DE SAMUEL BUTLER
AUTEUR d'hUDIBRAS.
La vie des gens de lettres est communément assez stérile ; la solitude de leur cabinet ne fournit pas de ces grands événements qui surprennent et qui attachent le lecteur : on n'en est pas moins curieux cependant de connaître les moindres particularités d'un homme dont les talents ont fait honneur à sa patrie.
. Samuel Butler, naquit en 1612 , à Strensham , dans le comté de Worcester. Le père , qui était un gros fermier, remarquant dans son fils une grande inclination pour l'étude , l'envoya au collège de Worcester , et de là à l'université de Cambridge ; mais ne pouvant soutenir une dépense si forte, il le rappella auprès de lui. Le jeune Butler se voyait alors beaucoup de loisir, il s'appliqua à l'histoire, à la poésie, à la musique, et quelquefois aussi à la peinture.
Elisabeth, comtesse de Kent, qui, à beaucoup
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d'esprit, joignait les plus vastes connaissances, et qui se faisait un plaisir d'encourager les sciences et ceux qui les cultivent, l'attira chez elle. Il y profita d'une excellente bibliotlièque , qui était toujours otiverte aux personnes de mérite, et plus I encore de la conversation de la comtesse et de î celle de Selden, un des plus savants hommes qui |i aient jamais paru. l
Il passa aussi quelque temps chez le chevalier | Samuel Luke, d'une ancienne famille, dans le ^ Bedfordshire , et l'un des officiers-génératix de il Cromw^ell. On prétend que ce fut là qu'il composa son poème d'Hudibras. On ne peut disconvenir qu'il était dans une excellente école, et qu'il se trouvait très à portée de s'instruire des différents partis qui divisaient sa patrie. Je n'ose décider s'il leur a toujours rendu justice; je laisse ce soin aux personnes versées dans l'histoire de ces temps-là. Mais il me semble qu'il devait épargner ; le chevalier Luke , son bienfaiteur , que la gra- j titude et la reconnaissance auraient dû mettre ; à couvert contre les traits de la satire de notre auteur.
Charles II haïssait mortellement les presbytériens; quoiqu'ils eussent le plus contribué à son rétablissement, ils ne lui en étaient pas moins odieux. La gravité de leur maintien et l'austérité de leurs mœurs, étaient devenus l'objet perpétuel
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des railleries d'une cour voluptueuse, où l'on se faisait gloire d'être sans mœurs et sans religion. Un poème qui tournait en ridicule ces sectaires, et ceux qui avaient pris les armes contre Charles I^*", ne pouvait manquer d'être goûté. Le roi fit à l'auteur l'accueil le plus gracieux; les courtisans lui témoignèrent, à l'envi l'un de l'autre, le plaisir que leur avait fait la lecture de son ouvrage. Mais ces éloges ne furent point accompagnés d'effets solides, et notre auteur ne remporta que des louanges stériles, qui ne le mirent pas à l'abri de l'indigence.
Il épousa une demoiselle de très-bonne famille, et d'une honnête aisance, mais qui eut le malheur d'en perdre la plus grande partie. Le lord Buckhurst et le comte de Dorset, tous deux poètes, et trop grands pour être jaloux, tâchèrent, par leurs bienfaits, de lui faire oublier sa mauvaise fortune.
Il mourut à Londres en 1680, sans laisser de postérité. M. Longueville, du collège des jurisconsultes du Temple , le fit enterrer à ses dépens dans l'église de Saint-Paul , Covent-Garden (i). Le
(i) On appelle cette église Saiat-Paul, Govent-Garden , parce qu'elle est tàtie sur la place de Covent-Garden, et pour la distinguer de Saint-Paul de la cité , qui est la cathédrale, et de Saint-Paul de Shadwell, une des seize paroisses situées dans le comté de Middlessex.
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docteur Patrick, que son profond savoir et son ;
rare mérite firent depuis élever à l'cpiscopat, était j
pour -lors ministre de cette paroisse ; ce fut lui qui J
fit le service. M. Longueville aurait souhaité mêler j
les cendres de notre auteur avec celles des rois et ;
î des grands hommes qui reposent à Westminster;
ceux qui avaient montré le plus d'amitié à S. Butler, '
refusèrent d'y contribuer. En 1721 , un citoyen de i
Londres lui fit élever, dans cette abbaye, un mo- :
nument sur lequel il fit graver l'épitaphe suivante : '
Samcelis Bctleri, ,
Qui Strenshamice ^ in agro Vigorn. nat. 1612, j
Obiit Lond. 16S0. ,1
Vir doctns imprimis, acer, integer; Operibus ingenii, non item praemiis, felix: Satyrici apnd nos carminis artifex egregius ;
Qno simnlatae religionis larvam detraxit,
Et perdnellium scelera liberrime exagitavit:
Scriptortim in suo génère , primns et postremns.
Ne , cni vivo deerant fere omnia ,
Deesset etiam mortuo tnmnlas ,
Hoc tandem posito marmore, cnravit
Johannes Barber, Civis Londinensis, 1721.