|

l'armée des troyens , s'avance avec Pandarus pour |

combattre ce héros. Diomède tue Pandarus d'un '|

coup de javelot ; Enée saute en bas de son char pour |

défendre le corps. Diomède prend alors une pierre ^

très -pesante, et que deux hommes tels qu'ils sont 1

aujourd'hui ne pourraient porter. Il en frappe Enée 'j

au haut de la cuisse , dans l'emboîture. (Voyez Iliade, ■

lib, 5, V. 3o5. ) ;

(i86) Oil vont saints que deux fois ou trempe. j

Les anabaptistes reçoivent le baptême par ira- '

♦nersion.

(187) Et cousramment gardant sou feu. " J C'était la méthode d'Olivier Cromwell , qui per- '

mettait rarement à ses soldats de faire feu, qu'ils ne I fussent proche de l'ennemi. ■

(188) Comme corbeau qui sent la poudre. ; On prétend que les corbeaux sentent la poudre î

d'assez loin. Le docteur Plot remarque , dans VHisCoire j naturelle de la province d'Oxford, que lorsqu'on craint \ que les corbeaux ne fassent du tort aux blés , on \ creuse un trou étroit par le bas et large par le haut, ' qu'on remplit de poussière et de cendre mêlées d'un ^ peu de poudre. Cette ruse réussit toujours, et l'on > rient à bout par-là d'écarter ces oiseaux, qui dé- i truiraient en très -peu de temps les espérances des \ ]aboiirp,*^s. \

(189) Oa de Richard trois la carcasse.

Richard III, roi d'Angleterre, ayant été tué à la bataille de Bosworth , en Leicestershire, le 22 août 1485, par Henri VII, son successeur, on mit son corps nu en travers sur un cheval , qui le porta de cette manière ignominieuse à Leicester , où il fut inhumé.

(190) Deux fois, veni, vidi, vici.

César s'étant arrêté quelque temps en Syrie , en partit peu de temps après pour aller combattre Pharnace. Etant arrivé en présence de l'ennemi , il l'attaqua sur-le-champ sans se reposer et sans lui donner le temps de se reconnaître. Il remporta une victoire complète , et pour marquer la célérité avec laquelle tout s'était passé , il écrivit à un de ses amis ces trois mots si connus : Keni, vidi , vici.

(rgi) Mettre un citoyen à l'abri.

On accordait la couronne civique à celui qui dans une bataille avait sauvé la vie à un citoyen. De toutes les couronnes c'était la plus estimée, quoiqu'elle ne fût composée que de branches de chêne.

(192) Du collier je suis assez franche. L'héroïsme de Trulla me rappelle un trait de Charles XII, roi de Suède : « Le comte d'Albert ayant « pris par capitulation le fort de Dunamunden sur les « Saxons , après une vigoureuse resistance de la part « des assiégés, Charles XÏI voulait renvoyer la garj5..

346 NOTES SUR IIUDÏBRAS.

« nlson clans le fort , pour qu'elle le défendit jusqu'à la «dernière extrémité, afin de se donner le barbare Œ plaisir de le prendre d'assaut. »

(igS) Les grands héros se faisaient gloire. C'est imité des passages suivans à! Ovide: Quo quisque est major, niagis est placabilis ira. Et faciles motus meus genevosa capit.

Ovld. Trist. lib. 3. 5.

Corpora magnanirao satis est prostrasse leoni , Pngna suum finem , cum jacet hostis, habet. Idem.

Butler avait aussi en vue l'adresse que Cleveland présenta à Olivier Crom-well , après un Içng emprisonnement : « Les plus graùds héros , dit Cleveland , « chérissaient avec tant de tendresse leurs captifs , que « leurs épées taillaient de la besogne pour leur couro toisie. Leur faveur relevait ceux que leur valeur «avait abattus, comme s'ils ne les avaient frappés « qu'afin de les faire rebondir plus haut. J'espère que « votre altesse étant le rival de leur gloire , ne le sera « pas moins de leur vertu. »

(194) Et de même que les Français.

Les Anglais firent la conquête d'une partie de 1-5 France, et gagnèrent sur les Français les batailles de Créci, de Poitiers, d'Azincourt , etc. Les Anglais prennent beaucoup de plaisir à rappeler la mémoire de ces temps si glorieux pour eux , où profitant de nos

âivîsîons intestines , ils mirent le royaume à deux doigts de sa perte.

(igS) Nous donne la loi pour la mode.

Il y a long -temps que les Anglais prennent nos modes, comme on le peut voir par ces vers de Thomas Morus.

Ut qulsqnis insula satus Britannica,

Sic patriam insolens fastidiet suam ,

Ut more simise laboret fingere,

Et aemulari gallicas ineplias ,

Et omni Galle ego bunc opinor ebrlom.

Ergo ex Britauno, ut Gallus esse nititur,

Sic Dii jubete, fiat ex Gallo capus.

(196) Et le lord maire avec son train.

Le lord maire de Londres ne reste qu'un an en place. Son temps expiré , le corps de ville procède ;i l'élection d'un autre. Le nouvel élu , escorté de quantité de barges magnifiques, se rend le matin à Westminster pour y prêter serment de fidélité entre les mains du roi. L'après-midi , il fait son entrée dans la cité dont il prend possession.

(197) Le monde était bien plus étroit.

Alexandre ayant entendu soutenir au philosophe

Anaxagore qu'il y avait plusieurs mondes, pleura de ce qu'il n'avait pas encore fait la conquête d'un seul. Unus Pellœo juveni non sufllcit Orbis, etc. Juven.

(198) Où Diogène demeurait.

Diogène, philosophe cynique, tellement détaché de tout ce que recherche avec le plus d'ardeur la cupidité des hommes, qu'il se contenta pour tout raeubl* d'un tonneau et d'une écuelle. Il jeta même cette écuelle, ayant vu un enfant qui buvait dans le creux de sa main.

(199) Au lit d'honneor couchée.

Le lit d'honneur, dit le sergent Kite , dans l'Officier recruteur , comédie de Farquhar , est un puissamment grand lit. . . . dix mille personnes peuvent y tenir sans jamais se toucher.

(200) Placent un sable devant eux.

On plaçait toujours alors un sable près de la chaire et de manière que toute l'assemblée pouvait aisément l'apercevoir. D'abord que le prédicateur avait prononcé son texte , on tournait le sable. Si le sermon finissait avant que le sable fût tout- à -fait écoulé, l'assemblée accusait le prédicateur de paresse , et s'il durait davantage , elle témoignait assez son ennui mortel par les fréquents bâillements qui se faisaient remarquer de tous côtés. « Un brailleur presbytérien « ennuyait mortellement depuis près de deux heures « son auditoire; le marguillier en eut pitié, et adres- « saut la parole au ministre, vous aurez, monsieur, « lui dit-il, la bonté de laisser la clef sous la porte, «lorsque voue aurez faitj à ces mots l'auditoire se

« lève , suit le marguillier et abandonne le prédicateur, « qui se -vit obligé de suivre ses ouailles. » Il n'y a guères plus de cinquante ans que l'usage du sable dans les sermons a été aboli.

(201) Ce politique exploit désigne

Uu presbytérien vraimeut digne.

Ralpho n'attribuait son malheur qu'à la mauvaise conduite du chevalier; aussi cherche-t-il à s'en venger en l'attaquant sur ce qui lui tenait le plus au cœur, je veux dire sa religion. Le poète s'était déjà moqué des synodes et des assemblées classiques des presbytériens ; mais maintenant qu'il est plus de loisir, il insiste davantage et achève un portrait qu'il n'avait 3n quelque sorte qu'ébauché , et dont les traits étaient épars.

(202) Ce qui ta lumière incommode.

Les indépendants , au nombre desquels était Ralpho, étaient des fanatiques qui se croyaient inspirés, et î'imaginaient avoir au -dedans d'eux une lumière qui les éclairait sur tout ce qu'ils devaient faire. (aoS) Tu soutenais dans ton discours.

Voyez vol. i , page y3 et suivantes avec les notes. (204) Au prophète qui vit un ours.

Le prophète Daniel , qui dans la vision qu'il eut la première année de Baltasar, roi deBabylone, apperçut une bête semblable à un ours ; elle avait trois rangs de [lents. Daniel, chap. 7, vers. 5,

35o NOTES SUR HUDIBRAS.

Ce passage , à ce qu'on voit , n"a d'autre rapport avec l'application qu'en veut faire Ralpho que le mot d'ours qui s'y trouve ; et tout autre passage où ce mot se serait rencontré aurait aussi bien convenu. Les ignorants et les paresseux font toujours le plus grand nombre ; eli ! qu'importe aux sectaires que quelques savants découvrent leur ignorance et leurs fourberies, s'ils ont pour eux la multitude.

(205) Pour honnir le pape de Rome.

Un savant théologien écrivit , sous le règne de Jacques I, un ouvrage de controverse contre le pape, qu'il appela, par un mauvais jeu de mots fort commun alors , the Pope's bull baited. La bulle du pape attaquée. I.,e jeu de mots consiste en ce que bull signifie une bulle et un taureau , et que baited est un terme dont on se sert dans les combats de taureaux et d'ours, pour exciter ces animaux à combattre et les mettre aux prises avec les chiens.

(206) Puis mettre officiers païens.

Toutes les sectes, et sur-tout les anglicans, se plaignaient beaucoup de la rigueur avec laquelle ces officiers exerçaient leurs emplois. Quoique ces plaintes aient eu quelque fondement , il pourrait se faire qu'elles eussent été un peu exagérées. Les anglicans avaient exercé jusqu'alors leur autorité avec beaucoup de tyrannie, et après le rétablissement de Charles 11, ils persécutèrent les presbytériens à toute outrance.

CHANT III. 35i

f.a persécution n'a cessé que lorsque la nation, lasse lu joug qu'on avait voulu lui imposer, appela à son ecours Guillaume III , qui l'a rétablie dans tous ses Iroits.

I (-'07) Y soumettre même les rois.

I Les disciplinariens ont avancé dans le livre de leur liscipline , publié sous le règne d'Elisabeth , que les ois devaient obéir et se soumettre de même que le este de leurs sujets à l'autorité du magistrat eccléiaslique. Les princes , dit Cartwright, doivent se sounettre à l'église, poser à ses pieds leurs sceptres et eurs couronnes, et lécher la poussière de ses pieds.

(208) De scribe, juge ou commissaire.

Les presbytériens nommaient , par ordre des deux

hambres du parlement, des personnes pour examiner

eux qu'on devait admettre dans chaque congrégation

jour être ancien ; parce que le gouvernement de la

;ongrégatIon dépendait de ces anciens. Les scribes ou

;reffiers tenaient registre des actes de la classe. Ces

uges ou commissaires prétendaient connaître, à l'ins-

lection du visage, l'intérieur d'un homme. Ils lui

ïeraandaient communément : « Quand vous étes-vous

converti? En quel temps avez -vous commencé à

sentir les mouvements de l'esprit? En quel mois ? En

quel jour? A quelle heure du jour avez -vous senti

« le mouvement de l'esprit ou voix secrète qui vous

ppelait au ministère? Quel ouvrage de grace Dieu

35a NOTES SUR HUDIBRAS.

• a-t-il opéré sur votre ame? • On lui faisait outrai! cela beaucoup d'autres questions sur la régénération et sur la prédestination.

(209) Et par le nazillonnement.

Les ministres presbytériens affectaient de parler | du nez. 1

(210) Smec dont cette mode fut prise. • Il y a dans l'anglais Smectymnus, qui est un mot I

factice , composé des lettres initiales de cinq fameux i prédicateurs parlementaires, Stephen ( Etienne )i Marshall , Edmond Calamy, Thomas Young , Matthew g Newcomen , William ( Guillaume ) Spurstow. On ap- | pela de leur nom leurs partisans Smectymnuens. Ils ^ portaient, de même que les officiers de l'armée du ï parlement , des mouchoirs autour du cou , afin de se t

distinguer. ,j

(211) De faire vivre leurs familles. * Bel était une idole des Babyloniens. On lui avait jj

érigé un temple, où on lui offrait tous les jours ^ douze artabes (*) de fleur de froment , quarante brebi^li et six amphores de vin. Les prêtres qui s'appropriaient | ces dons faisaient accroire au peuple que Bel les agréait , et s'en nourrissait. Le prophète Daniel détrompa le} roi en lui faisant voir la fourberie de ses prêtres. Ill

(*) L'artabe €St une mesure en usage parmi les Persans et les Mèdos , qui valait le mériimne attique et trois cliœnii. Le mëdimuc e'rjuivaut ? sis boisseaux , et le cIksdîx à un boisseau et demi.

avait dans le même temple un dragon , objet du

ulte public, auquel on faisait aussi beaucoup d'of-

randes. Daniel le fît mourir. ( Voyez Daniel, chap. t4»

ers. 2 et suiv, )

(212) Quand les boucliers servaieot en guise.

Les prêtres de presque toutes les religions sacrilaient des animaux.

(21 3) On pai'-fois d'un jeune garçon.

Plusieurs nations faisaient passer leurs enfants par es flammes , en l'honneur de Moloch. Les Juifs , ce leuple si superstitieux, prirent des peuples voisins ette abominable coutume.

(214) Où chaque village a son pape.

L'auteur de cepoëme, Butler, était bon anglican. )n ne doit pas par conséquent être surpris de lui voir jidopter un sentiment communément reçu parmi ceux ile sa religion. Les anglicans s'imaginent apercevoir line ressemblance frappante entre le presbytérianisme ît ce qu'ils appellent papisme. L'auteur du conte lu Tonneau insiste beaucoup sur cette ressemblance. [Chaque ministre de village se croyait la même infailibilité que celle que les ultramontains attribuent à 'évéque de Rome , et commandait dans son district ivec le même despotisme que ces fiers pontifes qui narchaient sur le cou des rois, et qui disposaient à eur gré de leurs couronnes. Dans une remontrance iç la noblesse et des gentilshommes de la province

de Cheshire à la chambre des pairs , on dit qu'au liei|i des vingt-six évêques , on se trouvait alors exposé au,i gouvernement arbitraire d'un nombreux presbytère^! qui avec les anciens en place montait à près de qua? rante mille gouverneurs. Ce gouvernement , ajoutent- 1 ils, est purement papal, puisque chaque pasteur exerce ( dans sa paroisse une juridiction papale. j

(ai 5) Qu'aucun Grégoire ou Boniface.

Grégoire VII, homme fier, hautain et ambitieux, qui bien loin d'imiter la modestie de ses prédécesseurs, voulut asservir à son siège tous les rois de la terre. Il excommunia l'empereur et le priva de la dignité impériale.

Boniface VIII monta sur le siège de Rome d'une manière assez équivoque. Il fît mettre Célestin , son prédécesseur, en prison , où l'on prétend qu'il le laissa mourir de faim. Il poussa beaucoup plus loin que Grégoire ses prétentions chimériques sur le temporel des rois. Dans sa décrétale de Majoratu et Obedientiâ, il dit : Porro subesse humano poiitifici omnes creaturas kumanas declaramus , dicimus , et pronunciamus oninino esse de necessitate salutis. Extravag. commun., liv. I, lit. 8, cap. I. Personne n'ignore les démêlés que Phi-; lippe-le-Bel eut avec lui et la manière vigoureuse dont il le poussa.

(216) Que la putain de Babylone.

Tout le monde sait l'application que font les pro-

CHANT m. 355

estants de ce passage de V Apocalypse. ( Voyez V Apocalypse, 17, 7, 8. )

(217) Les cardinaux touchent, dit -ou, Le pape élu d'autre façon.

Léon IV étant mort, le choix tomba, à ce qu'on prétend , sur une femme déguisée en homme. Phisieurs savants de différentes communions se sont élevés contre ce sentiment ; d'autres leur ont répondu avec beaucoup de force. Quoi qu'il en soit, pour éviter à l'avenir une pareille méprise , on fait asseoir , suivant le trop crédule Misson , le pape nouvellement élu sur un fauteuil percé , et le plus jeune des diacres est chargé de vérifier son sexe.

(ai 8) Tant que sa mère charitable.

Hi sunt Candida , informisque caro , paulo muribus major, sine oculis, sine pilo , ungues tantiun prominent; hune lamhendo paulatim figurant. Plinii Nat. ///jr. , lib. 8, cap. 36. On peut voir la réfutation de ce sentiment dans les Erreurs populaires du chevalier Thomas Brow^ne.

(219) Que fit Ranter, ce garnement.

Les ranters étaient une secte qui parut en ce temps-ià , en Angleterre; ils soutenaient que Dieu, les anges, le di;(ble, le paradis et l'enfer étaient autant de fables et d>e fictions ; que Moïse , Jean - Baptiste et Jésus - Christ étaient des imposteurs, et que la doctrine de Jésus- Christ et de ses apôtres avait péri avec eux, etc.

356 NOTES SU Pu HUDlBRAS.

(220) Tout cela , dit Pialph , n'est qu'abus.

Les anabaptistes et les indépendants déclamaient beaucoup alors contre le savoir. Le principal du collège de Caius , à Cambridge, exalta l'ignorance dans «n sermon qu'il prêcha à l'église de Sainte -Marie. Le docteur South dit, dans un de ses sermons ( vol. 3, pag. 5oo , ) « que le savoir était alors décrié , qu'à eu a croire ces sectaires , les prédicateurs et les théolo» « giens ne devaient savoir ni lire , ni écrire. Ils se préci tendaient tellement inspirés que plusieurs d'entr'eux « ne pouvaient pas même épeler un mot. »

(221) De Saul endossant le haruois.

David étant prêt à combattre le géant Goliath , Saul le fît revêtir de ses habits, lui mit son casque en tête, et lui fit prendre sa cuirasse. Le jeune David^ qui n'était point accoutumé à cet attirail guerrier, ne pouvait se remuer , et il se vit forcé à reprendre son premier habillement. Rois, chap. 17, v. 36, 39.

(222) Ici la place est trop mauvaise.

Comme le chevalier ne savait plus que répondre à Ralph , il cherche un prétexte pour s'en dispenser.

Fin du Tome premier.

IJIE KNIGHT

LE CïIEVALlEf:

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