‹ HudibrasChapitre 4 sur 21 · CLÉ · texte numérisé non relu

CLÉ

Poëme anglais de S. Butler^ et de quelques autres écrits satiriques de ce temps, qui font allusion à la révolution arrivée sous Charles I.

A lire avant d'ouvrir I'Hudibras.

Extrait du Magasin Encyclopédique , tome X, 1796.

Vje morceau de littérature anglaise est détaché d'un vocabulaire manuscrit assez étendu de grammaire, de littérature , de biographie , etc. , britanniques : voilà pourquoi on y rencontre plusieurs renvois à d'autres articles pour remplir le but de ce dictionnaire , mais dont l'explication n'est point ici nécessaire pour le perfectionnement de cette clé, et qui n'auraient fait qu'allonger cet article sans nécessité. La seule branche de la biographie dans le dictionnaire dont nous parlons , contiendra environ deux mille articles de personnes vivantes , et beaucoup d'autres articles d'anciens personnages omis dans nos meilleures biographies, qu'il est bon cependant de connaître pour l'intelligence des anciens auteurs anglais. ( Voir l'avant-dernier alinéa page XXXII. )

Siv CLE DE L'HÛDIBRâS.

L'Hudibras, ce poëme unique dans son genre, c'est l'expression de Voltaire, et qui, suivant cet excellent critique, pétille de saillies, de sel et d'esprit; que la plupart des anglais savent par cœur, ne peut , comme le Dante, être lu ni goûté par des étrangers, parce que tout y fait allusion à des faits éloignés ; parce que la plaisanterie tombe sur la théologie et sur les théologiens de ce temps-là ; parce qu'il faudrait à tout moment un commentaire , et que la plaisanterie expliquée cesse d'être plaisanterie.

On nous a donné , en lySy , une édition en anglais de ce poëme satiri - comique , avec une ti'aductlon à côté en vers français , dans laquelle l'anglais est rendu presque vers pour vers, traduction qui n'est pas sans mérite. Cette édition est, déplus, enrichie d'un long commentaire en notes qui terminent chacun des trois volumes , et auxquelles le traducteur français renvoie son lecteur plusieurs fois dans une même page.

Pour s'épargner ces rapprochements ennuyeux et pénibles pour celui qui ne lit que pour s'amuser, pour remédier à cet inconvénient, l'auteur de cet article s'est fait, pour son usage, une espèce de clé générale du poëme de S. Butler, en neuf à dix sommaires ou paragraphes, faits pour être lus avant d'ouvrir l'Hudibras. Ces sommaires mêmes ont cet avantage qu'ils peuvent être lus sans le poème avec quelque intérêt, parce qu'ils développent l'esprit de la révolution anj;laise, et le sens caché ou difficile à saisir d'une mul-

CLÉ DE L'HUDIBUaS. xv

litude d'autres écrits satiriques qui y ont rapport; parce que la plupart des principaux traits de la révolution britannique font, à différentes époques , tantôt un contraste frappant, tantôt une ressemblance marquée avec la révolution française ; parce qu'ils nous apprennent à connaître et à comparer les bommes d'alors et d'aujourd'hui , les uns superstitieux fanatiques , les autres philosophes enthousiastes , ou athées sanguinaires et féroces; leçon précieuse pour le moraliste et le législateur ; et puis , enfin , parce qu'ils nous confirment cette vérité , que les hommes de tous les pays et de tous les temps sont toujours des hommes. Honni soit qui mal j- pense.

Devise de l'ordre de la Jarretière en Angleterre.

I. Des révolutions parlementaires au temps de Charles /; des membres du parlement ; des juges-de-paix; des juges du roi Charles 7, etc.; leur politique, leurs ruses, leurs torts, leurs travers, leurs singularités, leurs injustices et ridicules , etc. : relevé nécessaire pour saisir tout le sel des plaisanteries énoncées la plupart à demi-mot, et d'autres ayant un double sens dans le poëme de VHudibras de S. Butler.

Cet article et les suivants sont extraits du commentaire joint à la traduction de ce poëme anglais,

XVI CLÉ DE L'HUDIBRAS. j

par Towneley, Paris, Ganeau, lySy, trois Tolumes .1

f«-i2 , dont nous avons parlé page xiv- \

On accusait la chambre des communes, dès le commencement de la révolution, d'avoir excité et fomenté en secret les troubles et les révoltes populaires contre

le roi. De là , dans les commencements et depuis, ces \ réunions tumultueuses, tantôt des femmes en trèsgrand nombre et en cocarde ; tantôt des artisans, des apprentis, et des différents corps de la ville de

Londres; souvent réitérées, et toujours très -nom- ^j

breuses, avec des inscriptions menaçantes à leurs j*,

chapeaux. ]

La pratique du parti antl - royaliste était de se faire (;

de chauds prosélytes parmi les artisans et leurs ap- é

prentis, mais sur-tout parmi les femmes. Ils savaient \

que, douées d'un naturel plus vif et plus ardent, | elles réussiraient à provoquer et enrôler dans leur

parti leurs amants, leurs maris, et la multitude d'un j

caractère plus lent à se décider. i

Dans un moment de crise , les dames de Londres , j

pour soutenir la cause du parlement, se défirent de |

leurs bijoux, de leurs pierreries, et par-là soudoyèrent \

pendant un temps l'armée contre le roi. Dans une autre ;-

circonstance elles encouragèrent , par leur propre i

exemple, les travailleurs, en traînant elles-mêmes la i!

brouette, en leur portant du vin et des provisions !

jusqu'à plus de cinq milles de Londres, et ainsi firent •)

beaucoup avanc er les fortifications de Turnham-Green. 1

CLÉ DE L^HUDIBRAS. xvii

"Voici une des ruses parlementaires le plus souvent mise en usage : Lorsque plusieurs membres, les plus ardents de la chambre des communes , voulaient faire passer un bill , et qu'ils ci'aignaient de le voir rejeté à la pluralité des voix, ils dressaient une requête au parlement, précisément telle qu'ils pouvaient la désirer ; puis , toute dressée , ils l'envoyaient dans les différents comtés à leurs amis , pour la faire signer comme provenant d'eux-mêmes, par le plus de personnes qu'ils le pourraient. Cette requête , qui revenait ensuite munie de noms d'une multitude de signataires provinciaux et des différents comtés à-la-fois, passait pour être le vœu général de toute la nation.

Une autre ruse parlementaire était , à la moindre escarmouche , lors des plus petits avantages , et même sans en avoir obtenu, de faire dire un Te Deum en actions de graces. Les chaires en même temps et les papiers publics retentissaient de l'éloge des généraux et des troupes parlementaires. On y exagérait les avantages prétendus de son parti , le nombre des morts et des prisonniers de l'armée royale. C'était encore de faire des feux de joie, quelquefois même après avoir étébatîvra , pour en imposer à la multitude, et cacher par-là des défaites humiliantes et décourageantes.

Outre les prédicateurs , enthousiastes révolutionnaires, ils avaient à leurs gages un nombre de prophètes anti- royalistes. Parmi ces Nostradamus révolutionnaires, était un certain Guillaume Lilly, qui sp

mil CLÉ DE L'HUDIBRAS, i

mêlait de prédire dans ses almanachs les -victoires | parlementaires. '

On reprochait au parlement de violer, sous les pré- | textes les plus abusifs , les capitulations les plus for- j' nielles, faites en son nom, par les généraux de ses j armées. )

On reprochait au gouvernement parlementaire, | depuis qu'il s'était emparé de l'autorité et des do- »,] maines, et en un mot, de toutes les richesses de la ij nation, que le peuple était accablé d'un plus grand Ij nombre d'impôts que sous la férule royale, détestée i et abhorrée cependant de la nation entière, ;)

Clarendon , dans son Histoire des guerres civiles de .^ V Angleterre , observe que vers ce temps on voyait de- ij venir juges -de -paix des citoyens qui, peu d'années % auparavant, n'étaient que de simples recors. Aussi, \ ajoute ce judicieux historien, ces nouveaux magistrats 4 exécutaient, dans toutes les provinces, les ordres du \ parlement avec la dernière rigueur et la plus grande '\ tyrannie , comme on devait s'y attendre de gens d'une \ si basse extraction. .•

On reprochait aux juges du roi Charles I, de sa.î cour et de leurs partisans , on reprochait à ct'ae nou- l velle magistrature d'avoir montré dans leurs juge- \ ments, d'avoir affecté, à la face de toute la terre, la j partialité la plus grande et la plus révoltante , souvent ] d'avoir jugé et condamné des prévenus , des innocents, ? non sur des fails, sur des actions, mais tantôt d'après '\

CtÉ DE L'HUDIBRAS. xix

les accusations de leurs ennemis connus , tantôt de les avoir déclarés coupables sur de simples paroles ou sur des soupçons; et le plus souvent d'avoir jugé criminelles et dignes de mort les intentions secrètes des accusés

§ II. De la fn du parlement , dit Croupion, et feux de joie à son enterrement.

Le parlement, cassé en i653, par Cromwell, ayant été rétabli en 1669, par Lambert et le reste de l'armée , on en exclut les membres presbytériens que les indépendants avaient chassés sur la fin de 1648, parce qu'ils ne roulaient pas concourir avec eux à traduire le roi en justice. Ce parlement , qu'on appela par dérision mmp^ c'est-à-dire croupion, oubliant bientôt après qu'il ne devait son rétablissement qu'à l'armée, voulut s'en rendre maître , ce qui causa beaucoup de mésintelligence entre ces deux corps , et une rupture presque ouverte. Les presbytériens cherchaient à profiter de cette rupture, et le parlement indépendant se voyait sans ressource. Il tâcha de mettre dans ses intérêts Monk, qui depuis long-temps commandait une armée en Ecosse. Monk, qui était presbytérien et par cela même disposé pour le roi , crut devoir user de dissimulation. Il revint en Angleterre sous prétexte d'appuyer le rump contre le comité établi par les offî' ciers militaires. (Voyez l'article suivant comité de sûreté.) A son approche , le mmp étant plus fort, les troupes

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se déclarèrent pour lui, et arrêtèrent elles-mêmes^ leurs généraux. Le rump jugeant dès -lors la présence \ de Monk inutile, et se défiant de lui, lui envoie ordre ^! de ne pas avancer davantage; sa marche pour cela;] n'en est pas retardée. Le parlement, qui sentait sa fai-| blesse, dissimule à son tour, fait en apparence beaucoup d'accueil à Monk, mais en même -temps lui tend un piège. La cité avait refusé de payer les taxes; le parlement ordonne au général de l'en punir, ce qu'il exécuta ponctuellement. Les presbytériens, dèslors , regardèrent Monk comme un traître et un homme tout dévoué au rump, qui les jouait de la manière la plus cruelle. Ses amis lui firent sentir son tort; il chercha sur-le-champ à le réparer, il se réconcilia avec le conseil commun de la cité , et en conséquence il rétablit par la force les membres exclus, k L'accommodement de Monk et des magistrats ded Londres, et le rétablissement des membres exclus, eau- :| sèrent tant de joie, que, la nuit du samedi ii février ^ 1660, on sonna toutes les cloches de la cité, et qu'on I alluma des feux de joie , dans lesquels la populace jetait | des croupions , en dérision du parlement qui allait 1 finir. C'est à ce vacarme ordinaire en ces sortes d'occa- | sions, et aux différents ridicules, singularités, etc., 1 ci-dessus exposés, que fait allusion l'auteur d'Hudibras. |

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