XV. — DE INSTITUTIONE NOVITIORUM
On ne s'attend pas, sans doute, à trouver sous ce titre un livre enjoué, plein de sel et d'esprit. C'est un recueil de
ï Hist. Littér., t. XII, p 5i.
préceptes pour les novices : cependant l'auteur a su mêler, avec un art qu'on ne pratiquait guère au moyen âge, l'austère paraphrase de la règle conventuelle et l'ingénieuse censure de ces mœurs trop mondaines, ou de ces habitudes trop vulgaires, qui trahissaient bien souvent, chez des confrères en rehgion, la différence de leurs conditions originelles.
Nous remarquons en outre, dans ce traité, la phrase suivante, qui contient une des prescriptions que notre docteur a le plus souvent recommandées à ses élèves : « Vos » autem, fratres, qui scholam disciphnse jam intraslis, in » lectione divina prius debetis quserere quod mores ins- » truat, quam quod sensum acuatad subtihtatem \ » Les gens subtils étaient mal notés à Saint- Victor. C'est là que s'était retiré Guillaume de Champeaux, désertant avec douleur l'école de Notre-Dame, où la jeunesse n'avait plus d'oreilles que pour les téméraires discours des logiciens. C'est là que devait être rédigé le manifeste plus que véhément du mysticisme contre toutes les nouveautés nominalistes, le Traité des Quatre Labymithes. Les religieux de Saint- Victor s'étaient voués à la défense des anciennes traditions, et ils proscrivaient la théologie contentieuse, disant que l'étude des choses divines a pour objet de former le cœur et non Tesprit. C'était peut-être, au douzième siècle, l'article principal de leur discipline : mais, dès le treizième, ils furent eux-mêmes gagnés par la contagion, et plus d'un sophiste parut alors sous cette tunique de laine blanche qui ne devait être portée que par des contemplatifs !
Il n'existe entre les bibliographes aucun débat sur l'au-
i Ch. 8.
teur du traité De Institutione, ou De Instructione Novitiorum. Tous les manuscrits, tous les anciens catalogues le donnent à notre chanoine, et rien ne nous invite à contrôler leur témoignage. Cependant quelques explications sont encore nécessaires.
Dans plusieurs manuscrits, ce traité se divise en deux opuscules distincts, le premier finissant avec le chapitre 9, le second commençant avec le chapitre iO. Nous voyons même que d'anciens auteurs ont cité ces derniers chapitres sous un titre particulier. C'est ce qu'a fait Humbert de Romans, général des Dominicains, dans sa glosesur laRèglede saint Augustin ^ Cependant les éditeurs n'ont pas cru devoir disjoindre ces deux parties d'un même discours, auxquelles convient parfaitement ce titre commun : De rinstitution des Novices. Ils ont en cela suivi les meilleurs textes. Ce n'est pas leur faute si les auteurs de YHistoire Littéraire ont commis une si grosse erreur, en plaçant parmi les ouvrages inédits de notre Victorin un traité De la Discipli^ie des Moines, De Disciplina Monachorum, qui commence, disent-ils, par ces mots : « Disciplina est conversatio bona, etc., etc. » Les auteurs de YHistoire Littéraire auraient, en effet, dû reconnaître que par ces mots commence la seconde partie de V Institution des Novices, au moins dix fois imprimée, soit séparément, soit dans les Œuvres complètes de Hugues. Nous ne pouvons guère excuser cette inadvertance, puisque, dans la même notice sur Hugues de Saint-Victor, mais dans un autre chapitre, les Bénédictins ont fidèlement analysé, d'après l'édition de \ 648, les deux parties qui composent le traité de VInstitution des Novi-
« Ch. 75, 76.
ces * . Ils ont ainsi deux fois signalé le même texte^ comme imprimé et comme inédit.
Ce traité se présente, dans quelques manuscrits, avec ces deux autres titres : De histitutione noviter conversorum, et Spéculum monasticœ disciplinœ ^. Rappelons aussi que Guillaume Rapaille, religieux bénédictin de Saint-Vincent du Mans, en a fait paraître une édition séparée, sous ce titre : Spéculum vitœ monasticœ, à Paris, chez Josse Bade, en 1515. Enfm il a été traduit en français, vers le quatorzième siècle, et l'on peut voir un exemplaire de cette traduction dans le numéro 656 de Saint-Victor.
Est-ce le seul ouvrage que notre chanoine ait spécialement composé sur les mœurs^ lui qui plaçait la plus haute science au-dessous de la moindre vertu ? Le numéro 1 3 de Saint-Martin-des-Champs, volume du treizième siècle, renferme un assez long traité, qui porte ces deux titres: Tractalus magist7n Hugonis de Vitœ Ordine et Morum Instructione, et Liber qui vocatur Disciplinale Hugonis de Sancto-Victore, Faut-il donc ajouter cet ouvrage à la liste des écrits authentiques, mais inédits, de notre chanoine? Nous n'osons le faire, sur la foi d'un seul manuscrit. Il commence par ces mots : « Hortatur quidem timidam mentis mese imperitiam quam ssepe fraterna caritas ut de vitse ordine morumque instructione loqui breviter debeam; » et finit par ceux-ci : « Mediatore Dei et hominum, cujus misericordia plena est terra. Amen. »
Un ancien catalogue ajoute encore aux œuvres du chanoine de Saint-Victor un ouvrage auquel il donne ce titre :
i Hist. Littér., t. XU, p. 15 et 16.
? St-Germ., n« 83 J.
De professio7ie Monachorum \ 11 faut, sans doute, restituer ce livre à saint Bernard.