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Hugo van der Goes

Beaucoup d’obscurités couvrent encore l’œuvre de Hugo van der Goes, bien qu’il ait déjà sollicité l’attention ou les recherches de maints critiques autorisés. Aussi avons-nous à cœur de signaler tout d’abord les travaux des historiens de l’art qui, depuis soixante-dix ans, ont tâché de dégager la personnalité du grand artiste flamand. Les études et les notices de Passavant, de Rathgeber, de Nagler, de Waagen, d’Immerzeel et de Kugler sont, pour la plupart, antérieures à la moitié du XIX® siècle. Les commentaires dont Alexandre Pinchart et Charles Ruelens accompagnèrent l’ouvrage de Crowe et de Cavalcaselle, sur notre ancienne école de peinture, ne laissent pas d’être instructifs.

On doit aussi des renseignements précis à Edmond de Busscher et à James Weale, et certaines remarques intéressantes à Alfred Michiels, remarques qui se perdent cependant dans des considérations de la plus haute fantaisie. De son côté Alphonse Wauters consacra plusieurs notices au peintre de Rouge-Cloître, et c’est à lui qu’on est redevable, entre autres, de la publication du récit d’Ofhuys relatif à la maladie du maître flamand. A côté d’attributions aujourd’hui controuvées, il nous a fait part de certaines vues que de récentes recherches sont venues confirmer; et, dans maintes pages qui ne manquent pas de poésie, l’érudit archiviste bruxellois a ramené l’attention sur un épisode douloureux de notre histoire artistique. C’est sans doute à ces lignes émues que nous devons cette toile si connue : la Folie de Hugo van der

Goes, qui, en 1872, fit sensation au salon de Bruxelles. Là Emile Wauters se fit l’éloquent interprète de l’archiviste; et, depuis lors, le moine artiste est devenu l’une des figures les plus populaires de notre panthéon national. Vers la même époque, A. J. Wauters, dans son Histoire de la peinture flamande, caractérisait en termes judicieux divers aspects du peintre génial.

En 1884, M. Henri Hymans fit paraître la traduction du Livre des peintres de van Mander, et il entoura la biographie de Hugo de notes et de commentaires qu’il est encore utile de relire aujourd’hui.

C’est en Allemagne surtout que Hugo van der Goes a été l’objet des études les plus sagaces. En 1875, Springer en parlait dans une nouvelle édition de Crowe et de Cavalcaselle. En 1880, Scheibler soutenait une thèse qui fit époque où il démontra que Hugo van der Goes ne le cédait ni en variété, ni en fécondité aux autres successeurs de Van Eyck. Le même érudit publia en 1887 dans le Répertorium une étude remarquable sur le même artiste. Il y aurait lieu de signaler des notes intéressantes et des déterminations heureuses de Cari Justi, de Woermann, de von Seidlitz, d’Eisenmann et de von Engerth ; mais depuis le travail d’A. Wauters, qui remonte à 1872, la seule étude d’ensemble, qui a paru dans la Zeitschrift fllr Christliche Kunst, est due à la plume de M. le Professeur Firmenich-Richartz de l’Université de Bonn. L’auteur met en relief la puissante personnalité du maître, en se basant sur le triptyque de Florence ; il donne ensuite des renseignements biographiques puisés aux sources connues; puis il aborde les œuvres du maître et mentionne les douteuses et les fausses attributions. A ce travail paru en 1897 Y aurait certes des modifications à laire; l’auteur en a déjà apporté spontanément plusieurs sur l’exemplaire de son étude qu’il a bien voulu nous offrir. En i8g8, M. von Frimmel identifiait une copie d’une œuvre de Hugo, David et Abigaïl ; et l’année suivante paraissait le mémoire de M. van der Haegen sur les documents faux relatifs aux peintres, sculpteurs et

graveurs de Gand ; et du coup la biographie de Hugo se trouvait dégagée de plusieurs éléments inexacts. Depuis lors, les expositions des Primitifs flamands en 1902, des Primitifs français en igo3, de la Toison d’or en 1907 ont permis aux travailleurs de faire des observations précises qui ont été utiles à notre présent sujet d’études.

L’achat en 1908 par le Musée de Berlin de V Adoration des Bergers, qui avait déjà été attribuée par Cari Justi à Hugo van der Goes, fournit à M. le W. Bode l’occasion de consacrer à ce maître, dans les Annales des collections prussiennes, plusieurs pages d’un grand intérêt. M. Max J. Friedlânder confia au même recueil, en igoS, des glanes excellentes que nous avons mises largement à contribution ; elles ont trait surtout à d’anciennes copies d’œuvres disparues. Peu de temps après, le Baron von Bodenhausen fit des rapprochements intéressants dans son étude sur Gérard David.

Dois-je rappeler les études critiques de M. G. Hulin relatives à l’exposition des Primitifs à Bruges, et sa communication verbale au Congrès historique et archéologique de Gand en 1907, au sujet d’un triptyque qu’il découvrit dans les collections de l’Ermitage, à Saint- Pétersbourg ? C’est à M. Max Friedlânder que fut réservé le plaisir de publier cette œuvre dans la Staryé Gody du mois d’avril 1908. Nous ne parlerons pas ici de nos diverses études sur Hugo, car il en sera fait mention à plusieurs reprises dans le présent travail. Enfin tout récemment il nous a été donné de lire les pages de M. Karl Voll sur les Primitifs, et en particulier sur van der Goes. Il y a dans l’ouvrage du critique allemand des aperçus intéressants et neufs. Seulement il nous paraît s’être applîqué avec trop de vivacité peut-être à restreindre le nombre des restitutions qui avaient été faites au maître gantois, sauf à tempérer la sévérité de ses arrêts dans les notes finales de son ouvrage.

Il ne sera pas superflu, pensons-nous, de dire un mot de la méthode que nous avons adoptée dans cette monographie. Comme on le sait, Hugo n’a signé aucune production. Ce n’est pas faute cependant

qu’on ne lui ait attribué des monogrammes ou même des signatures. Aujourd’hui ces indications admises à la légère sont définitivement abandonnées par la plupart des critiques. On ne possède en réalité de témoignages précis que sur une seule œuvre : le triptyque des Portinari qui depuis peu d’années est passé de l’Hôpital de Santa Maria Nuova à Florence au Musée des Offices. Vasari en parle en ces termes : « Ugo d’Anversa che fe la tavola di Santa Maria Nuova di Fiorenza» (ib L’erreur de l’historien italien quant à la ville natale de l’artiste ne peut prêter à aucune confusion, attendu qu’il n’y avait pas, à cette époque, de peintre anversois du nom de Hugo. C’est donc un point de départ certain, inébranlable, auquel il faut toujours aboutir en dernière analyse. Pour notre part nous nous sommes fait un devoir de ne suivre que les auteurs qui ont pris ce monument comme base de leurs attributions. Les œuvres identifiées grâce à cette méthode servent à leur tour à de nouveaux rapprochements. 11 c.st d’autant plus nécessaire d’en agir de la sorte que l’œuvre de Hugo se distingue par une variété surprenante.

Il nous reste enfin à exprimer notre gratitude à tous ceux qui ont bien voulu nous aider au cours de notre étude. Il nous est particulièrement agréable de citer M. M. iMiedlâiuler, l'irmenich-Richartz, le D'' Boclau, Lionel Cust, le Capitaine Xavillc R. W olkinson, S. Colvin, Eric Maclagan, G. Hulin, A. Govaerts, .V. \’an Wcrvckc. M. IL l^ertaux, M. Van Riemsdyck, M. J. Six, Tiebault-Sis.son et le R. P. }. Van den Gheyn. Nous remercions en particulier M. \'ictor van der Haeghen, qui s est piété spontanément à nous tournir la copie conforme des extraits des comptes de la ville de Gand relatifs à Hugo van der Goes.

Dans nos desciiptions nous avons suivi en général l’ancienne méthode, qui ramène tout au point de vue du spectateur.

2Ô DÉCEMBRE \gi2.

(i) Le vite de pin excellenti pithri. snilto>i -7 a: ■hiteetc . F.dition Milanesi 17^ * L œuvre de Hugo est encore meniiomiée dois le même >uvrage. t. \'II. p.

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